29.01.2012
Vous n'êtes pas seul.
"La littérature ne m'aide pas à appréhender où comprendre le monde dans lequel je vis,mails elle me donne le sentiment qu'il existe un ordre, que quelque chose fais sens. Les livres et les écrivains ne résolvent pas les problèmes pour vous, mails il vous disent qu

e vous n'êtes pas seul."
Jonathan Franzen dans un entretien accordé au magazine Books de novembre 2011
09:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.01.2012
Ce que j'appelle un P***** de ROMAN NOIR !

De bons voisins de Ryan David Jahn
Actes Sud 21€
New York, le 13 mars 1964. A quatre heures du matin, après son service, une jeune femme rentre chez elle. En bas de son immeuble, tapi dans la pénombre, un homme armé l'attend. Elle va recevoir un nombre incroyable de coups de couteau, appeller au secours en vain et agonir près de trois longues heures dans une mare de sang sans que personne ne vienne l'aider. Pourtant ils seront près d'une quarantaine derrière leurs fenêtres à assister à la scène effroyable, convaincus qu'un autre parmi eux aura déjà appelé la police... Comment ce drame, qui à bouleversé l'Amérique, a-t-il été possible ? C'est la question que se pose Ryan David Jonathan dans ce premier roman d'une noirceur incroyable. Entrecroisant les existences fragiles d'hommes et de femmes suffisamment occupés par leurs propres problèmes avec la narration minutieuse du calvaire de la jeune victime, il brosse le portrait d'une ville la nuit, où règnent violence, corruption, pédophilie et racisme. Une Amérique en guerre au Viet Nam qui s'oublie et s'enfonce dans une fange cérébrale où se noie le quotidien. Restent quelques personnages magnifiques : un fils prisonnier de l'amour qu'il porte à sa mère gravement handicapée, un homme qui découvre son homosexualité en compagnie d'un collègue de travail, un couple qui se dispute après une soirée échangiste... La vie ne manque décidémment pas de distractions qui vous feraient oublier qu'à quelques marches de là, en bas de votre immeuble, votre jeune et jolie voisine rampe dans son sang depuis de longues minutes déjà, espérant atteindre la porte de son appartement avant que son agresseur ne vienne terminer un travail suspendu. Coitus interruptus...
Voilà un roman noir magistral ! Une perle à ne pas rater ! Quelque chose entre Short Cuts, le film de Robert Altman, pour la construction et Hubert Selby Jr ou Truman Capote pour le talent de plume.
14:33 Publié dans Coups de coeur livres, Polars | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bons, voisins, actes, sud, noir, jahn, ryan, david
LE MAL DE TRES TRES PRES...
Quelques jours avec Hitler et Mussolini de Ranuccio Bianchi Bandinelli
éd. CarnetsNord 8€
Voici un témoignage historique incroyable retrouvé par hasard en 1995 dans une bouquinerie par le documentariste italien Angelo Caperna. Il est extrait des carnets intimes de Ranuccio Bianchi Bandinelli, éminent professeur d'archéologie et d'art antique. En 1938, âgé de 38 ans, il est contraint par les autorités administratives italiennes d'accompagner le temps d'une semaine Mussolini et Hitler à travers les musées de Florence et de Rome, afin de commenter pour eux les chefs-d'oeuvre picturaux et architecturaux qui leur sont présentés. Une semaine étonnante dans la vie de ce professeur, antifasciste silencieux, qui se présente comme "un homme ordinaire dans un temps de prétendus surhommes". De toile en toile, de salle en salle, interlocuteur privilégié, il observe sans aucune fascination ces deux uniformes et leurs cliques respectives dans tout le grotestque de leur importance. Rentré chez lui, il note aussitôt ses impressions à vif. D'une plume féroce il rend l'ignorance crasse du Duce que dispute une crainte enfantine de ne pas être à la hauteur en la matière de son camarade le führer, lequel s'échauffe et papillonne devant le moindre nu féminin sans réellement prêter attention aux qualités artistiques de l'oeuvre qui lui est présentée. "Contrairement à

Mussolini qui traversait les salles sans regarder ou s'approcher d'une oeuvre pour lire l'étiquette, Hitler aimait réellement les fausses qualités artistiques qu'il repérait, il en concevait de l'émotion. Comme un coiffeur à l'opéra quand le ténor pousse son aigu." Ce qui stupéfait le lecteur dans ce document, c'est l'impression d'être réellement aux côtés de deux des plus grands dictateurs de l'Histoire, de partager leur table le temps d'un déjeuner coude contre coude avec Goebbels, Himmler face à vous qui vous tend le sel en se moquant cruellement de la gourmandise du gros Goering "resté au pays pour garder la boutique". Et au milieu d'eux, être seul. Là sans y être vraiment, sans être impressionné le moins du monde par ces barbares. Simplement curieux de pouvoir observer à portée de lame ces deux criminels qui, face à quelques unes des plus grandes créations artistiques occidentales de tous les temps, s'apprêtent à mettre en oeuvre, dans un coin bien gardé de leur cerveau, la plus grande entreprise de destruction humaine jamais executée.
Un texte d'une très grande finesse d'analyse et d'une incroyable humanité à lire absolument.
14:17 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bandinelli, jours, hitler, mussolini, carnets, nord
21.01.2012
Prix des Cordeliers 2011, dernière sélection !
Vous ne le savez sans doute pas mais la librairie des Cordeliers vient de créer son propre prix, le bien nommé Prix des Cordeliers. Le but officiel étant d'élire ce qui sera pour nous le meilleur livre de l'année. Il s'agit pour les 2 libraires et les lecteurs qui composent le jury de choisir LE roman* qui aura marqué l'année, roman que nous honorerons ensuite comme il se doit. Le but officieux étant bien sûr de parler littérature avec nos lecteurs plusieurs fois par an autour d'un bon verre et d'un bon plat.
Voici donc notre dernière sélection de livres qui ont particulièrement retenu l'attention des membres du jury.
Si vous avez lu, aimé ou détesté certains de ces romans, n'hésitez pas à nous en faire part sur notre blog ou bien directement à la librairie.

Arrétez-moi là ! de Iain Levison
éd. Liana Lévi 17€
Avantr le silence des forêts de Lilyane Beauquel
éd. Gallimard 19.50€
Côme de Srdjan Valjarevic
éd. Actes Sud21.80€
D'acier de Silvia Avallone

éd. Liana Lévi22€

Le trésor de la guerre d'Espagne de Serge Pey
éd. Zulma 16.50€
La tristesse des anges Jon Kalman Stefansson

éd. Gallimard 21.50€
Le signal de Ron Carlson
éd. Gallmeister 22€
Les villes dans la plaine de Diane Meur 
éd. Sabine Wespieser 23€
*Ne sont retenus que les romans parus à partir de janvier 2011, en littérature française ou étrangère contemporaine. Sont exclus recueils de nouvelles, romans policier ou SF et livres de poche.
23:00 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
16.01.2012
Philippe Torreton pour une dédicace expresse !
A l'occasion de sa venue à Romans pour 2 réprésentations de Hamlet,le grand comédien Philippe Torreton nous fera l'honneur de passer quelques minutes à la librairie afin de dédicacer son livre Petit lexique amoureux du théâtre et rencontrer les plus chanceux de ses admirateurs.
Dédicace expresse donc le Mercredi 18 janvier vers 17h30 / 17h45
Représentations d'Hamlet de William
Shakespeare le mardi 17 et mercredi 18 janvier à 20h salle des Cordeliers. Plus d'infos
ENTREE LIBRE, SORTIE AUSSI ! ALORS VENEZ NOMBREUX PARTAGER AVEC NOUS CE GRAND MOMENT !
Et merci infiniment à Laure Turpani de Romans Scène qui s'est démenée pour faire que cette rencontre à la librairie puisse avoir lieu. Grosses bises !
VOIR LA VIDEO DE TORRETON PRESENTANT LE PETIT LEXIQUE AMOUREUX DU THEATRE
13:44 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : torreton, philippe, hamlet, romans, dédicace, librairie
03.01.2012
Lire Styron et ne plus s'arrêter...
D'abord il y a un nom, William Styron, né en 1925 et décédé en 2006, et un immense chef d'oeuvre qui lui est rattaché, Le Choix de Sophie 1981 (Sophie's choice 1979) pour lequel l'auteur a reçu le prestigieux National Book Award. Même si pour moi, jusqu'au mois dernier, Styron n'était qu'un des ces noms prestigieux dont regorge le patrimoine littéraire mondial et qu'une vie entière ne me donnera pas le loisir d'en lire la liste complète, la parution en novembre dernier d'A tombeau ouvert et de Des Havanes à la maison blanche a été une révélation. Quelle langue ! Elégante, raffinée, souple. Une prose incroyable, capable de tout dire, de faire éclater le rire au milieu des larmes et de rendre aussi bien l'horreur de la guerre que la fascination qu'elle exerce sur des jeunes gens. Soldat durant la Seconde Guerre Mondiale, le jeune Styron commence à se faire un nom en 1951 quand paraît son premier roman très inspiré de Faulkner, Un lit de ténèbres. Or la même année, alors qu'éclate la guerre de Corée, et que l'écrivain avait perdu toute espèce d'attraction pour les armes, le grand corps des Marines auquel il s'était inscrit en tant que réserviste, de son propre aveu par pur orgueil, le rappelle à lui. Cette décision manque "l'anéantir". A tombeau ouvert tourne tout entier autour de ce moment de grand désarroi. Sous titré Cinq histoires du corps des Marines, il n'est pourtant pas question dans ces pages de souvenirs de guerres et des combats. On y
trouvera des pages d'ennui et de bêtise militaire, mais aussi de rencontres salvatrices avec certains officiers tels que Marriott le marine avec qui parler littérature fut un plaisir inespéré. Appétit sexuel insatiable, vitesse, détestation des superstitions religieuses. Tout dans ce recueil respire une envie de vivre d'autant plus intense que la mort est promise au jeune homme quelque part en Asie. Apparaît aussi le profond sentiment de culpabilité d'en être sorti indemne. Ce texte est la clef d'entrée dans l'oeuvre de Styron la plus parfaite qu'il soit.
Des Havanes à la maison blanche semblera plus anecdotique, mais pour qui a goûté une fois à l'écriture du monsieur, chaque ligne devient précieuse. Ce livre se présente comme un recueil de souvenirs mettant en scène de grands hommes tel J-F Kennedy fumant de délicieux havanes en plein embargo cubain ou Mitterrand que Styron avait rencontré en 1981, précisément le jour de l'investiture du président socialiste. Il évoque aussi l'admiration qu'il porte à d'autres écrivains tels que Truman Capote, Norman Mailer ou Salinger et dresse un portrait bref et saisissant de l'écrivain James Baldwin. Le texte Un cas de syphilis est une pure merveille. Il raconte comment, en 1944, le jeune Styron fut placé 7 semaines en quarantaine pour rien après avoir été hâtivement convaincu d’infection par la syphilis par un urologue des Marines fondamentaliste et pervers.
Autre texte de Styron terminé hier soir et à lire toutes affaires cessantes : Face aux ténèbres. Sous titrée Chronique d’une folie, l’écrivain revient dans ce livre sur la douloureuse dépression qu’il a connue fin 1985, quelques temps après avoir décidé d’arrêter l’alcool. Peu importe que vous soyez ou non touchés d’une manière ou d’une autre par cette question de la dépression, il est impossible de ne pas se sentir concerné par ce sujet quand il est traité avec autant d’intelligence et de mesure par un écrivain aussi maître de son art. Depuis la prise de conscience de sa maladie jusqu’au moment de sa rémission, Styron raconte étape par étape la détresse qui fut la sienne comme celle de son ami Romain Gary quelques années auparavant. Un texte bref et lumineux malgré la gravité du propos.
23:39 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : styron, william, tombeau, havanes, ténèbres, gallimard, folio


