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14/02/2017

Montana 1948

montana 1948,larry watson,gallmeister,bentrock,roman noir,huit-closMONTANA 1948

de Larry Watson

 

Ed. Gallmeister  8€20

traduit de l'américain par Bertrand Péguillan

 

 

Quels souvenirs garde-t-on de son enfance à la moitié du chemin ? Une poignée d'images d’Épinal peut-être. Un bel album de famille que l'on feuillette dans sa mémoire et qui se referme sur nos premiers émois, la première goutte d'ether et le début des 400 coups. On se souvient sinon d'un drame, d'une douleur sourde qui soudain avait accaparée toute notre enfance et marqué à jamais la perte de nos illusions et de notre innocence.

 

Montana 1948. Un homme se remémore l'été de ses douze ans. De celui-ci « je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n'a pu chasser ni même estomper ». Ainsi s'ouvre le récit du jeune David Hayden. Cet été 1948, dans la petite ville de Bentrock, une jeune femme sioux, Mary Little Soldier, nurse de la maison Hayden tombe malade et refuse catégoriquement d'être examinée ou ne serait-ce qu'approchée par Franck, oncle de David et médecin de famille. A l'incompréhension générale succèdent les lourdes accusations de Mary. Car l'oncle idéal et le charismatique héros de guerre que se figure le jeune garçon aurait la réputation d'abuser de ses patientes « peaux-rouges ». Alors que le père de David, shérif de son état et frère de Franck entre bientôt dans la confidence, les soupçons se confirment : Mary est retrouvée morte un matin.

 

Voilà comment un gamin voit, en l'espace d'une saison, son enfance voler en éclats et son petit cadre de famille, qui reposait gentiment sur le rebord de la cheminée, se briser sous le poids des non-dits et des silences coupables. Larry Watson écrit le passage de l'enfance à l'âge adulte pour en faire la sève d'un drame qui ne dit pas son nom et le ressort tragique de ce roman. Le lieu de tous les conflits intérieurs. On ne choisit pas sa famille mais saurait-on faire le choix de la justice ?

 

Reste de ses 150 pages ciselées à merveille le sentiment d'avoir tenu entre ses mains un huit-clos absolument bouleversant et, de faite, un roman culte impérissable !

 

 

19/01/2017

Malik Oussékine, la France, l'histoire des colonies.

hesse, thierry, roman, impossible, olivier, oussékine, malikLe roman Impossible

de Thierry Hesse

éd. de l'Olivier, 19.50

Comment les histoires viennent aux écrivains ? Comment s’en saisissent-ils et tentent-ils de les mener jusqu’au point final qui fera d’elles une nouvelle ou un roman achevés ? C’est en lisant le livre d’un autre écrivain, La zone d’inconfort de Jonathan Franzen, lorsque ce dernier fait référence à l’assassinat de 4 étudiants pacifistes sur le campus universitaire de Kent State par la Garde Nationale en 1970 lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam, que naît chez Richard l’idée de faire un livre sur la mort de Malik Oussékine. Malik Oussékine, dont le nom s’efface peut-être des mémoires comme le temps passe mais qui, pour toute une jeunesse des années 80, demeure le symbole fort d’une violence d’état lorsqu’on laisse un peu trop de mou à son bras policier. Rappelez-vous les « voltigeurs » du Ministre de l’intérieur Charles Pasqua...

Pourtant ce roman sur Malik, Richard n’arrive pas à le faire. Impossible. Cette tragédie française lui échappe et voici Richard amené à abandonner son projet pour d’autres travaux d’écriture plus ou moins avouables, à commencer par une étrange commande que lui passe un orthodontiste de Chantilly nommé Sabreuil. Celui-ci souhaiterait en effet le voir écrire la biographie de l’un de ses illustres ancêtres, le Duc d’Aumale, fils de Louis-Philippe, qui en son jeune âge participa activement à la hesse, thierry, roman, impossible, olivier, oussékine, malikconquête de l’Algérie. Un vrai héros français donc ! Pourquoi une biographie ? Parce que celle qui existe déjà est très mauvaise, ridicule même et salissante pour toute une « race » de Sabreuil. Elle est parue en 2006 aux éditions de l’Archipel, préfacée par Alain Decaux, postfacée par Son Altesse l’Aga Khan, et a été écrite par un certain Eric Woerth… Et ça, c'est très contrariant.

Il abandonne Malik Oussékine pour retrouver l'Algérie... Et même s'il n'ira pas au bout de cette autobiographie, de projets d’écriture en projets d’écriture, d’échec en échec, Richard pourtant reviendra toujours à son obsession de départ. L’histoire de ce fils d’immigrés algériens assassiné un soir de manifestation anti Davaquet par des policiers français. D’une manière ou d’une autre, ses échecs d’écritures lui font parler de la France, de son rapport à son passé colonial et de la manière dont notre pays vit avec cette tache près de 200 ans plus tard. Richard n’aboutit à rien, n’achève aucun travail, mais c’est bien la somme de ces abandons qui compose le livre impressionnant et réjouissant qu’est Le roman impossible.

hesse, thierry, roman, impossible, olivier, oussékine, malikHumour, intelligence, émotion et virtuosité littéraire portent ce texte éminemment politique d’un auteur que l’on suit avec toujours la même envie depuis son premier texte paru en 2003, Le cimetière américain. Suivront Jura en 2007, Démon en 2009 et L’inconscience en 2012. Le roman impossible est un texte que l’on peut aussi lire comme une réponse à une France houellebecquienne voire zémourienne même si l’auteur lui-même n’aura sans doute pas eu cette intention d’écriture comme projet. C’est pourtant bien là le roman d’une France qui ose regarder son passé avec lucidité pour mieux essayer d’en saisir le malaise contemporain. Un roman indispensable en ces temps profondément troublés.

 

Commandez ou réservez ce livre sur notre site : librairiedescordeliers.fr

 

24/12/2016

De la naiveté dans un monde bien cruel

L'abominable Charles Christopher

Ed. Lounak

19.95€

 

abominable charles christopher,lounak,karl kerschl,big foot,totoro,nature,forêt de cèdresJ'ai adoré l'abominable Charles Christopher.

 

Une bande dessinée étrange et surprenante où sous forme de petites saynètes, le lecteur que nous sommes est invité à découvrir la faune un peu bancale d'une forêt de cèdres où tous les animaux semblent s'être pris au jeu d'acteur d'incarner l'âme humaine dans tous ses états !

 

Au cœur de la forêt, Charles Christopher, créature naïve et étourdie, Big foot avec un air de Totoro, débarque par enchantement et pour une raison que l'on ignore comme une magnifique erreur de la nature !

 

Dans un monde drôle et cruel où la poésie et la magie ne font qu'un, nous suivrons les aventures de l'abominable Charles Christopher avec un mélange de tendresse et de mélancolie, l'inconnu guidant nos pas et notre cœur...

 

 

Allan

03/12/2016

La tronche du patrimoine

9782330066529.jpgMa part de Gaulois

Magyd Cherfi

Ed. Actes Sud 19,80€

 

Magyd, c'est un magicien. Ses mots, c'est des incantations. Dans la rue Raphaël, quartier Nord de Toulouse, les uns réclament la légende des quartiers, « un truc qui tue ! », comme on demande au Djinn "Exauce mes vœux". Les autres se piquent d'un « parle bien ta race », « écrivains de mes couilles ! ».

 

C'est l'année du baccalauréat pour Magyd et quand une mère a décidé pour son fils, son fils n'a pas le choix : il sera le premier bac arabe de la cité ! L'enfant élu ! « L'espoir de la fraternité de demain » dans « la piaule à Jules ferry » - république cosmopolite oblige. Une manière d'esquiver comme on le dit à l'époque « les barrières à bicots »

 

C'est la fin des années Giscard, l'arrivée de Mitterrand au pouvoir, des rumeurs qui vont avec et de la douce paranoïa qui s'en suit. « Révise tes classiques, pour eux il reste le ministre de la guerre d'Algérie, frérot... ».

 

Où trouver sa part de gaulois ? C'est là la quête douce amer du jeune banlieusard algérien. « Que devrais-je être ? Arabo-beur, franco-musulman, berbéro-toulousain, gaulo-beur, franco-kabyle, maghrébo-apostat... j'arrête là ».

 

Ma part de gaulois, c'est un peu de ce rendez-vous manqué entre deux France. Et d'Histoire mise sous le tapis. C'est la télé éteinte une bonne fois pour toute, l'histoire de Magyd et de son quartier, des drames du quotidien comme des moments de pure évasion et cet incroyable sens de l'autodérision qui illumine le tout !  

 

Que dire de plus, voilà un roman qui permet de garder la tête froide et le cœur chaud ! Sublime Cherfi !

 

Allan

 

20/10/2016

Rencontre avec le mystère du monde quantique !

Vendredi 21 octobre

 

Mathieu Burniat

 

dédicace et rencontre autour de sa BD

 

Le mystère du monde quantique (éd. Dargaud)

 

dédicace à partir de 16h / rencontre à 19h

 

Mathieu Burniat présentera aussi à cette occasion sa toute nouvelle publication, une BD culinaire : Les illustres de la table)

 

CV_MYSTERE-MONDE-QUANTIQUE.jpg

 

Hyperlien vers notre article quantique ! :

 

Le Mystère du Monde Quantique

 

04/10/2016

Interview de l'auteur israélien de polars Dror Mishani réalisée en 2014

RENCONTRE AVEC Dror MISHANI

JEUDI 6 OCTOBRE

dédicaces de 18 à 19h

rencontre à partir de 19h

Entrée libre et gratuite

Avant sa venue exceptionnelle voici l'interview qu'il nous avait accordée il y a 2 ans à la parution de

Une disparition inquiétante

Interview de Dror Mishani réalisée par François en 2014 pour le magazine PAGE des libraires.

dror, mishani, interview, rencontre, disparition, inquiétante, avraham, doutes, seuilLibrairie — « Chez nous, il n’y a pas de tueurs en série, pas d’enlèvements et quasiment pas de voleurs qui agressent les femmes dans les rues. Chez nous, si quelqu’un est assassiné c’est en général le fait du voisin, de l’oncle ou du grand-père, pas besoin d’une enquête compliquée. » C’est pour cela, explique l’inspecteur Avraham, qu’il n’y a pas de littérature policière israélienne. Est-ce la vérité ?
Dror Mishani — En partie. Il y a peu encore, la société israélienne était assez traditionnelle. Le roman policier, lui, est plutôt le fait de sociétés modernes et libérales. Nous avons donc du retard. Et puis la littérature israélienne adore traiter des questions nationales, quand le roman policier est indifférent à la nation et à la religion (c’est pour ça qu’il est plus universel), et traite plutôt des questions de violence, d’aliénation urbaine, ou de psychologie du criminel et de la victime. Dans la littérature israélienne il faut toujours répondre à des questions relatives à l’identité du peuple juif pour être considéré comme un vrai écrivain. Le roman noir ne s’occupe pas de ces questions-là. De plus, la société israélienne ne peut pas imaginer l’agent de police comme un héros, à la différence de la France avec Maigret ou de l’Italie avec Montalbano. L’origine séfarade de la plupart des policiers explique peut-être aussi que la littérature israélienne lui préfère ses héros soldats ou agents du Mossad.

Libraire — Votre inspecteur passe complètement à côté de son enquête. Il dror, mishani, interview, rencontre, disparition, inquiétante, avraham, doutes, seuildoute de lui-même parce que sa première intuition a été mauvaise. Cela crée une atmosphère tout en fragilité, absolument magnifique.
D. M. — C’était une des premières choses que je savais d’Avraham. Je voulais un détective qui se trompe. Par simple souci de réalisme (pourquoi les détectives auraient-ils toujours raison ?). J’aime vraiment le roman noir, il est toute ma vie. Mais il y a une chose que je n’aime pas en lui, et même que je crains, c’est qu’il voit le monde rempli de coupables. Fondamentalement, le projet historique du roman policier est d’incriminer le monde (sauf chez Simenon). Je voulais inventer un détective qui pense que les gens sont innocents. Je voulais un détective qui ne cherche pas de traces de culpabilité, mais des fragments d’innocence. Je le préfère comme ça, même si cela veut dire qu’il ne voit pas toujours tout.

Libraire — L’enquête que mène l’inspecteur Avraham est interrompue par un étrange voyage à Bruxelles. Cet épisode « casse » l’action de votre roman et apporte une note mélancolique de plus à cette histoire que l’on trouve très rarement en littérature policière. Cela m’a énormément plu.
D. M. — En fait, c’est l’un des chapitres que j’aime le plus, et il n’a pas toujours été compris. Une de mes séries policières préférées est celle de Maj Sjöwall et Per Wahlöö, avec le détective Martin Beck (Rivages). Ils montrent aux écrivains de romans policiers qu’un roman rythmé n’est pas nécessairement rapide. Ils m’ont enseigné la durée. Or j’aime la durée dans la littérature en général et dans les romans policiers en particulier. Le chapitre sur Bruxelles donne de la durée à mon roman. De plus, je voulais confronter mon détective israélien, qui travaille dans un pays où la fiction policière n’est pas possible (ou pas aimée), à un détective européen qui travaille, lui, en pays conquis.

Libraire — Votre inspecteur a comme passe-temps favori de lire des romans policiers et de chercher en eux le truc qui cloche et remet en cause la crédibilité de l’enquête telle que nous la présente le romancier… Êtes-vous aussi ce genre de lecteur, et quels sont d’ailleurs les auteurs de romans policiers que vous lisez ?
D. M. — La vérité est qu’au lieu d’Une disparition inquiétante, je devais finir une thèse de doctorat sur l’histoire du roman policier, dont le sujet était le suivant : chaque roman policier peut être lu deux fois ; une fois avec le détective, une autre contre lui. Et on peut toujours prouver que la solution n’est pas celle qu’il nous propose. Ce ne sont pas les auteurs qui décident ou créent ça, mais le genre lui-même. Pourtant, je n’ai pas eu la force de le développer dans une thèse académique ; j’ai donc écrit un roman. Quant à mes auteurs de prédilection, ce sont Simenon et Sjowall-Wahloo. Je peux en ajouter d’autres, tels Edgar Poe, Émile Gaboriau, Henning Mankell, Karin Fossum et, bien sûr, Fred Vargas.

Libraire — Votre enquête est très intime, menée autour de quelques personnages habitant tous le même quartier de Tel-Aviv. Elle évacue dans le même temps tous les problèmes de sécurité extérieure (la Palestine, l’immigration). On en oublierait presque que l’on est en Israël ! Est-ce volontaire de votre part ?
D. M. — En fait, j’ai voulu demander à la littérature israélienne et aux Israéliens s’ils étaient prêts à lire autre chose que des romans concernant l’identité nationale et se déroulant dans des Kibboutz ou des bases militaires, pour s’intéresser à des histoires de classe, par exemple, qui se déroulent dans la banlieue de Tel-Aviv et qui n’auraient aucune résonance avec les questions dites « importantes » de la littérature locale. C’est pour cela que j’ai imaginé cette intrigue autour d’un gamin de 16 ans qui disparaît en raison d’événements qui n’ont rien à voir avec le conflit. Mais vous savez, Une disparition inquiétante est seulement le début d’une série, et, pour le moment, Avraham est un agent de police relativement secondaire dans une banlieue où vivent presque exclusivement des Juifs. Par la suite, il va prendre du grade et rencontrer des cas de nature différente…

15:42 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0)