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  • L'amoralité de l'histoire, c'est qu'il n'y a pas de morale !

    pottsville 1280 habitants,jim thompson,rivages noir,roman noir,shérif,nick coreyPottsville, 1280 habitants

    de Jim Thompson

    éd. Rivages/noir 8€

     

    Il y a de ces romans noirs qui vous retournent la cafetière, j'vous le dis, qui vous agrippent par le col, vous accrochent à la lanterne, vous laissent là toute une nuit et vous jettent dans la boue le matin venu, rossé, glacé et ahuri, comme un cochon préparé à l'abattoir ! Pottsville, 1280 habitants de Jim Thompson est de ces romans là - le plus célèbre du genre.

     

    C'est que sous ses airs de débonnaire et de simple d'esprit, le Shérif Nick Corey nous la fait bien à l'envers ! Erreur sur la personne. Monumentale erreur ! Formidable ordure, manipulateur, vicieux, mégalo, abominable et malsain personnage ! Voilà des épithètes appropriées ! Jim Thompson a, comme il convient de le nommer, le "chic" pour vous camper l'antihéros par excellence ! Le chic pour cacher le ver dans le fruit et vous faire goûter de cette pomme bien rouge et bien juteuse qu'on aurait avalé jusqu'au trognon s'il n'y avait pas eu le pire des parasites pour gâter le tout ! Plongé dans la conscience douteuse de Nick, qui aurait pu voir venir l'infâme, le fourbe et le cruel ? La langue des serpents est sournoise et celle du shérif du comté de Potts, particulièrement insidieuse.

     

    Si Nick Corey a un plan, ce plan ne peut souffrir aucuns obstacles. Il s'agirait de faire le ménage... Mais proprement, ça, ça reste à voir !

     

     Allan

  • Des nouvelles de la Grèce.

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    Ça va aller, tu vas voir

    de Christos Ikonomou

    trad. du Grec par Michel Volkowitch

    éd. Quidam 20€

    Ils sont chômeurs fraîchement élus, travailleurs précaires, fabricants de glace, retraités sans le sou, femme de ménage à l’hôpital… Ils sont grecs. Leur pays est en crise et tandis que certains, que l’on ne voit jamais entre ces pages, s’en sortent plutôt bien, eux surnagent en se demandant pendant encore combien de temps ils vont pouvoir garder la tête hors de l’eau.

    Garder la tête hors de l’eau, c’est vraiment ça l’image, car les personnages de ce recueil de nouvelles sont comme les naufragés d’un pays qui sombre lentement mais sûrement et à qui l’on dit qu’il n’y a plus de place dans les canots de sauvetage. On y pense forcément quand on fait la queue avec ce type qui attend son salaire depuis deux mois « et quand ça va être ton tour, on te dit que c’est fini, qu’il n’y a plus d’argent, revenez la semaine prochaine ». Quand les temps sont durs, garder la tête hors de l’eau, c’est déjà pas mal. En lisant ce recueil, on pense forcément au recueil de nouvelles d’Olivier Adam qui avait écrit Passer l’hiver en 2004. « Passer l’hiver », « garder la tête hors de l’eau », voici deux écrivains frères, des écrivains des petites victoires de la dignité.

    Publié en Grèce en 2010. Ça va aller, tu vas voir est l’œuvre d’un ikonomou, chrystos, quidam, grèceauteur-caisse de résonance qui perçoit le pouls de son pays et sait trouver les mots pour dire ce qui ne va pas quand les citoyens eux-mêmes restent sans voix. Ainsi cet homme à la Sempé qui n’en peut plus et qui un jour prend une pancarte sur laquelle rien n’est écrit et s’en va exhiber « le vide incroyable » qui l’habite. Une colère sans mot. Au-delà des mots ? Il y a dans ce livre des gens qui veulent gueuler mais n’y arrivent pas ! Ils aimeraient s’en prendre à quelqu’un mais ils ne savent pas à qui. Les riches, les puissants, les politiques, on ne les croise pas dans la vie des personnages de Chistos Ikonomou. Ils sont inatteignables et dès qu’on les approche d’un peu trop, la police et là justice sont là pour vous humilier et vous envoyer pour un petit séjour derrière les barreaux. Alors, on se méfie entre pauvres, entre dépossédés, entre mendiants d’allocations. La nouvelle qui ouvre le livre, à cet égard, est bouleversante. Une femme lave sa salade et repense à l’homme avec lequel elle vivait depuis quelques mois, elle travaillant, mettant patiemment chaque jour dans un petit cochon rose quelques pièces arrachées au quotidien, tandis que lui l’incitait chaque soir à « nourrir » la bête…Eh, bien cet amant est parti sans dire un mot le jour même avec le petit cochon rose et les quoi ? 800 ? 900 euros ? qu’il contenait… Alors elle pense « Si nous les pauvres faisons des choses pareilles à des pauvres, qu’est-ce que les riches doivent nous faire ? ».

    Les temps sont durs mais Ikonomou ne cède que très rarement au désespoir. Ses personnages sont saisis dans une mauvaises passe au cœur d’un pays lui-même dans une très mauvaise passe, mais lorsqu’on les quitte, on sent qu’il leur reste encore suffisamment de dignité pour se battre. Le titre du recueil est évocateur de ce point de vue là.

    Comme à la fin d’une lecture d’un recueil de Raymond Carver, il nous reste plein d’images d’un livre pareil : une femme qui lave une salade, obstinément, un homme qui s’en veut du décès de sa femme à l’hôpital parce qu’il n’était pas là pour garantir les frais, des retraités passant la nuit à s’engueuler en attendant des bureaux de la Sécu, une bite d’amarrage qui sourit puis qui pleure, un couple exproprié qui s’apprête à partir en Bulgarie, un clébard enragé qui va tout faire foiré, un garçon qui parle aux chats et veille sur le quartier, un père qui erre à la recherche d’une idée pour glaner quelques pièces et acheter à son garçon resté chez lui un œuf Kinder pour Pâques… Plein d’images.

    Ça se passe en Grèce, mais cela se passe un peu partout ailleurs en Europe en ce moment et en cela, Ikonomou touche juste. Vous allez être secoués par cette lecture, mais peut-être en sortirez vous aussi avec un sentiment de fraternité renforcé et une envie de combattre décuplée. Voici un livre indispensable qui, comme le dit l’auteur lui-même, « montre le combat de l’homme pour ne pas perdre son humanité dans un monde qui devient sans cesse de moins en moins humain ».

     

    François

  • La noblesse de l'échec

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    James Crumley

    Traduit de l'américain par Jacques Mailhos

    Illustré par Chabouté

    Ed. Gallmeister 23,50€

     

    Fausse piste. Nada. Walou. Circulez, y a rien à voir. Ou reconsidérez tout ce qui se situe en dessous de vous, de moins que rien, ivrognes, marginaux, hippies, indiens d'Amériques, tout ce qui eut un jour un nom et plus de dignité, et vous aurez une idée assez précise de ce que l'on voit dans les yeux d'un détective pour qui l'art de s'abimer dans un verre de whisky supplante tous les autres et vous apprend au passage, quelques trucs à propos de l'humanité.

     

    Ainsi James Crumley créa le personnage de Milton Milodragovitch dit le détective Milo et dès son premier polar posa les solides jalons d'un nouveau genre de noir. Qui a lu, initié ou non, Le (cultissime) dernier baiser, premier roman de sa deuxième série, comprendra l'importance des personnages de Milo et du détective Sughrue dans l'univers de Crumley. Force est d'admettre que dans ces deux anti-héros excessifs et quasi pathologiques, la figure du privé en a pris un coup, le mythe aussi, là où le roman noir en est sorti indemne, grandi et sacrément transfiguré !

     

    Il ne fera pas de doute que niché au beau milieu des montagnes du Montana, James Crumley a trouvé une voie, certainement la meilleur, la plus tordue, la plus lyrique, la plus drôle et la plus humaine des voix pour incarner ces personnages, hommes et femmes qui ont compris assez tôt "que même la plus simple des vies était encore trop compliquée".

     

    Frère de tous les ivrognes et visages cabossés d'une petite ville sans éclats, Milo est le dépositaire d'un monde où toutes les solitudes se rencontrent. Passage obligé au bar le Mahoney, où aujourd'hui est toujours hier. Une main chasse les vieux démons quand l'autre est encore solidement cramponnée à son verre. Guerre de Corée, mariages ratés, femmes dangereuses, drogues dures, armes à feu et nuits sans sommeil, toute ces choses censées représenter un danger pour soi ou pour autrui. Milo les balaye comme les mégots de la veille et noie absolument tout dans un verre d'alcool purificateur.

     

    Quand une jeune et très belle femme pousse la porte de son bureau, Milo n'a pas encore 40 piges qu'il estime ses seuls avoirs, la tristesse et la vieillesse, comme ses plus grands biens. Ayant, comme la plupart des gens qui boivent, passé une grande partie de sa vie à examiner son avenir lamentable, cela a cessé de l'amuser. L'apparition de cette femme signe enfin sa reprise de service.

     

    Pour qui voit de la noblesse dans l'échec, ce roman noir vous est dédié.

     

    Postscriptum : superbe réédition de Gallmeister, superbement illustrée par Chabouté, bénéficiant d'une superbe nouvelle traduction de Jacques Mailhos. Beaucoup de "superbe" pour une voix incontournable du roman noir américain et de l'école du Montana.

     

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    Allan