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31/01/2015

Un océan d'humour !

lupano, panaccione, océan, amour, delcourt, bretagne, châlut, Un océan d'amour de Lupano et Panaccione

éd. Delcourt / Mirages 24.95€

Comme tous les matins (on l'imagine) le petit monsieur s'en va sur son petit chalutier pécher de quoi gagner sa vie et comme tous les matins (on l'imagine) sa bonne grosse femme le couve d'un œil plein de tendresse en lui servant le consistant viatique qui lui donnera des forces. Seulement voilà, la sortie en mer cette fois-ci va virer à l'épopée drolatique !

Un océan d'amour est un véritable tour de force : à la fois BD d'aventure sans effets spéciaux, dénonciation du désastre écologique qui nous pend au nez sans lourdeur moralisatrice, satire d'une société de la mode qui se propage et disparaît  à la vitesse d'internet, véritable histoire d'amour sans les violons, le tout porté par un humour d'une finesse et d'une sensibilité remarquables !

Que dire de plus ? Eh ! bien rien justement parce qu'en plus c'est une BD sans bulle ! Parfaitement. Pas la moindre parole prononcée dans ces 220 pages superbement dessinées par Panaccione et misent en scène par ce Lupano que l'on adore !

Alors oui, pour l'occasion, lâchons-nous et disons clairement que cette BD sans bulle...

... nous laisse muets d'admiration !

... nous laisse sans voix ! 

Et que vraiment les mots nous manquent !

 

océan, amour, lupano, mouette

 

29/01/2015

Sans faute !!!

bernard, pivot, théâtre, romansDédicace Bernard PIVOT 

Mercredi 4 février à 17h30.

Le célèbre animateur d'Apostrophe et de Bouillon de culture, invité par la saison des spectacles de la ville de Romans, s'accordera une heure d'échange avec les romanais avant de monter sur scène à l'occasion de son nouveau spectacle "Souvenirs d'un gratteur de tête".

L'occasion d'une petite séance de dédicaces de cet amoureux des mots qui leur a consacré de nombreux ouvrages tels que "Oui, mais quelle est la question ?", "Les tweets sont des chats", "Les mots de ma vie" ou encore "100 expressions à sauver" et "100 mots à sauver".

23/01/2015

Une belle parution en poche !

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Avoir un corps de Brigitte Giraud

éd. J'ai lu 6.90€

Que dit un corps ? Comment faire parler un corps ? Comment mettre en mots, depuis les premiers souvenirs douloureux d’une maladie infantile jusqu’à la souffrance physique du deuil ressentie par une femme mûre, cette langue silencieuse que parle le corps ? 

C’est ce défi, né des nombreux échanges et du travail réalisé avec la chorégraphe Bernadette Gaillard de la compagnie immanence, qu’a su relever superbement Brigitte Giraud dans le cadre d’une lecture dansée « BG/BG » initiée par Le grand R-scène nationale dela Roche-sur-Yon.

Et ce qui aurait pu être un pensum à la lecture (ce que sont souvent les défis en littérature) se transforme en une sorte de poème en prose tout en mouvements humains, qui avance comme le corps grandit et puis ne grandit plus mais commence à vieillir non sans avoir entre-temps lui-même engendré un autre élan, un autre corps, plus petit, qui grandira à son tour et suivra son propre mouvement. Car chaque corps a une histoire et celui-ci qui se raconte sous la plume de Brigitte Giraud ne peut dire que la sienne, aussi belle qu’incroyablement commune, touchante parce qu’universelle.

La réussite de l’auteur teint surtout à la richesse du champ lexical qu’elle moissonne pour mener à bien son entreprise. Le verbe juste pour dire le corps qui désire et celui précis pour dire le corps qui travaille ou qui vibre comme jamais à l’occasion d’un premier concert de rock. Le corps comme boite de résonnance mais aussi le corps qui manque du corps de l’autre, le corps qui se transforme, qui grossit à l’adolescence ou maigrit à l’heure du deuil. On ne le dit pas de la même façon et il est impossible de ne pas être épris d’admiration devant tant de virtuosité langagière. Ça ne bégaie pas, ça ne se répète pas, ça ne tourne pas en rond. Voici une langue qui cherche et puise au bon endroit le mot juste qui dira ce qu’il voulait dire et pas autre chose.

Bien sûr il s’agit ici d’un corps de femme et ce détail n’en est pas un. S’il s’était agi d’un corps de garçon devenant homme, l’histoire aurait été toute autre. Et pourtant  on va au bout de ce parcours littéraire, que l’on soit homme ou femme. Parce que si nous partageons tous le fait terriblement banal d’avoir un corps, il faut remercier Brigitte Giraud d’avoir écrit le sien.

20/01/2015

3 minutes au fond de la piscine...

akhil, sharma, notre, famille, indiens, new, york, olivier, exil, immigrationNotre famille de Akhil Sharma

trad. de l'anglais (us)

éd. de l'Olivier   19.50€

Durant l’année 1978, le père de Ajay décide de quitter l’Inde pour les Etats-Unis. Une année plus tard, sa femme et ses deux enfants le suivent et la famille s’installe dans un petit appartement du Queens. C’est petit, il n’y a qu’une pièce pour dormir mais l’eau chaude et la télévision y coulent en continue, et ça, pour le petit garçon de 8 ans qui deviendra plus tard écrivain, cela a quelque chose de féerique.

Notre famille raconte d’abord cela. Une installation chaotique vécue cependant par toute la famille comme une véritable ascension  sociale, et un désir paternel farouche de faire de sa troupe d’indiens une véritable petite famille américaine. Et la clef de cette intégration réussie passera forcément par les études des enfants. Aussi, rapidement, une pression énorme va être mise sur les épaules de l’aîné, Birju, 13 ans, afin qu’il réussisse le concours d’entrée à la Bronx High School of Science. Toute la famille va vivre durant de longs mois dans l’unique souci de sa réussite à l’examen. Birju est un grand frère modèle, revêche avec Ajay mais bienveillant et travailleur. L’Amérique lui plaît énormément. Il y vit beaucoup plus épanouit qu’en Inde et où il ne se faisait pas d’amis. Dans ce quartier du Queens, il est même devenu populaire ! Finalement admis au grand soulagement de tous, on se dit que cette histoire de rêve américain est décidément bien lancée !

Elle s’écrasera malheureusement au fond d’une piscine par une chaude journée d’été quelques semaines plus tard. 3 minutes. 3 minutes que l’on ne pourra jamais soustraire au temps passé ni effacer pour faire comme si elles n’avaient jamais eu lieu. 3 minutes, c’est le temps que Birju va passer dans l’eau chlorée avant d’en être retiré. Les lésions cérébrales sont irréversibles. Birju passera le reste de ses jours dans son lit médicalisé. Une autre histoire d’intégration commence alors…

Il aura fallu 12 ans et plus de 7000 pages de travail à Akhil Sharma pour écrire ce livre hommage à sa famille détruite par ce drame. 12 ans pour dire sur 220 pages, avec simplicité et parfois beaucoup d’humour, cette succession de combats, de petites victoires et de défaites, d’espoirs douchés et de reconstruction malgré tout. Notre famille raconte aussi l’histoire d’un dévoreur de livres, et la naissance d’un écrivain qui se jette à corps perdu dans la fiction et l’imaginaire pour mieux se protéger de la vie et de ses blessures.

C’est bouleversant, dépourvu de pathos et cela vous concerne dès la première ligne. 

14/01/2015

Un endroit où se cacher...

Jardins en temps de guerre de Teodor Cerić 

éd. Actes Sud (trad. du Serbo-croate)Teodor, Cerić, jardins, temps, guerre, actes, sud, , 16€

En ces jours de barbarie, on en vient à rêver d'endroits où se réfugier, loin du bruit des armes et des corps qui tombent. Voici Jardins en temps de guerre d'un poète originaire de Sarajevo. Un chef d'oeuvre dans lequel se cacher.

En 1992, un jeune étudiant de lettres, Teodor Cerić quitte Sarajevo au moment où l’armée serbe entreprend de bombarder la ville. Il prend la route, sans but précis sinon la fuite, et s’en va faire un tour d’Europe et de petits boulots qui le mènera presque par hasard à occuper, ici ou là, différends emplois - parmi d’autres - de jardinier. Aucune prédisposition, pourtant, sinon le souvenir d’un potager familial dont s’occupait son père à l’ombre d’un immeuble communiste de vingt étages. Et de temps en temps, le petit  Cerić qui venait l’aider, taillant, semant, observant.

Jardins en temps de guerre raconte ces jardins rencontrés durant ces années sombres d’exil volontaire. De l’étrange Prospect Cottage dans le Kent, au non moins étrange jardin des Nymphes près d’Héraklion en Grèce, en passant par LesTuileries à Paris, mais aussi par le jardin triste de Beckett à Ussy-sur-Marne et le carré de jungle caché dans la ville de Graz en Autriche jusqu’au mal famé Monte Caprino à Rome, sans oublier la restauration du jardin de l’ermite de Painshill dans le sud de l’Angleterre, Teodor Cerić nous dit combien ces lieux lui sont apparus, à lui comme à tant d’autres de ses semblables comme de parfaites tentatives de faire enfin sur terre, loin du fracas du monde, des endroits accueillants, des lieux « pour un peu plus de vie ».

 D’une prose de poète, d’une impeccable sensibilité rousseauiste, ces Jardins en temps de guerre composent un recueil qui séduira ceux qui cherchent en vain l’ombre des feuilles - d’arbres ou de livres - derrière laquelle se retirer, ne serait-ce qu’un instant.