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26/01/2014

Vierges, cierges et sacrements

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La madone de Notre-Dame de Alexis Ragougneau

éd. Viviane Hamy, 17€

Quand on retrouve au petit matin, dans la Cathédrale Notre-Dame de Paris, sagement disposé sur un banc tout au fond du déambulatoire, en posture de communiante, le cadavre d’une jeune femme très courtement vêtue, on comprend que la nouvelle qui s’apprête à filtrer des lieux va forcément faire l’effet d’une bombe. Et quand en plus on s’aperçoit que le vagin de la défunte a été entièrement rebouché à la cire de cierge comme pour en sceller le passage, on se dit que cette bombe là dégage de fortes odeurs de luxure… Mais que se trame-t-il donc dans le monument le plus visité de Paris ?

 Tout accuse très vite un jeune ange blond, un étudiant en art passablement irradié par l’aura de la vierge Marie. Mais ne serait-on pas allé un peu trop vite en besogne ? Et si le jeune homme était innocent - ce qui reste à prouver -, qui pourrait bien avoir commis un crime pareil ? Pas facile de s’y retrouver parmi des soutanes qui cultivent le secret, des bigots et des bigotes complètement allumés, une juge d’instruction qui n’a pas réglé ses comptes avec son propre passé et un lieutenant de police dont la perversité le dispute à l’incapacité…

La madone de Notre-Dame est un vrai bon polar qui marche sans effets de manches. Un ragougneau,alexis,madone,notre,dame,hamytruc à la Tchao pantin d’Alain Page, bien parisien et un peu crado, avec des personnages tourmentés et attachants malgré eux. Le père Kern, petit bout d’homme maladif d’1m48 qui finit par prendre l’enquête à son compte, est particulièrement bien senti, navigant à vue dans un univers corrompu dont le capiteux menace à tout instant de submerger ses plus sincères convictions…

Avec ce premier roman, Alexis Ragougnaux, déjà auteur de nombreuses pièces de théâtre, use d’une langue souple et vivante qui prend toute sa dimension quand ses personnages prennent la parole. C’est court, c’est efficace, c’est pas tiré par les cheveux, c’est pas non plus résolu en trébuchant sur l’indice… Que demander de plus, non de dieu ?! Oh ! Pardon. On ne jure pas dans une Cathédrale.

20/01/2014

Okinawa, ses démons, sa beauté

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L'âme de Kotaro contemplait la mer nouvelles de Medoruma Shun

éd. Zulma 21€

L’âme de Kotaro contemplait la mer n’est pas un roman japonais de plus. D’abord ce n’est pas un roman, c’est un recueil de nouvelles. Et si vous n’avez pas fuit suite à cette précision, laissez-moi vous dire en plus que ce n’est pas exactement de la littérature japonaise puisque son auteur est originaire d’Okinawa et que toutes les nouvelles regroupées dans ce livre s’y déroulent. Et Okinawa, ce n’est pas exactement le Japon.

Ile principale de l’archipel de Ryukyu, elle possède une langue apparentée au japonais et une culture originale avec une forte influence matriarcale. Elle fut le théâtre de sanglantes batailles en 1945 et ne fut rendue au Japon qu’en 1972 après être restée entre-temps sous administration des Etats-Unis.*

Tout cela se retrouve dans ces nouvelles fortement imprégnées de la propre enfance de leur auteur, Medoruma Shun né en 1960. Il y a la beauté des paysages, les criques, les récifs, les rivières riches en poissons et conjointement, la souillure, la pollution industrielle, la brutalité et le viol. Il y a quelque chose sur ces îles paradisiaques de profondément douloureux, comme si le déchaînement de rage des medoruma,shun,kotaro,okinawa derniers combats livrés une décennie plus tôt par l’armée japonaise afin de repousser l’envahisseur américain, n’en finissait pas de résonner dans le silence même des forêts. Cela apparaît dans chacune des ces histoires, quelles racontent l’amitié d’un enfant pour un vieux pécheur au passé épique dans L’awamori du père Brésil ou la cruauté tolérée pour les combats de coq racontée avec un réalisme sidérant dans Coq de combat.  Cette nouvelle se distingue du reste du recueil, d’ailleurs, par un certain fantastique, lequel se manifeste par petites touches au contact du plus quotidien des occupations des habitants de l’île. Car ici et là, apparaissent aux yeux de celles et ceux qui sont disposés à les percevoir, - souvent des enfants, mais aussi une vieille dame dans Mabuigumi L’âme relogée -  l’âme de certains disparus dont la seule apparition secoue ensemble personnages et lecteur d’un grand frisson mélancolique.

D’une très grande économie de moyens, l’écriture de Medoruma Shun, a été, comme le rappelle son éditrice, récompensée par les très prestigieux prix Akutagawa et Kawabata. Ces prix là ne vous disent peut-être pas plus de chose qu’à moi mais soyez certains que si j’avais moi-même mon prix, je le lui aurais décerné avec le plus grand respect.

 

*source Dict. Le Robert

09/01/2014

Pourquoi Cabu aime-t-il New York ?


cabu,rencontre,dédicace,new,york,arènesEh Oui ! Pourquoi Cabu aime-t-il New York ?

Lui l'amoureux de Paris, lui le pourfendeur de wall street et du libéralisme effréné dont New York est la capitale symbolique, lui l'inventeur de l'archétype du français moins que moyen appelé le "beauf" qu'est-il allé faire au pays du hamburger et des baskets ?

C'est à ces questions et à bien d'autres qu'il viendra répondre jeudi 16 janvier au bar Le Central à partir de 19h. Auparavant il aura dédicacé son dernier ouvrage ouvrage paru aux Arènes "Cabu New York" à la librarie des Cordeliers dès 17h30 !

Cabu à Romans, c'est un véritable cadeau qu'il nous fait à nouveau après un premier passage en 2011. Une occasion nouvelle de rencontrer le plus talentueux de tous les dessinateurs de presse, l'homme qui croque plus vite que son ombre, le trait aussi vachard que généreux mais toujours très "swing" dans l'uppercut. 

08/01/2014

Cabu à New York et à Romans

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Cabu à Romans, c'est une rencontre exceptionnelle !!!

Venez le rencontrer jeudi 16 janvier.

04/01/2014

Gros gros gros coups de cœur du début d'année !

kerangal, vivants, réparer, maylis, verticales, don, organesRéparer les vivants de Maylis de Kerangal

éd. Verticales, 18.90

En 2010 Maylis de Kerangal avait écrit Naissance d'un pont (éd. Verticales et Folio) , un roman passionnant qui racontait la construction d'un pont et la vie des hommes et des femmes qui agissaient pour sa construction au fur et à mesure que ceux-ci entraient dans ce mouvement bâtisseur. Elle racontait donc un mouvement, une trajectoire depuis la rive d'un fleuve vers la rive opposée.

Voici à présent avec le magnifique Réparer les vivants l’histoire d’un cœur qui change de corps. Qui quitte accidentellement, au petit matin d'une sortie de route, celui d’un jeune homme plein de vie, et trouve refuge, le soir venu, dans celui d’une femme d’une cinquantaine d’années qui finissait par ne plus y croire.

Ce livre est donc l’histoire d’une trajectoire. Et comme une pierre plate lancée sur l’eau d’une certaine manière produit des ricochets, provoquant à chaque rebond un fracas sur l’onde, Maylis de Kerangal suit ce parcours au plus près de celles et ceux que ce cœur kerangal, maylis, réparer, vivants, verticalesébranle. Avec une grande pudeur, et sans jamais ne rien épargner à son lecteur, elle convoque la douleur des parents et de l’amour confrontés à l’irrémédiable disparition. Et la question du don, qui est aussitôt posée. Urgente. Elle raconte la mécanique médicale qui se met en branle. Suite de gestes magnifiques et fragiles accomplis par des femmes et des hommes qui se raccrochent à leur art pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Réparer les vivants va marquer cette année littéraire, c'est certain. Maylis de Kerangal prend place avec ce livre auprès d'écrivains comme Jérôme Ferrari, Laurent Mauvignier ou Emmanuel Carrère qui donnent eux aussi, à présent, ce qu'ils ont de meilleur. Et c'est beau.

C’est tellement bien écrit, on ne devrait pas pleurer comme ça.

fusaro, philippe, aimer, fatigue, olivierAimer Fatigue de Philippe Fusaro

éd. de l'Olivier,15€

Il y a plusieurs façons de faire avec les clichés. On peut y céder sans s’en rendre compte. On peut se montrer plus malin qu’eux et briller à leurs dépend. Et puis on peut faire comme Philippe Fusaro dans Aimer fatigue : les magnifier.

Tanger au début des années 70. L’hôtel Minzah est le lieu où se sont déjà trouvés, quand le roman commence, Lulù, jeune actrice italienne en manque de rôle, etLa Spia, espion à la petite semaine qui est justement en train de lui vernir les ongles des pieds au rouge carmin. Dans la chambre d’à côté, un écrivain américain, malheureux comme la mort s’est, comme chaque soir, assommé de rhum-coco et de barbituriques. Et voilà planté le décor en carton pâte : une actrice, un espion, un écrivain avec pour cadre un superbe hôtel.

Il se dégage pourtant immédiatement un charme incroyable de ce roman de Fusaro qui s’applique, avec la petite musique qui lui sert d’écriture, à rendre avec sensualité l’histoire d’une complicité solaire. Une chaleur bienfaisante, une main sur l’épaule, des petits riens qui par petites touches, relèvent l’écrivain en détresse. Tout semblait donc foutu, et un ami paraît. On peut donc faire l'amour comme on fait l'amitié...

Un vrai bonheur de roman ce Aimer fatigue qui se lit le sourire aux lèvres.

louis, edouard, bellegueule, eddy, finir, seuil, homosexualitéEn finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis

Ed. du Seuil, 17€

« Il est bizarre Eddy avec ses manières de tapette. Il pleure tout le temps ! Pourquoi il est comme ça ? Il fout la honte à toute la famille ! C’est un mec oui ou merde ?! Y peut pas arrêter avec ses grands gestes de folle ? »

En fait, c’est la stupéfaction qui demeure longtemps encore après avoir refermé En finir avec Eddy Bellegueule. L’impression d’avoir lu un livre écrit avec un sentiment de nécessité comme on en rencontre rarement. Ce qui reste, c’est cette impression d’avoir traversé un roman d’un autre siècle, embourbé dans une France d’avant, une France que l’on ne veut plus voir, dont on aurait un peu honte et dont il n’y a vraiment aucune raison d’être fier. Une France refoulée qu’Edouard Louis nous balance magnifiquement en pleine figure et que l’on a tellement de mal à admettre comme contemporaine à la notre. Et pourtant ! Toute la misère de ce roman s’est épanouie en Picardie durant la grosse dizaine d’années qui vient de passer…

Car Eddy Bellegueule a bel et bien existé. Eddy Bellegueule, c’était le nom d’Edouard Louis, l’auteur de ce livre, avant qu’il n’en change. Il a grandi dans un village oublié, au sein d’une famille recomposée de sept enfants, survivant tant bien que mal avec 700€ d’allocations. Une indigence de moyens qui n’avait d’équivalent que la crasse intellectuelle et sentimentale prospèrant sous ce toit. Des gens simples, fiers de l’être en apparence. Une mère qui ne « joue pas à la Madame », un père qui n’aime ni les pédés ni les arabes sans en voir beaucoup dans les environs d’ailleurs. Il s’agit surtout de gens qui ne s’aiment pas, qui ne savent pas aimer, comme s’ils étaient amputés des sentiments. Et cette douleur les fait énormément souffrir. Trop de poids pèse sur eux. Trop de conventions de classe leur colle à la peau comme cette inévitable odeur de frittes. Comment pourraient-ils donc reconnaître et admettre qu’une « tapette » vit parmi eux ? Eddy Bellegueule va devoir trahir tout un univers pour devenir Edouard Louis, et assumer envers et contre tout l’homme qu’il a toujours été.

Un premier roman d'une force et d'une maîtrise impressionnante par un auteur de 22 ans.

 

mingarelli, stock, homme, soifL'homme qui avait soif d'Hubert Mingarelli

éd. Stock, 16€
 

Lire un roman d’Hubert Mingarelli c’est avoir la certitude de ne pas être déçu. Un plaisir brut taillé par les mots qui aiguisent les sens.

Voici l’histoire d’Hisao : l’homme qui avait soif à force de manquer d’eau dans les montagnes japonaises où il s’était terré avec son ami Takeshi pour se cacher des bombardements américains. Ils s’y croyaient «protégés des ombres» pourtant la poussière et l’obscurité auront raison des deux soldats. Takeschi y laissera la vie. Pour Hisao il s’agira de fuir les ténèbres. Démobilisé mais hanté par la figure de son double, il part rejoindre sa future épouse encore inconnue avec pour tout bagage un œuf de jade comme cadeau de mariage. Mais le train s’arrête et le goutte à goutte d’un robinet extérieur le force à obéir à la soif qui le domine.

Et Hisao court derrière le train qui redémarre, il court derrière une promesse et au devant des cauchemars qui l’oppressent.

De gares en rencontres il touchera au but sans parvenir à s’éloigner de son traumatisme. Certes le thème est grave mais le texte est lui d’une légèreté et d’une puissance telles qu’il s’en dégage une immense force poétique.

Hubert Mingarelli habite ses personnages, les connait suffisamment pour pouvoir nous les décrire le plus précisément du monde en seulement trois mots.

Toute la pudeur, l’humilité et le talent d’un de nos plus grands auteurs en seulement 155 pages. Chapeau bas.



02/01/2014

Merci pour 2013 et en avant pour 2014 !!!

Pour la santé, l'amour et tout le reste en vérité, nous ne nous engagerons pas.

Mais pour la lecture et le choix de vos livres, nous vous souhaitons vraiment une formidable année 2014 et nous espérons y participer grandement !

 

Et MERCI, MERCI, MERCI pour l'année 2013 que vous nous avez offerte !

Votre fidélité, vos petits mots en passant, vos sourires, vos regards, votre présence lors de nos rencontres, vos chocolats (trop rarement) et ce soutien que vous nous manifestez chaque jour un peu plus fort, comptent énormément pour nous !

Grâce à vous la librairie des Cordeliers va bien et on se dit chaque jour un peu plus qu'on fait quand même un sacrément beau métier !

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Et permettez-nous aussi d’avoir une pensée pour nos confrères de Chapitre qui traversent une épreuve assez moche. Là encore nous n’y pouvons rien mais nous espérons vraiment qu’en 2014 quelque chose de bien leur arrivera enfin.