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21/12/2012

Ce que le Goncourt dit de sa signature à Romans...

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Bastia Mardi 18 décembre. Trois jours après son passage à Romans où il a dédicacé ses livres 2 heures durant dans notre petite librairie, voici ce que Jérôme Ferrari a déclaré devant un parterre de 500 personnes venues célébrer son prix Goncourt fraichement remis début novembre : 

Je suis allé là-bas parce que ce libraire avait fait une très bonne critique d'Un Dieu Un animal dans le magazine, très lu, des libraires. A une époque où le nombre de critiques dans les médias se résumait à zéro, cela avait été important pour moi. Donc quand mon éditeur a programmé une tournée de dédicaces, je lui ai demandé d'inscrire cette librairie. D'ailleurs c'est là que j'ai vraiment compris que quelque chose avait changé parce qu'auparavant quand je faisais des dédicaces, j'avais largement le temps de lire... et à Romans sur Isère, qui n'est pas précisément Manhattan, il y avait beaucoup de monde... beaucoup." Loyauté donc. (lire tout l'article)

On sait cette histoire. Ferrari nous l'a dite. Mais une telle générosité de la part d'un auteur envers des libraires, on a du mal à s'en remettre. Alors merci à tous d'être venus faire dédicacer votre (vos) livre(s) à la librairie ou l'écouter parler au bar le Central. Tout ce monde ! Sur le chemin du restau, il n'en revenait toujours pas... 

La photo est de Jean Delmarty


12/12/2012

LES LIVRES DE JEROME FERRARI (4/5)

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Où j'ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari

Actes Sud 17.30€

*Son roman est assurément l'un des plus forts de cette rentréelittéraire. Où j'ai laissé mon âme raconte la confrontation entre deux hommes, le capitaine André Degorce et le lieutenant Horace Andréani. Algérie en 1957. Les deux hommes, qui se sont connus en Indochine, sont chargés d'obtenir de précieux renseignements afin de déjouer de sanglants attentats perpétrés à l'encontre de la population civile par le FLN. On le sait très bien à présent, ce travail de flic pratiqué par des militaires, ce sale boulot, il n'y a pas trois cents façons de le faire : la plus commune sous ce soleil-là, c'est la torture.

Pour Degorce, catholique pratiquant, résistant à 19 ans, déporté à Buchenwald à 20 ans, prisonnier de guerre  à la suite de la défaite de Dien Bien Phu, ce passage du statut de victime de l'Histoire à celui de tortionnaire est un tour de magie dont il a du mal à se remettre. Comment en est-il arrivé là, lui ? En état de malaise permanent, il se perd dans des postures de noblesse et d'humanisme complètement déplacées alors que dépendent de lui ces hommes qui, dans la pièce d'à côte, usent de la géhenne avec le plus grand art. Face à lui, l'impitoyable Andreani, l'amoureux déçu qui a tellement aimé son supérieur au temps de sa splendeur militaire, et qui aujourd'hui ne supporte plus de le voir ainsi, doutant de tout, lui qui croyait, quand n'importe plus? que l’exécution, sans états d'âme, d'ordres qui ne devraient souffrir d'aucune espèce d'interprétation. Torturerhumainement. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire !?

Dans une langue magnifique, empreinte d'un lyrisme sec qui lui donne un ton si singulier, Jérôme Ferrari interroge la nature humaine quand le Mal frappe à sa porte. De Degorce ou d'Andréani, lequel des deux vous paraît le plus honnête avec sa conscience ? Et lequel des deux êtes-vous vous-mêmes, semble nous interroger en permanence ce roman magnifique qui fera écho chez beaucoup d'entre vous au sublime Des hommes de Laurent Mauvignier.

*(article paru en octobre 2010)

LES LIVRES DE JÉRÔME FERRARI (3/5)

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Un dieu un animal de Jérôme Ferrari

Actes Sud 12.20€ / babel 6.70€

Parce que leur vie d’adulte n’est pas à la hauteur des rêves de leur enfance, parce qu’un regard lucide posé sur le monde peut être ravageur et laisser celui qui le porte terriblement démuni, sans espoir ni dieu auxquels se raccrocher, un jeune homme corse et une jeune femme, consultante dans une entreprise de ressources humaines, vont connaître l’expérience douloureuse de leur insoutenable légèreté.

Pourtant, ils auraient pu être heureux. Chacun de son côté, auprès des leurs, pareils à des millions d’êtres humains confortablement installés dans la confiance que portent en eux leurs proches, un avenir tout tracé, une place dans la société. Existait pour eux aussi ce bonheur standardisé. Il leur suffisait d’en accepter le rôle, de prendre leur place dans l’engrenage. Ils y avaient droit. Alors à quel moment est-ce que les choses ont mal tourné ?

Un Dieu un animal, raconte le parcours parallèle de deux jeunes gens qui vont sortir du sillon. Deux jeunes gens qui se sont connus quelques années auparavant, adolescents, pendant les vacances. Ils avaient 14 ans et, assis sur la margelle d’une fontaine, ils se sont embrassés. Un peu maladroitement, ils se sont même dit « Je t’aime » A cet âge là, cela n’a bien sûr pas grande importance. Pourtant, de longues années plus tard, alors que tout s’écroule autour de lui - son monde dans ce village insulaire, la civilisation quelque part en Irak - le jeune homme se demande s’il n’a jamais été aussi sincère dans sa vie qu’à ce moment là, précisément quand il a dit « Je t’aime » à Magali. A-t-il jamais été plus près du bonheur ? A-t-il jamais été aussi vivant, lui qui ne sait à présent plus ce que ce mot veut dire ? Se peut-il que ces quelques instants d’une vie d’adolescent soient tout ce qu’il reste à sauver ? Peut-être n’est-ce qu’un leurre, mais comme il n’y a rien d’autre à quoi se raccrocher… Alors, avant de se faire définitivement une place parmi les décombres, il va, pour la première fois de sa vie, écrire une lettre à destination de cette jeune fille de 14 ans et la lui envoyer. Le drame étant bien sûr que cette jeune fille n’a plus 14 ans depuis pas mal de plans sociaux, de guerres et autres Twin Towers.

Jérôme Ferrari pose un regard désabusé sur une génération perdue à qui on ne propose qu’un éventail d’impasses. A une extrémité de l’éventail, les plus brillants pourront devenir cadres performants au sein d’une entreprise à laquelle ils devront se vouer corps et âmes, jusqu’à épuisement. A l’autre, il se trouvera toujours une guerre avec ses promesses d’aventure pour attirer à elle chair et sang frais de tous les recalés de la vie. Sans en avoir l’air, avec un lyrisme retenu, passant d’un personnage à l’autre, d’une dérive à l’autre, avec beaucoup de pudeur, il nous donne un roman explosif, violent, profondément engagé et ancré dans son temps. C’est un texte romantique qui dit la déréliction d’une jeunesse qui se rend compte, mais un peu trop tard, qu’une société est là, bien installée, et qui a tout prévu pour elle.