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18/05/2010

Mépris littéraire.

 

Mes prix littérairesportrait bernhard.jpg

Thomas Bernhard      (trad. de l'allemand par Daniel Mirsky)

éd. Gallimard 12,50 €

 

Quel bonheur de retrouver, plus de 20 ans après sa mort, la voix de Thomas Bernhard à travers  l'évocation des prix littéraires qu'il lui a été donné de recevoir dans les tous premiers temps de sa carrière littéraire ! Et surtout, ne vous attendez pas à lire un auteur qui se rengorge des honneurs que lui adresse le milieu littéraire germanophone. Ce milieu - ses pairs comme on dit - il les exècre en vérité au plus haut point ! Les officiels, les salonnards des lettres, les philistins du ministère de la culture, les académiciens... tout ceci ne pèse rien et ne mérite même pas le coup de vent qui les emportera dans les oubliettes de l'histoire littéraire. Pourtant, Bernhard n'est pas davantage tendre envers lui-même qui ne peut s'empêcher d'accepter ces prix que lui remettent des gens qu'il déteste. Orgueilleux au possible, il lui est cependant impossible de refuser les chèques qui les accompagnent. Le jeune écrivain n'en a pas le luxe en ces premières années.

Chacune de ces remises de prix se lit comme une courte nouvelle, un bijou d'humour bernhardien qui élève l'art de la détestation vers des sommets littéraires qu'aucun autre que lui n'atteindra jamais. Ce recueil terriblement drôle pourrait être une porte d'entrée idéale pour qui ne connaît pas encore le travail de Thomas Bernhard (1931 - 1989). Pour les autres, les happy few comme disait Stendhal, ce sera l'occasion d'une nouvelle (et dernière ?) rencontre avec l'un des plus grands écrivains de langue allemande du XX° siècle.

A lire et relire sans modération !

PS D'autres textes de Thomas Bernhard au format poche sont à découvrir à la librairie. François se fera un plaisir de vous les présenter.

06/05/2010

Partie de pêche !

 

Brève histoire de pêche à la mouche

de Paulus  Hochgatterer éd. Quidam  13 €BreveHistoireG.jpg

Trois hommes, trois psys, partent en voiture pour une longue journée de pêche. Le chauffeur est « l’Irlandais », gaillard de deux mètres zéro un qui fait un peu figure de chef d’équipe et qui, par conséquent, pérore durant de longs kilomètres, arbitre les discussions qui naissent en cours de route et décide des chansons qui vont occuper l’habitacle de la vieille Passat. Julian, lui, n’a jamais le dernier mot et parle dès le début comme la victime qu’il sera à la fin de cette journée de pêche, la tête et les mains complètement enflées après qu'il ait chuté dans un buisson d’herbe du diable. Son matériel est impeccable quand il n’est pas neuf et seule sa femme semble hanter ses pensées. Le troisième larron est le narrateur, dit « Mesmer » parce qu’il connaît l’hypnose dont il ne se sert en vérité que pour endormir sa fille avant d’aller chez le dentiste. Il est d’humeur égale et laisse souvent son esprit se perdre dans d’agréables pensées quand ses deux compères se battent à fleuret moucheté en s’opposant sur tel ou tel enjeu psychanalytique.

Immédiatement, le lecteur se sent à sa place dans cette bande de copains tant Paulus Hochgatterer excelle dans l’art du dialogue et parvient à nous faire rire avec eux des piques qu’ils se lancent et des débats d'initiés dans lesquels ils se complaisent du genre : « Est-ce qu’il y’a du romantisme dans la psychiatrie ? ». Pourtant ne croyez pas qu’il soit nécessaire d’avoir un quelconque diplôme de psy ou que les différents noms de mouches et de lancers n’aient aucun secret pour vous, pour que vous trouviez votre bonheur entre ces pages. La beauté des paysages de forêts de pins noirs du Bassin viennois, le clapotis de l’eau d’une rivière placée sous les nuages ou le duvet blond sur les bras de la jeune serveuse d’un restoroute sont autant de raisons autrement plus valables pour vous jeter dès à présent sur ce roman atypique tout droit venu d’Autriche. Un roman sensible et drôle à placer immédiatement entre ceux des plus grands écrivains de la pêche en eau douce que sont John Gierach  (Traité du zen et de l’art de la pêche à la mouche) et William G. Tapply (Dérive Sanglante).

 

04/05/2010

Dernières lectures fortement conseillées

 

Ishiguro.jpgNocturnes

trad. de l'anglais par Anne Rabinovitch

De Kazuo Ishiguro

Ed. des 2 terres           22 €

 

Les cinq nouvelles qui composent ce recueil sont toutes, d'une manière ou d'une autre, en rapport avec la musique. Mélange d'émotion, de tendresse et, surtout, de drôlerie, Nocturnes nous parle de carrières prometteuses, d'ambitions ratées ou de destins brisés, tous miraculeusement sauvés, le temps d'une nuit, par la plume talentueuse de l'auteur de Vestiges du jour. Au final, malgré les éclats de rire, un air de nostalgie, comme joué au piano, reste dans la tête du lecteur qui referme son livre. Que l'on soit un vieux crooner sur le retour, un gentil guitariste fredonnant ses chansons au hasard des collines de Malvern ou un saxophoniste embringué dans une histoire sans queue ni tête dans les couloirs d'un hôtel de standing, on n'échappe pas au sentiment du temps qui passe et qui, on peut en être sûr, n'oubliera personne.Nocturnes.gif

Ce livre est un petit bijou à offrir autour de soi sans la moindre hésitation.

 

 

 

 

pineiro_claudia.pngLes veuves du Jeudi

trad. de l'espagnol (Argentine) par Romain Magras

De Claudia Pineiro

Ed. Actes Sud 23 €

 

Une zone pavillonnaire ultra sécurisée en périphérie de Buenos Aires. A l'intérieur, un village aux villas luxueuses entourées de jardins impeccables troués de piscines d'un bleu sans fond. Un soir, dans l'une de ces piscines, trois cadavres qui flottent, à peine gênés à présent par la brise qui traverse ce paradis sur terre et amène avec elle la rumeur d'un pays complètement ruiné... Nous sommes en Argentine au début des années 2000. Que font ces trois cadavres au fond de la piscine ? Pour le savoir il va falloir retourner 10 ans en arrière et suivre le quotidien de ces hommes et, surtout, de ces femmes, qui prétendent vivre à l'écart du monde et de ses souffrances. Mais derrière les murs de ces riches demeures, combien d'ambitions avortées pour un intérieur propret, combien de jalousies masquées d'un sourire de convenance et combien de détresse finalement chez ces gens qui sentent venir à eux l'onde de choc d'une économie nationale en pleine débâcle ?

veuves du jeudi.jpgUn livre d'une implacable lucidité qui navigue entre roman noir et comédie de mœurs. Indispensable !

Le meilleur roman que j'ai lu depuis le début de l'année, assurément.

 

 

03/05/2010

Séances d'électrochocs

Nu à la chaise de Marie-Thérèse Schmitz

éd. Gallimard 18 €

Appelée au chevet de son père mourant quelque part dans un hôpital marseillais, une femme quitte l'Inde et revient au pays. Retour brutal Nu à la chaise.jpgauprès de cet homme qui n'est plus que l'ombre du tyran aimé de son enfance. Quand elle n'est pas à l'hôpital, elle passe le plus clair de son temps à se promener nue dans l'appartement paternel, allant de tiroir en tiroir, cherchant quelque indice susceptible d'expliquer enfin la mort de cette mère adorée et folle, maltraitée durant de longs séjours en hôpitaux psychiatriques, et disparue trop tôt dans un très étrange accident de voiture... Le temps de quelques semaines, elle va cohabiter avec son frère, homme brutal toujours prompt à lui remettre - au besoin à l'aide d'une gifle - les idées en place, et sa belle-sœur qui entend s'occuper de tout avec le bon sens qui la caractérise. Car c'est certain, cette femme nue n'a plus trop le sens des réalités et fait de travers tout ce qu'elle entreprend. Un peu trop indienne sans doute.

Nu à la chaise est un livre secoué d'électrochocs, où le viol menace sans cesse la sensualité. Un livre admirablement écrit qui, vu depuis le continent indien, en dit par moments beaucoup sur notre France : « Ici, bonne tenue générale mais n'oublie pas qu'ils sont des millions sous anxiolytiques. »