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13/09/2015

Dire que le linge n'avait même pas eu le temps de sécher

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Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara

 

Ed. Zulma traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec

 

17.50€ 

 

Est-ce une simple et innocente histoire de voisinage dans un petit village norvégien ? Est-ce le quotidien qui défile sous nos yeux d'une communauté paisible où s'écoulent les vieux jours de tout un chacun ? Sont-ce ces portraits colorés et ces personnages d'une douceur joliment extravagante qui se jouent de nous tandis que tournent avec une étonnante facilité les premières pages d'un roman sans intrigue apparente ? Il y a d'abord Otto et Ada. Les inséparables. Un demi-siècle de vie commune sous le toit d'une maison jaune perchée au sommet de la colline. Une vie rythmée par une menue passion pour le ping-pong, les puzzles géants de châteaux européens et les documentaires animaliers. Elle, figure gaillarde du voisinage. Lui, volontiers plus cabochard. Deux âmes sœurs, quelques rues parallèles et des maisons collées les unes aux autres : voyez-vous, un village sans prétention. Et puis il y a Nico, le préparateur en pharmacie, volubile jeune homme passionné par les effets indésirables des médicaments génériques. Il y a Anibal, le facteur le plus calamiteux qui soit, dont la lubie consiste à distribuer à tort et à travers paquets, factures et lettres d'amour pour favoriser le lien social. Iolanda, septuagénaire mystique qui dans le doute a décidé de croire en tout. Sans oublier Monsieur Taniguchi, l'unique centenaire japonais persuadé 30 ans après la guerre qu'il y a encore une bataille à mener. Il y a enfin Mariana, petite dernière du village, anthropologue solitaire et incomprise par son mari.

 

Touchant petit monde folklorique sans incidence aucune. Sauf qu’un beau matin, alors que le linge n'avait pas encore eu le temps de sécher, que l'élastique du jogging était encore humide, les grosses chaussettes, les T-shirt et les serviettes toujours sur le fil, Ada est morte. En lecteur passionné de romans noirs, insomniaque et convaincu qu'on lui cache quelque chose de louche, Otto est sur le point de mener sa petite enquête.

 

Avec beaucoup d'humour et de tendresse pour ses personnages, Barbara Vanessa signe d'une écriture fine un premier roman habile et folâtre, jouant avec les codes du genre policier et dont la trame réservera au lecteur de nombreuses surprises !

 

 

 

 

20/01/2014

Okinawa, ses démons, sa beauté

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L'âme de Kotaro contemplait la mer nouvelles de Medoruma Shun

éd. Zulma 21€

L’âme de Kotaro contemplait la mer n’est pas un roman japonais de plus. D’abord ce n’est pas un roman, c’est un recueil de nouvelles. Et si vous n’avez pas fuit suite à cette précision, laissez-moi vous dire en plus que ce n’est pas exactement de la littérature japonaise puisque son auteur est originaire d’Okinawa et que toutes les nouvelles regroupées dans ce livre s’y déroulent. Et Okinawa, ce n’est pas exactement le Japon.

Ile principale de l’archipel de Ryukyu, elle possède une langue apparentée au japonais et une culture originale avec une forte influence matriarcale. Elle fut le théâtre de sanglantes batailles en 1945 et ne fut rendue au Japon qu’en 1972 après être restée entre-temps sous administration des Etats-Unis.*

Tout cela se retrouve dans ces nouvelles fortement imprégnées de la propre enfance de leur auteur, Medoruma Shun né en 1960. Il y a la beauté des paysages, les criques, les récifs, les rivières riches en poissons et conjointement, la souillure, la pollution industrielle, la brutalité et le viol. Il y a quelque chose sur ces îles paradisiaques de profondément douloureux, comme si le déchaînement de rage des medoruma,shun,kotaro,okinawa derniers combats livrés une décennie plus tôt par l’armée japonaise afin de repousser l’envahisseur américain, n’en finissait pas de résonner dans le silence même des forêts. Cela apparaît dans chacune des ces histoires, quelles racontent l’amitié d’un enfant pour un vieux pécheur au passé épique dans L’awamori du père Brésil ou la cruauté tolérée pour les combats de coq racontée avec un réalisme sidérant dans Coq de combat.  Cette nouvelle se distingue du reste du recueil, d’ailleurs, par un certain fantastique, lequel se manifeste par petites touches au contact du plus quotidien des occupations des habitants de l’île. Car ici et là, apparaissent aux yeux de celles et ceux qui sont disposés à les percevoir, - souvent des enfants, mais aussi une vieille dame dans Mabuigumi L’âme relogée -  l’âme de certains disparus dont la seule apparition secoue ensemble personnages et lecteur d’un grand frisson mélancolique.

D’une très grande économie de moyens, l’écriture de Medoruma Shun, a été, comme le rappelle son éditrice, récompensée par les très prestigieux prix Akutagawa et Kawabata. Ces prix là ne vous disent peut-être pas plus de chose qu’à moi mais soyez certains que si j’avais moi-même mon prix, je le lui aurais décerné avec le plus grand respect.

 

*source Dict. Le Robert