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07/09/2011

De quoi septembre est fait ?

Limonov                     de Emmanuel Carrère

Ed. P.O.L.                  20€

 Poète, voyou, clochard, majordome, vivant au crochet des femmes plus souvent qu’à son tour, détestant son pays mais prêt à casser la gueule à celui qui en dirait du mal, fasciné par la violence, la carrere, limonov, guerre et ses combats, allant jusqu’à porter les armes aux côtés de généraux serbes de sinistre mémoire, Limonov a toujours été aussi profondément sincère dans ses excès que pouvaient l’être les personnages détestables des romans de Roberto Bolaño. De cette vie chaotique dont on ne peut rien assurer quant à la pérennité de l’œuvre littéraire, Carrère s’empare pour en faire une interprétation lumineuse qui laisse le lecteur ébloui et sonné une fois le livre refermé. De l’Union Soviétique aux prisons de Poutine en passant par New-York, Paris (il y connaîtra ses premiers succès d’écrivain) et les Balkans où il ira sentir l’odeur du canon, c’est un chemin d’admiration et de répulsion qu’il nous invite à suivre dans ce nouvel opus. Ecrivain sans style,carrère, limonov, polCarrère, use une nouvelle fois remarquablement toutes les ficelles de la grande narration et nous bluffe littéralement dans cette magistrale manipulation littéraire où son ego légendaire semble enfin avoir trouvé un maître à sa hauteur. On lit Limonov d’une traite, étourdi par tant de folie, et on en redemande !

Freedom                                de Jonathan Franzen

Ed. de l’Olivier                      24€

 

Il faut aborder Freedom comme si vous n’en aviez pas encore entendu parler (mais est-ce possible ?!), comme si le visage de Franzen et ses franzen, olivier, freedomgrosses lunettes à monture noire vous étaient encore totalement inconnu, et comme si la rumeur annonçant que l’Amérique avait (enfin !) trouvé son Grand Ecrivain n’était point déjà parvenue à vos oreilles. Voici donc un roman de 700 pages dont vous ignorez tout, d’un écrivain rare puisque son précédent livre, Les corrections, était paru il y a 10 ans.

Freedom relate, sur 3 générations, une série d’erreurs familiales dont se repaissent les névroses intimes, et celle qui touche Patty, personnage central de ce roman, est du plus bel acabit. Disons que tout commence pour elle par un viol que ses propres parents finiront par nier… Mal mariée, mère parfaite en apparence mais complètement déglinguée du côté des sentiments, aimant excessivement son fils, délaissant sa fille, vivant de façonfranzen, olivier, freedom insatisfaisante un mariage honnête, secrètement amoureuse du meilleur ami de son mari, incapable de l'accepter, d'y remédier, incapable de faire quoi que ce soit de sa vie, souffrant d’une abyssale carence d’amour propre… le tout dans un pays qui, des années 70 aux années 2000 va perdre le sens de ses propres valeurs au point de se lancer dans une guerre mensongère au nom de la liberté. Intimiste et ambitieux, donc, mais aussi terriblement drôle par moments, Freedom est un livre puissant, un livre sur la complexité des sentiments avec des personnages magnifiques jusqu’au plus profond de leur détresse. Un grand moment d’émotion.

La signature                          d’Allain Glykos

Ed. de L’escampette             15€

Installé sur le trottoir devant la librairie des Flots bleus, Allain Glykos signe Nunca Más. Une longue journée de dédicaces en plein mois d’août dans une petite librairie balnéaire, quand on glykos, allain, signature, escampetteest un auteur quasi inconnu du grand public, est une bonne façon de mettre à l’épreuve un ego d’artiste déjà passablement abîmé par une carrière littéraire d’une dizaine d’années. C’est aussi une occasion en or d’observer le défilé des « congés payés » en tongs et pantacourts, davantage disposé à savourer une glace à l’italienne qu’à affronter la lecture d’un livre relatant une sombre histoire de violences conjugales. Devant sa table en formica, l’écrivain encaisse les humiliations, les phrases moqueuses de passants revêtus de maillots de foot, l’indifférence d’une femme pendue à son téléphone portable manipulant sans soin ce livre que manifestement  elle n’achètera jamais, et les conversations à rallonge de gens peut-être encore plus seuls que lui. Avecglykos, allain, signature, escampette beaucoup d’humour, de lucidité, et parfois un brin d’amertume, Allain Glykos - écrivain pourtant défendu ici et là par quelques libraires défricheurs avançant la machette à la main dans l’épaisse forêt éditoriale - est amené à se poser la question de la nécessité de sa prose dans un monde qui n’en a pas besoin.

 

Mont Blanc                  de Fabio Viscogliosi    

Ed. Stock                    16.50€

Ceci n’est pas un témoignage. Ceci n’est pas le témoignage d’un homme d’une quarantaine d’années revenant, 12 ans plus tard, sur la disparition de ses parents viscogliosi, fabio, stock, mont, blanclors du terrible accident du tunnel du Mont Blanc en mars 1999. Mont Blanc est un drôle d’objet littéraire tâtonnant par chapitres très courts autour de la question du deuil. Mont Blanc, ce sont les coïncidences de la vie qui ne laissent d’interroger Fabio Viscogliosi, cet artiste complet exerçant aussi ses talents dans l’univers de la musique et du dessin. Réflexions littéraires, cinématographiques, musicales, images du procès, errances citadines, poésie du lieu, l’image d’une mélancolique jeune fille absorbée dans sa lecture à la bibliothèque municipale, le narrateur apparaît surtout, à travers ce patchwork qui finit par lui donner un visage, comme ultra sensible, incapable de sauver quoi que ce soit de la vie de ses parentsviscogliosi, fabio, stock, mont, blanc, embarrassé de souvenirs et reconnaissant du temps qui passe. Mont Blanc la petite musique perecienne que siffle un écrivain qui termine son texte en appuyant sur l’accélérateur, riant à gorge déployée en compagnie de Borgès et Bob Marley « J’avais rendez-vous avec la vie et je ne voulais surtout pas la faire attendre. »

 

Des vies d'oiseaux de Véronique Ovaldé

éd. de l'Olivier19€

Villanueva nueva est le quartier aisé d’une ville côtière du Chili. Le lieutenant de police Taïbo y enquête sur un couple de jeunes gens insaisissable qui investit les somptueuses maisons de riches citoyens durant leur absence et va ainsi, de lieu en lieu, vidant caves et frigos. Au cours de cette enquête, ce ovaldé, véroniquesolitaire indécrottable est amené à rencontrer Vida Izzara, femme au foyer mariée à un prospère industriel en outillage médical, dont la maison vient tout juste d’être visitée. Il ressort très vite de cette entrevue d’une part que cette femme s’ennuie à mourir auprès d’un homme narcissique, écrasé d’orgueil devant l’importance de sa réussite professionnelle, et d’autre part que le charme taciturne du lieutenant ne l’a pas laissée insensible…

Quand il apprend plus tard que depuis de longs mois Paloma, la fille du couple Izzara, a disparu sansovaldé, véronique, vies, oiseaux, olivier, chili laisser d’adresse et qu’il serait fort probable que ce soit elle et son compagnon Adolfo qui squattent ainsi les villas du quartier, ce n’est pas sans déplaisir non plus que le lieutenant Taïbo se voit obligé de revenir poser quelques questions à cette charmante femme afin de clarifier quelque peu la situation.

Véronique Ovaldé nous offre avec Des vies d’oiseaux un superbe roman autour des questions d’aliénation conjugale, sociale et familiale.