Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

takiji

  • Deux livres en colère pour commencer 2016.

    Deux textes de combat pour terminer l’année ou pour la commencer. Parus l’un et l’autre au début du XXème siècle, La bombe (1908) de Franck Harris et Le bateau- usine (1929) de Kobayashi Takiji vous redonneront l’envie d’aborder 2016 avec l’envie d’en découdre. On a tous des combats à mener.

    bombe, harris, franck, mai, dernière, goutteLa bombe d’abord. Dans ce texte centenaire, Franck Harris revient sur un épisode de la lutte pour les droits des travailleurs aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle. Rudolph Schnaubelt, le narrateur de cette histoire, sera celui lancera une bombe le 4 mai 1886 en direction des forces de police, lesquelles, depuis plusieurs mois, matent avec une violence meurtrière le moindre mouvement de révolte syndicale. De cet attentat retentissant naîtra la journée de la Fête du traval du 1er mai ainsi que certaines obligations légales liées au travail des enfants aux Etats-Unis.

    La bombe revient donc sur le parcours de cet immigré allemand humaniste et pacifiste qui en quelques années, au contact du grand militant anarchiste Louis Lingg qui sera son véritable mentor et devant la réalité de l’exploitation ouvrière menée par le patronat américain, deviendra l’homme révolté prompte à exprimer sa colère en commettant un attentat. Impossible de ne pas établir de relation, bien sûr, entre cette explosion là et celles entendues en France et ailleurs durant cette année 2015. Aussi la lecture de ce texte écrit, il faut bien le dire, dans une langue qui nous paraît aujourd’hui un brin désuète par certains côtés, prend-elle une résonance tout à fait actuelle.

    Salué à l'époque par Charlie Chaplin comme un chef d’œuvre, ce livre révèle tout le talent de conteur que possédait Franck Harris qui greffera au récit du révolté l’histoire d’amour qu’il tisse – et avec quelles difficultés ! –  avec la jeune Elsie Lehman. Cette belle de Chicago qui aurait pu, il s'en est fallu de peu, le faire basculer, non pas du côté de la violence pour la cause collective, mais du côté de l’amour dans sa dimension la plus égoïste. Le destin en décida autrement.

     

    bateau, usine, takiji, kobayashi, allia, japonLe bateau-usine ensuite. Ce court récit plein rage qui vaudra à son jeune auteur d’être torturé à mort par la police politique japonaise en 1931 se termine sur ces mots : « Que ceci soit lu comme une page de l’histoire de l’invasion coloniale par le capitalisme ». Voici donc un chef d’œuvre de la littérature prolétarienne de l’empire du soleil levant.

    Un bateau-usine, c’est une de ces embarcations rouillées et retapées à moindre coût par des patrons peu regardants et envoyées pour 4 à 5 mois en mer d’Okhotsk, zone de tension entre l’URSS et le Japon, afin d’y pécher le crabe. A son bord, 400 crève-la-faim en provenance de tout le pays recrutés à coup de promesses comme autant de mensonges. L’enjeu, une productivité infernale afin de démontrer au monde entier - mais d’abord au voisin soviétique - la force nippone quand elle se met au travail. Derrière ce bourrage de crâne, inculqué au besoin à grands coups de bâtons, on comprend très vite qu’il en va d’abord des intérêts de grands patrons empressés de s’enrichir, et leurs actionnaires dans le même mouvement, en enrobant l’épreuve de décorations patriotiques. Mépris de l’humain, mépris du travail, collusions entre l’état, l’industrie et l’armée, ce livre offrait un éclairage indispensable à qui voulait comprendre ce que l’irruption violente du capitalisme dans son pays voulait dire.

    Sans jamais s’être lui-même embarqué dans l’un  de ces raffiots maudits comme aurait pu le faire un Albert Londres auquel on ne peut s’empêcher de penser en lisant ce roman, le modeste employé de banque Kobayashi Takiji qui respirait en s’occupant de littérature une fois son office quitté, s’est suffisamment documenté en allant interroger nombre d’ouvriers revenus de l’enfer. Ce texte puissant raconte comment, au cours d’une de ces sorties, une prise de conscience collective va se faire parmi les ouvriers et comment une révolte de classe salutaire va, petit à petit, naître et se dresser face à l’injustice.

    En 2008, les japonais vont redécouvrir ce chef d’œuvre et, dans un pays en proie à de grandes difficultés économiques qu’accompagne une précarisation accélérée du salariat nippon, Le bateau-usine va se vendre en quelques mois à plus d’un million d’exemplaires !

    Lecture indispensable à une meilleure compréhension de ce roman, la postface d’Evelyne Lesigne-Audoly est tout simplement remarquable.

     

    Jetez-vous sur ces deux perles de littérature engagée heureusement rééditées par les belles éditions La dernière goutte et Allia.