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28/03/2014

Le polar israélien arrive en force !!!

Deux romans policiers ont paru en ce mois de mars qui nous donnent l'un et l'autre deux visions complètement différentes d'un même pays, Israël, et d'une même ville, Tel-Aviv. Tous les opposent que ce soit dans le rythme, dans l'écriture ou dans la réalité sociale qu'ils rendent de leur pays et pourtant les deux ont terriblement plu au libraire !

dror,mishani,seuil,israël,hébreu,tel,aviv,inquiétante,disparitionUne disparition inquiétante de Dror Mishani

éd. du Seuil 21€ (trad. hébreu par Laurence Sendrowicz)

Avraham Avraham,* héros d’une série déjà traduite dans une quinzaine de pays arrive en France. Retenez son nom et celui de Dror Mishani, universitaire amoureux de littérature policière qui signe avec Une disparition inquiétante un roman qui ne confond pas rythme et précipitation. Tout simplement excellent !

Une femme arrive dans un commissariat de Tel-Aviv pour déclarer la disparition de son fils. Bientôt 24h que l’adolescent n’est pas rentré chez lui. L’inspecteur Avraham Avraham, qui en voit défiler toute la journée des mères et des peurs infondées, tarde à lancer les recherches. Le jeune homme rentrera bien vite, c’est sûr. Que voulez-vous qu’il lui arrive ? Il n’y a pas de serial killers en Israël… Il n'y a même pas de littérature policière digne de ce nom, c'est bien la preuve !

Quand enfin les ordres sont donnés pour retrouver le jeune homme, on sent que le retard pris par cette enquête ne sera jamais rattrapé et ce contretemps initial bourdonnera fâcheusement dans la tête de l’inspecteur Avraham comme une guêpe dans un bocal.

Servi par une qualité d’écriture rare et une très grande économie de moyen, Une inquiétante disparition met en scène un homme qui doute autant de ses capacités à résoudre une affaire criminelle que de la culpabilité des proches de la victime à avoir commis un meurtre. Pourtant la clef de l’énigme est là, sous son nez. Encore faut-il la voir.

liad,shoham,escales,polar,terminus,tel,avivTerminus Tel-Aviv de Liad Shoham

éd. Les Escales noires 21.90€ (trad. de l'hébreu par Jean-Luc Allouche)

Peinture d’une société israélienne refermée sur elle-même et encline à une xénophobie ahurissante, on imagine que les romans de Liad Shoham passent mal auprès de ses compatriotes. Erreur, ils sont en tête des ventes…

La jeune activiste Michal Poleg est retrouvée assassinée dans son appartement de Tel Aviv. Tout accuse un jeune  érythréen, Gabriel, venu se réfugier en Israël avec sa sœur Lydie, et avec qui Michal s’était liée d’amitié quelques semaines auparavant. Pour la grande majorité de l’opinion publique, chauffée par les imprécations xénophobes du député d’extrême droite Ehud Réguev, l’affaire semble entendue : la jeune femme qui avait pris fait et cause pour les clandestins africains semblerait avoir payé de sa vie son activisme. Quand en plus, se sachant recherché par la police, Gabriel se rend à la police et avoue être l’auteur du meurtre pour une raison vaguement crapuleuse, l’enquête semble sur le point d’être bouclée.

Or il y un grain de sable. Il est blond, de petite taille, plutôt joli, et se nomme Anat Namhias. Inspectrice Anat Namhias. C’est sa première enquête et, contrairement au reste des forces de police dont Liad Shoham dresse un portrait d’un racisme et d’un machisme effarant, la jeune femme aborde l’affaire sans le moindre a priori, notamment quand elle va faire face aux incohérences qui ressortent de la déposition du repenti Gabriel… Est-on sûr d’avoir arrêté la bonne personne ?

Terminus Tel-Aviv est un roman coup de poing qui nous plonge dans le quotidien d’une société israélienne qui maltraite et méprise ses clandestins. Et l’on sent toute la colère et la révolte d’un écrivain bien informé sur la question. Comment cet Etat là peut-il accepter de laisser prospérer au mépris de toute dignité humaine, un marché du réfugié sur son propre sol ? Prostitution, trafic d’armes, kidnappings, mafias, affairisme politico-judiciaire… la démocratie israélienne n’a vraiment pas fière allure et Liad Shoham ne se prive pas de nous le dire dans ce polar énergique et passionnant !

 

Notez que ces deux chroniques et plein d'autres sont à retrouver sur le site du magazine PAGE des libraires et dans la revue du même nom disponible à la librairie sur simple demande.

09/06/2010

Les Polars de ma femme

Hiver de Mons Kallentoft, éd. Le serpent à plumes 24€

Hiver.gifLorsque le corps torturé d'un homme obèse, identifié sous le nom Bengt Andersson, est retrouvé, pendu à un arbre, la brigade criminelle d' Ôstergôtland pense avoir affaire à un sacrifice rituel lié à un ancien culte Viking. Mais rien n'est aussi simple qu'il y paraît... L inspecteur Malin Fors et son équipe vont, d'indice en indice, à la rencontre de personnages plus suspects les uns que les autres : une famille vivant en totale autarcie dans les bois, 2 adolescents pas très nets, les adeptes d'une secte...Des rencontres qui vont surtout leur permettre de mieux cerner la personnalité énigmatique d'Andersson.

Hiver est un roman comme seuls les Suédois savent les écrire : un roman d'ambiance mais aussi un roman social ou la colère et la noirceur naissent de l'isolement et des secrets enfouis dans la mémoire locale. Un petit bijou à situer entre Henning Mankell et Cämilla Lackberg, que l'on dévore en espérant déjà l' Eté.

Les lieux sombres de Gillian Flynn, éd. Sonatine 22€

Libby Day a 7 ans quand sa mère et ses 2 soeurs sont massacrées dans la ferme familiale. La fillette est formelle, c'est bienLieux sombres.gif son frère Ben l'auteur de cette tuerie. 25 ans plus tard, Libby est une dépressive chronique, cleptomane à ses heures perdues, vivotant grâce aux dons d'associations émues par son histoire. Mais l'heure est grave, les fonds sont épuisés et Libby va devoir trouver une solution. Parce qu'elle n'a jamais envisagé de trouver un quelconque emploi, Libby accepte de répondre aux questions des membres d'un kill club, quelques désoeuvrés fascinés par les faits divers les plus sordides, qui sont prêts à la rétribuer si elle veut bien rouvrir l'enquête. D'abord en quête d'argent facile, Libby va se mettre à douter : et si Ben, alors accusé de satanisme et de pédophilie, était innocent ? La jeune femme explore alors les lieux sombres, ces évènements du passé qu'enfant elle a vécus sans les comprendre...

Avec ce second ouvrage, Gillian Flynn nous offre un roman noir assez atypique : alors que tout se prête à l'horreur, on est saisi par l'humour et l'humanité qui se dégagent des personnages et agréablement surpris par la construction de l'œuvre elle-même, mélange de flashbacks dressant leur portrait et de réflexions drôles et amères de Libby.