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polar

  • Faire du beau avec du laid

    26904799_10215261422514560_5836519244247014962_n.jpgBONDREE

    ANDREE A. MICHAUD
    Ed. Rivages/Noir

    7.90€

     

    Ça commence par le fredonnement d'une chanson A Whiter Shade of Pale, « un air de jeune fille saoule » ivre bercée par les ondulations des arbres la nuit et la langueur de l'alcool « dans les feux étincelants de l'été 67 ».
    C'est là, dans les bois entourant Boundary Pound, un lac situé à la frontière entre le Québec et le Maine rebaptisé Bondrée, que le corps saisi d'effroi, le corps sans vie de Zaza Mulligan est retrouvé, la jambe sectionnée par un vieux piège à ours, déchirée par la rouille.
    Là, dans ces étendues vertes et pénétrantes presque irréelles que les légendes et les fantômes du passé refont surface, qu'un trappeur du nom de Pierre Landry signa naguère, dit-on, un pacte de sang avec la forêt et mit fin à ses jours en se pendant dans sa cabane pour une femme qu'il avait aimé.
    Un accident. Un dramatique accident. « Poor little girl ». Il faudrait s'y résoudre et la petite communauté de Bondrée se souviendrait toujours de « l'indolence bronzée de Boundary que rien n'aurait pu assombrir […] car c'était le Summer of Love clamait Zaza Mulligan pendant que Sissy Morgan entonnait Lucy in the Sky et Franky-Frenchie Lamar, munie d'un cerceau orangé, dansait le hula hoop »
    Il faudrait encore que le père éploré de Sissy Morgan étreigne le corps pâle de sa fille au fond d'une clairière et que celle-ci succombe au même blessure que sa cousine « Pareilles dans la vie, pareilles dans la mort » pour que l'inspecteur Michaud et tous les hommes réunis sous le ciel froid de Bondrée concluent que l'horreur qu'ils avaient sous les yeux n'était pas l’œuvre d'une coïncidence mais d'un tueur, un monstre, un voisin, alimentant les rumeurs et les soupçons.
    Pour quelle raison autre que la beauté provocante de ces deux jeunes filles ? Cette question hanterait Bondrée pour longtemps et l'esprit tourmenté des inspecteurs Michaud et Cusak.

    Il y a ces polars, vous voyez de quels polars je veux parler. Ces Ellroy, ces Tim O'Brien, ces James Crumley, ces romans noirs dont on a lu un jour les premières pages convaincu que l'enquête ou l'intrigue policière n'aurait plus jamais d'importance à nos yeux au regard du style, de l'écriture et des fragilités existentielles qui habitent ces textes et leurs personnages de papier - les victimes du couperet final, la bête humaine comme les âmes errantes qui ont sombrées une fois et pour toujours dans les abîmes d'une scène de crime. Bondrée en est.

    Et je n'ai pas beaucoup de mal à dire qu'il s'agit sans doute d'un des plus grands polars que j'ai lu en cette fin d'année 2017. Dire combien cette histoire s'est insinuée en moi. Le lac Boundary Pound, ces forêts s'étendant à perte de vue, la rivière Moose et les montagnes alentours, ce décor de carte postale comme surgit d'un songe, des souvenirs d'une gamine qui se remémore et d'un été où l'enfance, l'innocence et la placidité ont foutu le camp pour basculer dans l'horreur et les replis de l'âme humaine. Foutu l'amour. Foutu la paix. Foutu la vie. Combien pourtant j'ai aimé la jeunesse, l'insouciance et l'air désinvolte de Zaza et Sisi qui disaient « foc » à la morgue et au monde entier ! Combien j'ai partagé la détresse et l'abattement des habitants de Bondrée. Combien le visage angélique de ces deux jeunes filles et leurs corps meurtris ont hanté mon esprit et celui des inspecteurs Michaud et Cusak, alimentant nos ressentiments, notre haine, notre soif de vengeance envers ce grand ravissement. Combien tous ces personnages m'ont marqué. Michaud chuchotant à l'oreille des morts. Le légiste Mordecai récitant du Shakespeare aux cadavres qui lui sont confiés. Combien la langue, l'écriture de l'auteure dans son mélange de français, d'anglais et d'argot québécois m'a paru si belle et si sensuelle, parcourue tout du long d'une brume et d'une lumière fantasmagoriques.

    Du beau avec du laid, voilà ce qu'a fait Andrée A. Michaud de Bondrée. Une charogne. Un tableau mélancolique. Le jour enseveli où la pluie ne peut effacer tous les souvenirs. Un roman d'atmosphère d'une poésie noire et sublime.

     

    Allan

  • Deux héros pas très ordinaires...

    polar, mackay, fille, kenyon, street, calmann, lévy, washingtonLa fille de Kenyon Street

    David Swinson

    Trad. de l’anglais US par Mireille Vignol

    Ed. Calmann Levy     20.90€

    Franck Marr est un ex inspecteur au commissariat de Washington DC. "Ex inspecteur" car il s’est fait jeter de la police pour cause de gros problèmes liés à sa consommation un peu trop prononcée pour la cocaïne… Il vit désormais en vendant ses qualités de fin limier à son amie Leslie Costello, avocate de la défense, et satisfait son penchant pour les stupéfiants en cambriolant les repaires de trafiquants du secteur. Une vie comme une autre quoi. Il s’en sort pas mal finalement.

    Tout dérape le jour où, en plein maraudage dans une planque de latinos, il tombe par hasard sur une adolescente ligotée à une chaise, vraisemblablement droguée, violée et battue. Que faire de ça ? Comment expliquer sa présence ici ? Comment pourtant ne pas essayer de sauver cette gamine avant le retour de ses bourreaux ? Les emmerdes commencent mais Franck Marr ne se départ jamais d’une espèce de flegme réjouissant pourvu qu’il soit assisté d’un petit rail de coke. C’est pas très moral tout ça mais on compose avec sa vie comme on peut.

    Avec cette première enquête, David Swinson, lui-même ex-inspecteur au Metropolitan Police Departement de Washington maintes fois distingué pour son travail dans la répression du trafic de drogueet du grand banditisme, nous propose un polar particulièrement bien incarné. C’est bon, désinvolte et saisissant. On adore !

    L’enfer est au bout de la nuitpolar, mackay, fille, kenyon, street, calmann, lévy, washington

    Malcolm Mackay

    Trad. de anglais par Franchia Gonzalez-Batlle

    Ed. Liana Levi       7.30€

    Enfin en poche !

    Glasgow et sa pègre. Après la formidable trilogie sur les pas de Calum MacLean, le tueur attitré du clan Jamieson, Malcolm Mackay nous entraîne à présent sur les traces d’un autre type de l’organisation : le cogneur Nate Colgan. Celui que l’on appelle pour brutaliser le pauvre type qui ne paie pas ses dettes par exemple, ou celui qui ne respecte pas les consignes… Un bon tas de muscle donc, mais quelqu’un d’intelligent aussi qui va devoir se servir de ces deux qualités dans cette nouvelle affaire : le grand chef Jamieson moisissant en prison, ses lieutenants se découvrent des ambitions. Quand arrive en plus la nouvelle qu’une organisation concurrente en rapport avec Zara, l’ex-fiancée de Colgan, convoiterait leur territoire, alors là oui, vraiment, il va falloir la jouer très fine. Il y aurait même de la manipulation dans l’air.

    Partie de billard à trois bandes garantie ! Un personnage attachant au code moral très strict et une narration à l’économie pour un polar redoutable… on en redemande !

     

  • Mai 1962, Choctaw, Alabama

    sur les hauteurs du motn crève coeur,thomas h cook,seuil,polar,alabamaSur les hauteurs du mont Crève-Cœur

    Thomas H. Cook

    Editions Seuil Policiers 21,5€

     

    Le dernier Thomas H. Cook confirme ce que l’on savait déjà. L’auteur maîtrise l’écriture du flashback à la perfection ! Qu’est-ce qui fait qu’on en sort encore ébloui ? L’écriture, toujours l’écriture.

     

    L’intrigue se déroule dans la petite communauté blanche et conservatrice de Choctaw, en Alabama. Tout remonte à l’été 1962 et nous ramène au corps sans vie de la jeune Kelli, retrouvée sur les hauteurs du Mont Crève-Cœur, seule, dans les profondeurs de ces bois, au prise avec une histoire qui semble s'être répété...

     

    30 ans après, l’énigme est entière et entoure encore de son voile noir l’agression de cette jeune beauté venue de Baltimore. Hanté par la voix et le visage de celle dont il était tombé éperdument amoureux, Ben, devenu médecin de campagne, raconte l'histoire la plus tragique de son existence. Celle que toute sa vie, il s’est évertué à garder au plus profond de son âme…

     

    Ce qu’il y a de surprenant avec les lyriques, c’est qu’on ne se doute jamais des formes que prendront leur imagination et leurs inspirations. Peu d’auteurs sont de cette trempe là. Mais reconnaissons le, Cook écrit des romans noirs comme on écrirait une poésie troublante, mélancolique et obsédante.

     

    Le vieux démon de la ségrégation plane sur ce lieu chargé de souvenirs et de mystères. Il progresse à pas feutrés, lentement, insidieusement, révélant peu à peu un récit tourmenté au charme ensorcelant et une chute à la hauteur d'une tragédie shakespearienne transposée dans le sud profond de l'Amérique.

     

    Reste une oeuvre noire marquante, impérissable.

     

    Allan

     

     

     

     

  • Une moisson de classiques ! [POLAR]

    Les classiques, nos vieux. Ceux qui n'ont plus rien à prouver et sur lesquels le temps n'a pas de prise. Ceux là qui se font discrets sur l'étagère de la bibliothèque mais qui ne trompent pas un œil averti. Ceux qui comme les murs étaient là avant et seront là après.

    Tu y reviens comme à la maison parce que l'appel du cœur oblige. Ils sont tes points de repère, tes prises de conscience et tes révélations. C'est pourquoi il te faut les lire pour après cela, ne plus jamais les oublier.

     

    Alors, c'est des classiques qu'il te faut ? J'en ai sous le coude ! De la valeur sûre ! Des qui te ficheront le cœur en l'air ! Des qui te fileront des états d'âme pas croyables ! Te feront vibrer le palpitant, mettront tes nerfs en vrille ou te redonneront une seconde jeunesse ! Des polars que tu ne seras pas prêt d'enterrer ! Des noirs et bien corsés, pas coupés au lactose !

     

    Voici une moisson de classiques !

     

     

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    de James M. Cain

     

    Mémorable crime story transformée en histoire d'amour passionnelle et foutrement échevelée, Le facteur sonne toujours deux fois est un de ces polars qui vous coupent net la chique ! Une endiablade entre deux amants dans une Californie plus prosaïque que jamais ! In-dé-mo-dable !

     

     

     

     

     

     

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    de Horace Mac Coy

     

    Vous avez de grandes chances d'avoir vu ou au moins entendu parlé un jour du film de Sydney Pollack avec Jane Fonda dans le rôle de Gloria. Derrière ce film se cache un roman noir immense ! Tout un symbole sur l'absurdité de la condition humaine et ce que l'Amérique a connu de pire et de meilleur. Vous en dire plus serait un crime !

     

     

     

     

     

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    de Donald Weslake

     

    C'est l'Histoire hilarante et tragique d'un auteur de pornos à la chaîne, frappé par une crise de créativité. Racontez-le comme ça à vos amis, je vous jure, ça fait son petit effet. Pseudo-polar par excellence, Adios Schéhérazade est une espèce de remède naturel contre la morosité ! Jouissif à un point, vous n'avez pas idée !

     

     

     

     

     

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    de Jim Thompson

     

    Être shérif dans un roman de Jim Thompson c'est :

     

    - mentir comme un arracheur de dents 
    - tuer avec un naturel déconcertant 
    - et compter sur sa bonne étoile 
    - le tout, avec la main sur le cœur !

     

    C'est beau. Et quelque peu effrayant !

     

     

     

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    de James Ellroy

     

    Sombre, Malsaine, obsédante, mélancolique... Le Dahlia Noir est la pièce maîtresse de l’œuvre de James Ellroy. Un polar culte, magistral, dévastateur. Un de ceux qui marquent durablement les cœurs et les esprits !

     

     

     

     

     

     

     

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    de Howard Fast

     

    Alan Macklin est l'archétype du détective privé ! Le bonhomme triste et guignard, vous le situez ? Howard Fast donne pourtant à son personnage l'occasion de rebattre les cartes. Une belle somme d'argent et une femme qu'on ne rencontre qu'une seule fois dans sa vie. L'intouchable et fantasmatique Sylvia. Fatalement, on tombe amoureux.

     

     

     

     

     

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    de Dashiell Hammett

     

    Il a donné ses lettres de noblesse au mauvais genre. Le roman noir lui en doit une belle ! Moisson rouge est son classique ! J'ai nommé : Dashiell Hammett ! Inventeur de la Hard-boiled School (traduisez, l'école des durs à cuire), Hammett nous gratifie, avec Moisson Rouge, d'un anti-héros « Badass » et d'un polar à vous flanquer un bon coup de fouet !

     

     

     

     

     

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    de David Goodis

     

    Il émane de ce roman noir une sorte d'aura romantique. L'alcool n'est pas très loin sur le piano bar et les vieux démons guettent un pauv' pianiste qui ne demandait pourtant rien à personne. Hélas Ed, on ne se cache pas éternellement derrière des mélodies...

     

     

     

     

     

     

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    de Jean-Patrick Manchette

     

    Incontournable Manchette, coup de pied balayette, on se relève avec l'envie d'en lire un autre ! Plus brutal, plus dopé, plus cogneur ! Manchette trouve le ton parfait des grands polars américains dans des mondes en crise, perpétuellement en proie à la violence !

     

     

     

     

     

     

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    de James Ross

     

    James Ross est l'auteur d'un livre, un seul. Chef d’œuvre maudit. Auteur trop méconnu. Roman noir de la grande dépression, Une poire pour la soif existe pour nous convaincre que dans un univers de violence, de luxure et de cupidité, tous les coups sont permis. Sans exceptions. Ce qui rend la chose assez fascinante !

     

     

     

     

     

    Allan

  • Pour une poignée de voix roms !

     

    spada1erecouvbandeau3.jpgSPADA

    de Bogdan Teodorescu

    Éditions Agullo 19€

     

    Des serial killers, j'en connais un rayon. M'est d'avis que ces gens ont la manie fâcheuse de rejoindre le club vachement select des psychopathes psychotiques. Rien n'est moins simple que de déceler leurs obscurs fantasmes et puis de lire clair dans leur jeu – c'est un mode opératoire, c'est sûr ! Il parait que les profilers en font leur bout de gras... enfin ça... c'était avant Spada !

     

    Parce qu'on dit quoi quand un truand se fait raccourcir d'un coup de schlass dans la gorge ? Et que ce truand là est un Roms. Et puis que le schéma se répète sans laisser de traces. La Mouche, zigouillée. Le Bulgare, trucidé. Et la Trique ? Raide comme un coup de... vous connaissez la suite. Alors ? Où qu'ils sont les profilers ? On vous écoute, les criminologues à la petite semaine ! Ça dit quoi ? Pas grand chose, hein !

     

    C'est à dire qu'on est à Bucarest dans une méchanceté de panier de crabes et que ça fait grand bruit dans les médias c't'affaire ! « Poignard », en voilà un joli p'tit nom qui fait parler de lui. Un redresseur de torts disent les uns. Une vacherie de policier à la solde du gouvernement disent les autres. Les spéculations vont bon train. Chacun y va de sa petite tribune contre machin dont c'est entièrement la faute, qui avait pourtant graissé la patte à bidule, dont c'est le boulot de jouer les pisses copies réfractaires !

     

    Si Ceausescu nous entendait, mon dieu, qu'est-ce qu'il dirait ? C'est qu'un régime fasciste, ça vous inocule une de ces peurs du diable ! Même 25 ans après ! Là dessus on s'imagine une bondieuserie de conflit interethnique à vous mettre en péril l'ordre social d'un pays.

    Les politiques de tout poil ont du souci à se faire, d'autant qu'à quelques mois des élections présidentielles, s'agirait pas de cracher sur 2 millions de voix roms en colère...

     

    Politique fiction vous avez demandé ? Spada de Bogdan Teodorescu, sans hésiter !

     

    Allan

     

  • La noblesse de l'échec

    fausse piste,james crumley,gallmeister,chabouté,roman noir,polar,école du montana,le dernier baiserFausse piste

    James Crumley

    Traduit de l'américain par Jacques Mailhos

    Illustré par Chabouté

    Ed. Gallmeister 23,50€

     

    Fausse piste. Nada. Walou. Circulez, y a rien à voir. Ou reconsidérez tout ce qui se situe en dessous de vous, de moins que rien, ivrognes, marginaux, hippies, indiens d'Amériques, tout ce qui eut un jour un nom et plus de dignité, et vous aurez une idée assez précise de ce que l'on voit dans les yeux d'un détective pour qui l'art de s'abimer dans un verre de whisky supplante tous les autres et vous apprend au passage, quelques trucs à propos de l'humanité.

     

    Ainsi James Crumley créa le personnage de Milton Milodragovitch dit le détective Milo et dès son premier polar posa les solides jalons d'un nouveau genre de noir. Qui a lu, initié ou non, Le (cultissime) dernier baiser, premier roman de sa deuxième série, comprendra l'importance des personnages de Milo et du détective Sughrue dans l'univers de Crumley. Force est d'admettre que dans ces deux anti-héros excessifs et quasi pathologiques, la figure du privé en a pris un coup, le mythe aussi, là où le roman noir en est sorti indemne, grandi et sacrément transfiguré !

     

    Il ne fera pas de doute que niché au beau milieu des montagnes du Montana, James Crumley a trouvé une voie, certainement la meilleur, la plus tordue, la plus lyrique, la plus drôle et la plus humaine des voix pour incarner ces personnages, hommes et femmes qui ont compris assez tôt "que même la plus simple des vies était encore trop compliquée".

     

    Frère de tous les ivrognes et visages cabossés d'une petite ville sans éclats, Milo est le dépositaire d'un monde où toutes les solitudes se rencontrent. Passage obligé au bar le Mahoney, où aujourd'hui est toujours hier. Une main chasse les vieux démons quand l'autre est encore solidement cramponnée à son verre. Guerre de Corée, mariages ratés, femmes dangereuses, drogues dures, armes à feu et nuits sans sommeil, toute ces choses censées représenter un danger pour soi ou pour autrui. Milo les balaye comme les mégots de la veille et noie absolument tout dans un verre d'alcool purificateur.

     

    Quand une jeune et très belle femme pousse la porte de son bureau, Milo n'a pas encore 40 piges qu'il estime ses seuls avoirs, la tristesse et la vieillesse, comme ses plus grands biens. Ayant, comme la plupart des gens qui boivent, passé une grande partie de sa vie à examiner son avenir lamentable, cela a cessé de l'amuser. L'apparition de cette femme signe enfin sa reprise de service.

     

    Pour qui voit de la noblesse dans l'échec, ce roman noir vous est dédié.

     

    Postscriptum : superbe réédition de Gallmeister, superbement illustrée par Chabouté, bénéficiant d'une superbe nouvelle traduction de Jacques Mailhos. Beaucoup de "superbe" pour une voix incontournable du roman noir américain et de l'école du Montana.

     

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    Allan

  • La vengeance est un plat qui se mange le plus longtemps possible

    book_548.jpgLes salauds devront payer

    éd. Liana Levi 20€

    Petite devinette. Qu'est ce qui relie la ville d'Haiphong à Alger, Alger à Wollaing, Wollaing à de l'histoire ancienne, histoire des corons, des usines métallurgiques, Berga mourante, sa tour à plomb et une poignée de salopards dans le bassin minier du Nord de la France ? Une junkie retrouvée morte, assassinée dans le terrain vague de la petite ville de Wollaing.

     

    Pauvre nana. Endettée jusqu'au cou. On lira le canard de d'main. Et on apprendra à coup sûr que la jeune Pauline Leroy s'est faite refroidir par ces fesse-mathieu, ces deux beaux salauds de Freddie Wallet et Gérard Waterlos. C'est du tout cuit ! Mais pas pour le vieux museau du commandant Bruchmeyer. Non, pour ce vieux briscard de la police, l'instinct nous dit qu'un salaud peut en cacher un autre. Il suffit de creuser comme nos ancêtres, gueule dans la fosse, pour se rendre à l'évidence : on n'enterre pas le passé si facilement...

     

    Certains disent que la vengeance est un plat qui se mange froid. D'autres lisent "Les salauds devront payer" et leur répondent : erreur, la vengeance est un plat qui se mange le plus longtemps possible !

     

    Un polar à savourer !

  • Méfie-toi de l’eau qui dort

    5492-cover-lake-54b3d119c628a.jpg

    Au lac des bois de Tim O'Brien

    Ed. Gallmeister, traduit de l'anglais (U.S.) par Rémy Lambrechts

     

    John Wade ne s’était pas méfié. Un échec politique retentissant aux sénatoriales et le trouble s'immisce dans le reflet d'un homme populaire qu'on disait "un type bien" sous tous rapports. Une erreur de calcul. Un mauvais tour de prestidigitateur. Le passé de "sorcier" resurgit, le double moins idéal que John avait pris soin de faire disparaître de sa mémoire.

    Retirés à la lisière des forêts du nord du Minnesota, au bord du lac des bois, John et sa femme Kathy tentent de sauver ce qui peut encore l'être. Las, la solitude a envahi le couple et l'environnement qui les entoure n'est qu'un rappel douloureux du vide de leur existence. Alors que les cauchemars et les comportements de John font une brusque incursion dans l'enfer du Vietnam, un matin, Kathy n'est plus là...

    S'est-elle perdue en se promenant sur le lac ? A-t-elle fuit ou sombré ? noyade ? enlèvement ? meurtre ? Hypothèses, témoignages et pistes irrationnelles conduisent l'enquête vers les méandres du passé de John. Que souhaitait-il cacher aux yeux de tous ? Éprouve t-il des remords ? Et a-t-il seulement la réponse à toutes ces questions ?

    Dans cette énigme envoûtante, les fantômes du présent et du passé s'entremêlent, filent sur un cours mélancolique tandis que remonte à la surface de l'eau, la tragédie de My Lai et les secrets d'un homme et d'une femme éperdus d'amour. 

    Un roman noir d'une profondeur indicible.  

  • Un mafieux peut en cacher un autre...

    mimmo, gangemi, seuil, policier, polar, revanche, petit, jugeLa revanche du petit juge de Mimmo Gangemi

    trad. de l'italien

    Ed. Seuil Policiers 21.50 €

     « Dans la Ndrangheta, il n’y a pas une tête au sommet et une multitude de demi-têtes qui descendent jusqu’à la base de la pyramide. Ici, chaque organisation obéit à ses propres règles. »

    Bienvenu en Calabre dans le cul terreux de l’Italie ! Terre sanguine et reculée pour l’homme civilisé de Toscane et de Lombardie. En Calabre, il est de notoriété publique qu’on ne met jamais le nez là où il n’a pas lieu de mettre le nez. Ce qui est enfoui six pieds sous terre reste six pieds sous terre. Manque de peau pour le substitut du procureur Maremmi, retrouvé dans sa cage d’escalier refroidi de deux balles de pistolet à canon long. Ni d’ « objection ! », ni de « votre honneur ! ». Il ne fait pas bon d’avoir du flair… Une veine pour Alberto Lenzi dit « le petit juge », ami du regretté Maremmi, coureur de jupons au barreau et tire au flanc exemplaire ! 

    Qu’il lui en coûte, les amis sont les amis et Lenzi entend prendre sa revanche ! Sale affaire et la partie n’est pas gagnée. Le chef de bâton parle la langue des prophètes et la règle qui prévaut est qu’un  mafieux peut en cacher un autre…

    Voilà un petit polar qui fleure bon l’huile d’olive, la vendetta et le sang chaud pressé à froid sous la meule agricole ! Un premier roman violent et pittoresque pour celui qu’on compare déjà à Camilleri pour sa recréation du dialecte local et à Cataldo pour son portrait de la mafia calabraise !

    Affaire à suivre !

  • Petit meurtre en Toscane.

    briscola,cinq,marco,malvaldi,policier,polar,Une briscola à cinq de Marco Malvaldi

    éd. 10/18 Cristian Bourgois    6.60 €

    Quand la police, représentée par « l’illustrissime commissaire Fusco », homme prétentieux, arrogant, susceptible, obstiné et vaniteux, pense avoir rapidement bouclé l’enquête du meurtre de cette jeune demoiselle aux mœurs délurées dont le corps a été retrouvé dans une poubelle  au petit matin au sortir d’une boite de nuit, c’est au tour de Massimo et de ses amis de prendre les affaires en main afin d’éclaircir précisément le fond de cette histoire.

    Massimo, c’est le patron lettré du bar à côté duquel le cadavre a été découvert. C’est pas qu’il aime fourrer ses son nez dans les problèmes des autres, non, il est même plutôt du genre paisible dans son établissement à deux pas des plages toscanes, pas très loin de Livourne, mais bon ! y a quelque chose qui colle pas dans cette affaire… Des questions restent en suspens, non réglées et Massimo il peut pas s’empêcher d’y penser tout haut avec ses copains attablés un peu plus loin, cartes en mains prêts à se lancer dans une énième partie de briscola tout en devisant du temps qu’il fait et en éventant les ragots qu’ils ont eux-mêmes découvert au fond de leur verre… Car il les aime bien ces papys là (et oui, au fait, les amis en question ont tous près de 80 ans) et même s’il se prend souvent le bec avec eux, il y a toujours du bon à piocher dans leurs bavardages livrés à la brise étouffante.

    La brisola à cinq est donc le petit polar idéal pour bien commencer l’été ! Une vraie enquête, des répliques d’une drôlerie imparable et des nanas toutes mieux gaulées les unes que les autres… Allez vous aussi faire un tour du côté du BarLume, et si vous évitez de demander au patron un café en plein milieu d’après-midi alors qu’il fait déjà je ne sais pas combien de degrés à l’ombre du bar, vous risquez de passer un sacrément bon moment ! Et peut-être même que vous allez vous faire de nouveaux amis avec des cannes.

    Premier opus de la série des retraités au BarLume, ces polars de Marco Malvaldo ont connu un succès critique et commercial retentissant en Italie !