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  • A l’arrière du camion-benne, le rire et l’odeur…

    trashed,derf,backderf,poubelles,ordures,bande,dessinéeTrashed de Derf Backderf

    éd. Ça et là (trad anglais U.S. par Philippe Toboul)

    22€ 

    Ce n’est pas exactement le job « avec air conditionné » qu’il aurait souhaité, mais Derf avait promis à sa mère de se trouver un boulot s’il arrêtait ses études. Une petite annonce dans le journal local pour un emploi municipal non défini, un coup de fil : « OK, vous commencez demain » et c’est parti pour une année et 230 pages en plein air, à l’arrière du camion…

    Poubelle le camion. Eh, eh ! Bienvenu dans l’envers du décor d’une ville qu’il croyait connaître, Akron (Ohio), 200000 âmes. Derf redécouvre son patelin à travers les ordures que rejettent ses habitants et je vous promets qu’il y’en aura pour tous les goûts. C’est l’intimité de toute une cité qu’il nous donne à voir à travers les vapeurs de gazoil que dégage l’engin, celle que l’on ne montre jamais et celle que nous-mêmes préférons ne pas voir. Je vous jure qu’une fois tournée la dernière page de Trashed vous ne sortirez plus vos poubelles sans avoir une pensée pour les types qui se chargeront de les jeter dans le camion-benne. Et vous penserez aussi à ce qu’ils diront de vous car bien sûr, à l’intérieur de chaque sac (même percé et dégageant un contenu non identifiable) il y a une histoire à vous faire hurler de rire. Quel bonheur de retrouver ce dessinateur qui nous avait ému avec le terrifiant Mon ami Dahmer (2012) et réjouit aux larmes avec l’hilarant Punk rock et mobile homes (2013).  Trashed c’est un instant de l’histoire sans fin de notre société de consommation qui rejette tant qu’elle peut sans trop se poser de questions, et finira un jour par crouler sous son propre excès si rien d’autre ne l’achève avant.

    Franchement, heureusement que les BD ne transmettent pas les effluves parce que sinon ma bibliothèque (et celle de tous les gens que j’aime) allait puer. Car cette BD, croyez-moi, je n’ai pas fini de l’offrir !

     

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  • LES LIVRES DE JEROME FERRARI (4/5)

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    Où j'ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari

    Actes Sud 17.30€

    *Son roman est assurément l'un des plus forts de cette rentréelittéraire. Où j'ai laissé mon âme raconte la confrontation entre deux hommes, le capitaine André Degorce et le lieutenant Horace Andréani. Algérie en 1957. Les deux hommes, qui se sont connus en Indochine, sont chargés d'obtenir de précieux renseignements afin de déjouer de sanglants attentats perpétrés à l'encontre de la population civile par le FLN. On le sait très bien à présent, ce travail de flic pratiqué par des militaires, ce sale boulot, il n'y a pas trois cents façons de le faire : la plus commune sous ce soleil-là, c'est la torture.

    Pour Degorce, catholique pratiquant, résistant à 19 ans, déporté à Buchenwald à 20 ans, prisonnier de guerre  à la suite de la défaite de Dien Bien Phu, ce passage du statut de victime de l'Histoire à celui de tortionnaire est un tour de magie dont il a du mal à se remettre. Comment en est-il arrivé là, lui ? En état de malaise permanent, il se perd dans des postures de noblesse et d'humanisme complètement déplacées alors que dépendent de lui ces hommes qui, dans la pièce d'à côte, usent de la géhenne avec le plus grand art. Face à lui, l'impitoyable Andreani, l'amoureux déçu qui a tellement aimé son supérieur au temps de sa splendeur militaire, et qui aujourd'hui ne supporte plus de le voir ainsi, doutant de tout, lui qui croyait, quand n'importe plus? que l’exécution, sans états d'âme, d'ordres qui ne devraient souffrir d'aucune espèce d'interprétation. Torturerhumainement. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire !?

    Dans une langue magnifique, empreinte d'un lyrisme sec qui lui donne un ton si singulier, Jérôme Ferrari interroge la nature humaine quand le Mal frappe à sa porte. De Degorce ou d'Andréani, lequel des deux vous paraît le plus honnête avec sa conscience ? Et lequel des deux êtes-vous vous-mêmes, semble nous interroger en permanence ce roman magnifique qui fera écho chez beaucoup d'entre vous au sublime Des hommes de Laurent Mauvignier.

    *(article paru en octobre 2010)