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immigration

  • 3 minutes au fond de la piscine...

    akhil, sharma, notre, famille, indiens, new, york, olivier, exil, immigrationNotre famille de Akhil Sharma

    trad. de l'anglais (us)

    éd. de l'Olivier   19.50€

    Durant l’année 1978, le père de Ajay décide de quitter l’Inde pour les Etats-Unis. Une année plus tard, sa femme et ses deux enfants le suivent et la famille s’installe dans un petit appartement du Queens. C’est petit, il n’y a qu’une pièce pour dormir mais l’eau chaude et la télévision y coulent en continue, et ça, pour le petit garçon de 8 ans qui deviendra plus tard écrivain, cela a quelque chose de féerique.

    Notre famille raconte d’abord cela. Une installation chaotique vécue cependant par toute la famille comme une véritable ascension  sociale, et un désir paternel farouche de faire de sa troupe d’indiens une véritable petite famille américaine. Et la clef de cette intégration réussie passera forcément par les études des enfants. Aussi, rapidement, une pression énorme va être mise sur les épaules de l’aîné, Birju, 13 ans, afin qu’il réussisse le concours d’entrée à la Bronx High School of Science. Toute la famille va vivre durant de longs mois dans l’unique souci de sa réussite à l’examen. Birju est un grand frère modèle, revêche avec Ajay mais bienveillant et travailleur. L’Amérique lui plaît énormément. Il y vit beaucoup plus épanouit qu’en Inde et où il ne se faisait pas d’amis. Dans ce quartier du Queens, il est même devenu populaire ! Finalement admis au grand soulagement de tous, on se dit que cette histoire de rêve américain est décidément bien lancée !

    Elle s’écrasera malheureusement au fond d’une piscine par une chaude journée d’été quelques semaines plus tard. 3 minutes. 3 minutes que l’on ne pourra jamais soustraire au temps passé ni effacer pour faire comme si elles n’avaient jamais eu lieu. 3 minutes, c’est le temps que Birju va passer dans l’eau chlorée avant d’en être retiré. Les lésions cérébrales sont irréversibles. Birju passera le reste de ses jours dans son lit médicalisé. Une autre histoire d’intégration commence alors…

    Il aura fallu 12 ans et plus de 7000 pages de travail à Akhil Sharma pour écrire ce livre hommage à sa famille détruite par ce drame. 12 ans pour dire sur 220 pages, avec simplicité et parfois beaucoup d’humour, cette succession de combats, de petites victoires et de défaites, d’espoirs douchés et de reconstruction malgré tout. Notre famille raconte aussi l’histoire d’un dévoreur de livres, et la naissance d’un écrivain qui se jette à corps perdu dans la fiction et l’imaginaire pour mieux se protéger de la vie et de ses blessures.

    C’est bouleversant, dépourvu de pathos et cela vous concerne dès la première ligne. 

  • Un polar pour grands ados

    Tarifa, l'auberge de l'Allemand de Eduardo Iglesias

    trad. de l'espagnol éd. Rouge Inside 15€

    Pas prévu pour se retrouver dans un rayon jeunesse, c'est pourtant là que nous classerons,tarifa, iglesias, eduardo, rouge, inside, gibraltar, immigration aux Cordeliers, ce très bon roman aux allures de polar d'Eduardo Iglésias. Pour lecteur soucieux d'autrui, à partir de 15 ans.

    On l’appelle L’auberge de l’Allemand. Elle est tenue par Max dont le père avait fui l’Allemagne nazie des années plus tôt et était venu s’installer ici, en Espagne pour refaire sa vie. Tarifa est la ville côtière la plus proche du détroit  de Gibraltar et, vue du Maroc, elle symbolise la ville de tous les espoirs. La police y est omniprésente, la mafia des passeurs aussi. Loin de l’ambiance balnéaire du bord de mer où règnent les kite surfeurs, ces sportifs nouvelle génération qui allient le surf au cerf-volant, l’auberge de Max est surtout ouverte aux immigrés fraîchement débarqués qui viennent par hasard y trouver un verre de lait chaud, une couverture ou un coin de matelas pour s’y reposer un instant avant de reprendre la route vers le nord et ce long voyage censé les mener vers une vie meilleure. Max ne pose pas de question. Max est l’Auvergnat que chantait Brassens. Son propre père, en son temps, était l’étranger, le malvenu, et certainement que quelqu’un, alors, lui a porté secours. Il n’est pas trop de toute une vie pour rendre cette générosité à l’autre qui à présent en a besoin, et Max s’y applique au mieux.

    Mais les bonnes œuvres de Max embêtent pas mal de monde. Les flics et les mafieux qui ne l’entendent pas de cette oreille. Et quand ceux-là s’en mêlent, notre histoire plonge dans un polar au suspens bien léché.

    Tarifa est un roman qui devrait séduire les lecteurs adeptes d’intrigues tirées au cordeau tout en nous faisant réfléchir au monde tel qu’il tourne mal et aux réalités humaines que l’on refuse trop souvent de considérer.