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  • LOW DOWN, LA MELODIE D'UN JAZZMAN LEGENDAIRE

    Couv-Low-Down-RVB.jpgLow Down de A.J. Albany

    Ed. Le Nouvel Attila traduit de l'américain par Clélia Laventure

    19€ 

    Fille d'une mère junky et d'une légende du jazz oubliée, Amy Jo fut, du temps du règne de Joe Albany, le pianiste blanc familier des Charlie Parker, Lester Young et cie, "une princesse du Bebop selon papa", l'enfant héros des sixties, sinon le premier témoin d'une vie dissolue rythmée par la musique, la came et ses descentes - le blues dans le sang et le jazz en héritage.

    "Méfie toi de cette Vieille Dame qu'est la vie - elle peut être une sale pute" Dernière mise en garde de papa avant de passer à la postérité sous la plume de sa fille. Rien qu'un livre. Un dernier portrait. Portrait de famille et preuve d'amour. Histoire et contes d'une enfance à Los Angeles dans les années 60.

    Low Down, pour garder le souvenir d'un père adoré, d'une âme écorchée et d'un melody man prodigieux. Low Down, pour témoigner des vies de misères et de splendeurs des pionniers du be-bop - pour ceux qui contribuèrent à déniaiser un genre swing. Low Down, pour se rappeler des leçons de la vie : la rue, toujours la rue.

    Il fallait de la grâce pour le faire et un vécu comme on en voit peu avec nos yeux. Une peau tannée et marquée comme un bukowski et aucunes réserves à mettre le tout sur la table. A.J. Albany l'a fait. Elle l'a fait avec le regard lucide et les mots de l'enfant qu'elle était du haut de ses 8 ans, jusqu'à ce qu'elle en atteigne 15. La vie ne l'a certainement pas épargnée. C'était le bonheur au milieu d'un sacré chaos. Mais la mélodie de Low Down s'entête et chante sourire aux lèvres : "Is that all there is ?"

    Un roman qui sonne « bang bang, I shot you down » !

     

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    Le quartier américain de Jabbour Douaihy 

     

    Trad. de l’arabe (Liban) par Stéphanie Dujols

     

    Ed. Actes Sud 19.80€

     

    Le « quartier américain » - qui ne doit son adjectif qu'à l'existence en ces lieux d'une école anglicane depuis longtemps désaffectée - est le plus pauvre et le plus délabré de Tripoli. Et c'est précisément là, dans cette cité méditerranéenne Libanaise, que vit Intissar dont le fils ainé, Ismaïl, a disparu depuis plusieurs jours. Morte d'inquiétude, elle se tourne désespérée vers Abdel-Karim Azzâm, le jeune homme chez qui depuis des années elle fait le ménage. Celui-ci est  issu d'une  famille de notable de premier rang qui domine la vie politique de Tripoli depuis des années. Personnage mélancolique, alangui et désoeuvré, vivant dans le souvenir douloureux  d’un amour avorté pour une danseuse rencontrée lors de ses années étudiantes à Paris, il finit très vite par comprendre que le garçon vient d'être recruté comme candidat au Djihad par les prédicateurs barbus qui pullulent dans cette ville autrefois multiconfessionnelle...

     

    Avec cette tendresse sans bornes pour ses personnages qui fait de Jabbour Douaihy un véritable écrivain humaniste, ce roman fait le portrait d'une ville où résonne le fracas d'un Proche-Orient qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans la violence. Il fait vivre ce pays compliqué et magnifique, sale et sublime, et aux inégalités sociales criantes avec un amour à la fois sévère et compréhensif. On ne naît pas terroriste, on le devient, et chaque soldat djihadiste porte en lui des blessures qu’un romancier expliquera mille fois mieux qu’un journaliste, quand bien même cela ne change rien à l’horreur du moindre fait terroriste. Lire Jabbour Douaihy, c’est entrer dans l’intimité d’un peuple magnifique en jetant ses préjugés au seuil de chaque appartement délabré, parmi les tas d’immondices qui jonchent les rues.

     

    Eclairant et poignant.

     

  • Entrepreneur raté, artiste malgré lui.

    Le livre blanc de Rafael Horzon

    de Rafael Horzon

    traduit de l'allemandéd. Attila18€

    Alors voilà, vous connaissez certainement un de ces étudiants au cerveau bien composé ne jurant que par la prestigieuse école de commerce où il est en train de faire ses gammes. Certain du destin brillant qui l’attend, ce garçon ou cette fille se lancera peut-être dans la création d’entreprise, laquelle bien entendu, lui ouvrira rapidement les portes d’une réussite proprement insolente, lui apportant fortune et horzon, attila, livre, blanc, berlingloire. Si ce spécimen traîne de par chez vous, empressez-vous de lui offrir Le Livre blanc de Rafael Horzon, livre ovni d’un allemand né en 1970 et qui, durant les années 90 jusqu’au milieu des années 2000, a multiplié les créations d’entreprises emporté par la force de son génie (ou supposé génie) créatif. Un type un rien frappé dont la plupart des projets seront rapidement marqués par le sceau de l’échec, le précipitant alors dans des abîmes de perplexité insondables avant qu’une autre idée non moins géniale (ou stupide, c’est selon) lui redonne la foi et le remette sur pieds.

    Sa plus grande idée - comprendre son plus beau coup : un modèle de bibliothèque unique « d’un genre nouveau, tout en angles droits, inspirées des proportions du corps humain. » Ce meuble sera le seul de Moebel Horzon, sa boutique berlinoise, et il le fabriquera à la chaîne, aidé de quelques amis armés de perceuses. Sinon il entreprendra, en vrac : l’écriture d’une pièce de théâtre, l’exposition d’oeuvres d’artistes japonais n’existant pas, la rédaction du Compendium des savoirs (sorte de condensé de tous les savoirs de l’humanité en un seul livre…), de rencontrer le poète français Frédéric Beigbeder, la création d’une Université des Sciences où l’on apprendra ce qui ne s’apprend pas, un espéranto sans grammaire, la création d’une agence de séparation pour contrer les agences de rencontre puis d’une ligne de vêtements appelée Gelée Royale avec là encore un seul modèle de costume, etc, etc, etc.horzon, meuble, bibliotheque, attila, livre, blanc

    Ce livre blanc, publié par les inénarrables éditions Attila, raconte par le menu ce parcours d’un homme qui ratera la plupart de ses entreprises au point de finir par passer pour un artiste performeur d’un genre nouveau. Un performeur ?! Quelle horreur ! Lui qui déteste l’univers de l’art lequel serait mort avec l’urinoir de Duchamp. On éclate de rire à chaque page, on aime ce type comme on avait aimé le Brave soldat Chveik de Jaroslav Hašek avec lequel  il partage une naïveté et une honnêteté déconcertantes, parfois si proche de la stupidité. Cette histoire tout simplement incroyable est bien heureusement réelle, et pour notre plus grand bonheur Rafael Horzon nous l’offre dans ce livre absolument indispensable. Peut-être sa plus belle réussite.

  • Trahir par amour

    Requiem.pngRequiem pour un paysan espagnol suivi de Le gué,

    de Ramon Sender

    éd. Attila 15€

     

    Deux histoires de trahison sur fond de guerre civile espagnole, Requiem pour un paysan espagnol & Le gué est d’abord un douloureux diptyque autour de la question de l’insondable complexité de l’âme humaine.

    Dans le premier texte, il s’agit d’un requiem qu’un prêtre doit donner pour un jeune paysan abattu par les phalangistes. Ce jeune homme, il l’a lui-même baptisé puis marié. Avec les années, il est devenu le confident avec lequel il aimait discuter de justice mesurant celle dite « divine » à celle des hommes. Pourtant, il le trahira…

    Le second texte, Le gué, se déroule le long d’un cours d’eau aux abords d’un village. Deux sœurs lavent leur linge. Il y’a celle qui a perdu son mari, abattu par les franquistes voilà tout juste deux ans, et celle qui est à l’origine de ce malheur et qui, torturée de remords, tente d’en faire l’aveu en ce triste jour anniversaire. Elle aussi a trahi…

    Comment deux personnes en viennent à agir de façon criminelle sans l’avoir vraiment désiré ? Voilà vraiment ce qui semble interroger Ramon Sender… et le perdre dans un puits de perplexité sans fond. Ces deux textes magnifiques de sécheresse nous affligent par la force du remord qui habitera à tout jamais celui ou celle qui aura péché, soit par excès d’amour divin, soit par jalousie, entraînant la disparition tragique de l’objet de leur affection. Oserait-on dire à Sender, qui a vu sa femme et son frère être exécutés par les franquistes, que ces deux textes ne sont pas sur la guerre civile espagnole mais bien plus généralement sur l’absurde de notre condition humaine ?

    Un trésor de la littérature espagnole ressurgit du XX° siècle grâce aux curieuses éditions Attila.