Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

alexandrie

  • DERNIERS JOURS D'ALEXANDRIE

    jours d'alexandrie.gifJours d'Alexandrie de Dimitris Stefanakis

    trad. du Grec  par Marie Roblin  éd. Viviane Hamy   24€ 

     

    A priori, les pavés de 500 pages, ce n'est pas pour moi, mais comme il n'est pas non plus dans les habitudes des éditions Viviane Hamy de publier  de ces romans-fleuves propres à vous emporter dans un torrent romanesque impétueux, j'ai décidé d'y jeter tout de même un oeil. Un précédent cependant, L'art de la joie de Goliarda Sapienza, chez le même éditeur en 2005 avait été une telle révélation que je demandai rien moins qu'une aussi belle surprise... Jours d’Alexandrie ne m’a pas déçu.

    Voici un roman formidable, une grande fresque historique qui débute en 1914, dans cette cité qui depuis des siècles fascine l'occident. L'histoire commence précisément le jour où la Première Guerre Mondiale est déclenchée. Antonis Haramis, un industriel grec du tabac, signe avec le commandement anglais un contrat juteux lui donnant l'exclusivité du ravitaillement des troupes britanniques en cigarettes. Dès lors, la fortune de sa famille semble assurée, en dépit des aléas que la Vie et l’Histoire mettront sur son chemin. Et les 500 pages qui suivent ne manqueront ni de rebondissements, de revers de fortune, de révélations édifiantes et… d’aventures amoureuses. Car ce roman nous séduit aussi par sa force sensuelle, rappelant pour mémoire comment sur cette ville, en ce début de XXième siècle, soufflait un vent de liberté des mœurs qui n’avait presque rien à envier à celui qui traversait l’Europe des Années Folles.

    Des dizaines de personnages se croisent, se suivent et se perdent au fil du roman. Mais le plus important d’entres eux aux yeux de Dimitri Stefanakis est bien entendu celui qui les englobe tous : la ville d’Alexandrie. Sous tutelle anglaise, elle est alors comme un coin d’occident en plein monde arabe, une ville où l’on vient se reposer si l’on a les moyens, où l’on vient faire fortune si l’on a du talent, une Babel des temps modernes où l’on parle mille et unes langues en particulier celle du savoir-vivre, de l’élégance et du sexe : le Français.

    Mais que l’on ne s’y trompe pas, peut-on lire entre les lignes, cette liberté de mœurs, cet esprit libéral qui semble comme importé par la très forte présence européenne, n’existent qu’au prix d’un aveuglement originel. Celui qui efface, ou repousse suffisamment loin, les arabes d’Egypte que l’on retrouve sans cesse humiliés, en butte à un racisme de classes parfois très violent. Et plus nous avançons dans le temps (1ère Guerre Mondiale, montée du nazisme, 2nde Guerre Mondiale,jours, alexandrie, stefanakis, dimitris, viviane, hamy, égypte naissance d’un état israélien, Guerre Froide, etc.) plus apparaît clairement la naissance d’une conscience arabe, d’un  nationalisme qui aboutira à l’arrivée de Nasser au pouvoir et à cet épisode historique majeur que représentera la Nationalisation du Canal de Suez en 1956. Evénement qui sonnera la fin du rêve alexandrin et celle du magistral roman de Dimitri Stefanakis.

    Bref, pour finir je voudrais surtout dire : N’ayez pas peur. Voici un roman de 500 pages pour lecteurs de romans de 300 pages, qui seront surpris de le dévorer comme un roman de 100 pages ! Et je parle d’expérience.