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  • Que sont mes amis et mon pays devenus ?

    kannjawou, lyonnel, trouillot, actes, sud, haïtiKannjawou Lyonnel Trouillot

    éd. Actes Sud, 18€

    A l’origine, le Kannjawou est une grande fête organisée par une famille et à laquelle est invitée tout le quartier ou le village. Dans le roman de Lyonnel Trouillot qui se passe dans l’Haïti contemporaine, plus précisément dans la ville de Port aux Princes, le Kannjawou est le nom donné à un bar. Un bar dans lequel, ironiquement, ne se retrouve pas la population de haïtienne elle-même, mais bien plutôt certains membres de la classe dominante de la société, certains expatriés de l’armée d’occupation humanitaire qui dirige l’île depuis plus de dix ans, régime infantilisant ayant lui-même succédé à celui plus brutal, des tontons macoutes de triste mémoire et contre laquelle Lyonnel Trouillot éprouve beaucoup d’amertume. Car en effet, derrière la chronique pleine de nostalgie d’une rue de Port aux Princes - la rue de l’enterrement - on devine sourdre une profonde colère.

    Le narrateur de cette histoire est un jeune habitant de cette rue de l’enterrement qui mène à l’un des cimetières de la ville. Un amoureux de la littérature qui, en tenant la chronique de sa rue et de ses habitants, semble se demander si la vie de ceux qui l’entourent, aussi humbles et pauvres soient-ils, ne mériterait pas d’être elle aussi raconter. Peut-être même rivaliserait-elle avec celle des personnages du Rouge et le noir de Stendhal ou bien avec celle du Jardin des Finzi-Contini de Giorgio Bassani ? Ce faisant, il répond avec brio à son propre questionnement. Kannjawou raconte le parcours d’une bande de gamins de ce kannjawou, lyonnel, trouillot, actes, sud, haïtiquartier là, jadis soudée comme une fratrie, et qui en grandissant s’est petit à petit déliée. Raconter l’histoire de cette rue, c’est aussi peut-être une façon de reprendre la parole sur le discours national, en la rendant pour une fois au petit peuple d’Haïti.

    Avec cette langue toute à la fois poétique et narrative, qui dit la colère comme la beauté, Lyonnel Trouillot nous offre un grand roman sur un petit pays qui aimerait enfin pouvoir reprendre son destin, son discours, en mains.

  • Une histoire catalane.

    pep, coll, cercueils, quatre, noirs, blancs, actes, sud, espagne, catalan, guerre, fait, divers, assassinatQuatre cercueils: deux noirs et deux blancs de Pep Coll

    trad. du catalan par Edmond Raillard

    éd. Actes Sud 23€

    Voici Quatre cercueils : deux noirs et deux blancs de l'écrivain de langue catalane Pep Coll... Et accrochez-vous parce des textes pareils, on n'en lit pas tous les jours !

    Retour sur un fait divers qui a réellement eu lieu au lendemain de la Guerre Civile espagnole, en 1943. Une famille de paysans installée dans les contreforts des Pyrénées catalanes est retrouvée massacrée. Le père, la mère et leurs deux filles âgées de 10 et 14 ans sont sauvagement abattus. Les assassins sont vite identifiés. Il s'agit d'un couple voisin, des paysans aussi, qui par jalousie au sujet d'un bout de terrain attribué un peu vite à l'autre famille par les propriétaires terriens du coin, se sont fait justice eux-mêmes. Arrêtés, ils vont d'abord faire un an de prison en attendant leur procès, et ce malgré leur penchant plutôt franquiste durant les années de guerre civile. Il est important pour le nouveau régime de montrer que ce crime, qui n'est pas politique mais bien de droit commun, doit être traité de façon exemplaire. Les choses ne vont cependant pas en rester là, et pour un millier de raisons bien lâches et par un sens de l'opportunisme éhonté, ils vont être très vite libérés, faute de preuves soit disant... Tout le village va devoir donc s'accommoder à vivre aux côtés d'assassins en faisant comme si de rien n'était, comme si justice était bien passée.

    Dans un pays tout juste sorti d'une guerre qui a fait des milliers de pep, coll, quatre, cercueilsvictimes et provoqué l'exil de nombreuses familles, s'abat une amnésie collective sur volonté politique du général Franco. Il s'agit de montrer qu'un pays moderne émerge sous la férule du nouveau dictateur et ces histoires de péquenots catalans ne pèsent pas grands choses vues de Madrid. Elles feraient même un peu honte. Alors si la mémoire collective fait défaut, celle des hommes et des femmes qui habitent ces terres de roches et de chênaies, elle, n'oublie pas... Et le temps qui passe n'y fait rien...

    Ce livre est littéralement PASSIONNANT ! Il n'est pas sans rappeler De sang froid de Truman Capote qui lui aussi revenait sur un fait divers dans l’Amérique des années 50 pour en faire un monstre de roman ! Il y a chez Pep Coll la même force narrative qui emporte le lecteur, et surtout, cette volonté de distinguer parmi le fracas de la grande Histoire les débris épars des histoires minuscules. 

     

     

  • Quel goût ça a la nanotechnologie ?

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    Conférence - débat lundi  mai Salle Charles MICHELS à Romans

    Les produits contenant des nanoparticules envahissent notre quotidien. Invisibles à l’œil nu, ces nouvelles molécules hightech laissent parfois deviner leur présence par les accroches publicitaires : aliments aux “saveurs inédites”, “cosmétiques agissant plus en profondeur”, “sous-vêtements antibactériens”, fours et réfrigérateurs “autonettoyants”, articles de sports “plus performants”, et armes plus destructrices…
    Sans cesse, les ingénieurs en recherche et développement inventent de nouvelles applications des nanos qui sont commercialisées sans le moindre contrôle, au mépris de la réglementation les obligeant à tester la toxicité des substances avant de les vendre. Or, il s’avère que ces nanoparticules sont souvent redoutables – elles sont si petites que certaines peuvent traverser tous les organes, jouer avec notre ADN et provoquer de nombreux dégâts.
    Grâce à son enquête aussi rigoureuse qu’explosive, Roger Lenglet a retrouvé les principaux acteurs des nanotechnologies. Il livre ici leurs secrets et les dessous de cette opération menée à l’échelle planétaire qui, avec le pire cynisme, continue de se déployer pour capter des profits mirobolants au détriment de notre santé.
    Avec ce premier livre en français sur la toxicité des nanoparticules, Roger Lenglet tente de prévenir un nouveau scandale sanitaire d’une ampleur inimaginable.

     

    En savoir plus sur la soirée ? Site EELV Drôme.

  • LES LIVRES DE JEROME FERRARI 2/5

    Balco Atlantico de Jérôme Ferrari

    Ed. Actes Sud 18.30€ / Babel 7€

    ferrari, jérôme, balco, atlantico, actes, sudEn Corse, les morts prennent trop de place, et leur mémoire encombre celle des vivants. « Les morts ne nous bénissent pas. Ils nous en veulent d’être encore vivants. Ils nous jalousent et nous détestent. Et s’ils s’abstiennent de nous faire du mal, c’est parce qu’ils ont désespérément besoin de notre mémoire, ce labyrinthe imparfait, pour y survivre encore un peu […] » Aussi la place qui reste dévolue aux vivants, à leurs rêves et leurs espoirs, se révèle donc très vite restreinte, et les voilà bientôt rejouant de façon presque mécanique, faute de mieux, les rôles maléfiques tenus jadis (et semble-t-il depuis toujours) par leurs ancêtres.

    Balco Atlantico commence comme il finit. Avec la mort d’un homme. Le même homme. Stéphane Campana, jeune nationaliste en pleine ascension, qui rêvait d’un destin pareil à celui de ces types au glorieux parcours meurtrier, et dont il exhumait l’histoire dans une obscure brochure intitulée Notre mémoire, afin d’en faire de véritables hagiographies au service de la cause. Ce destin il l’aura : deux balles dans la peau. Tout le travail de Jérôme Ferrari étant alors de montrer comment la violence, l’histoire, la peur de l’autre, de l’étranger qui menace une identité insulaire fantasmée et la frustration d’une jeunesse sans avenir, entraînent presque malgré eux des hommes dans une spirale stupidement criminelle. Il faudra quatre cadavres dans ce roman fascinant pour mener le lecteur à celui de Campana. Quatre meurtres de plus sur une île où l’on enterre surtout des rêves.

    A propos de rêves, voici Balco Atlantico. Une promenade, un belvédère, face à l’océan. balco, atlantico, babel, ferrari, jérôme, corseNous sommes au Maroc, et Khaled et sa sœur Hayet, s’apprêtent à quitter leur terre natale où rien de bon ne pourrait leur arriver. La vie qui leur est promise à l’un et l’autre est, à peu de chose près, celle de leurs parents. Et Khaled estime que sa sœur mérite mieux que cela. Laquelle n’imagine pas de vivre loin de lui. Alors ce sera la Corse.Pourlui un peu d’herbe à revendre pour arrondir les fins de mois, mais aussi un petit resto où faire la plonge. Pour elle, ce sera serveuse dans un bar, celui de Marie-Angèle Susini que les lecteurs retrouveront dans Le sermon sur la chute de Rome.

    Avec ce deuxième roman paru chez Actes Sud dans un anonymat aussi scandaleusement sidérant que le premier, Jérôme Ferrari aborde avec beaucoup d’intelligence et de tendresse cette âme corse pour mieux en démonter, pièce après pièce, l’armure d’apparat dont elle use afin de se croire encore vivante et fière. Mais il y a, en vérité, beaucoup de stupidité dans tout cela, beaucoup de virilité mal placée. Il y a aussi beaucoup de tristesse, d’ennui et de mythologie. Cela pourrait être folklorique et sympathique si, encore aujourd’hui, des hommes ne mouraient pas, là-bas plus qu’ailleurs, assassinés en pleine rue. Seulement voilà, on ne peut rien contre l’hybris, cette tentation orgueilleuse à la démesure qui pousse les hommes à se prendre pour Dieu, et à s’octroyer droit de vie ou de mort sur leurs semblables.

  • Ce que j'appelle un P***** de ROMAN NOIR !

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    De bons voisins de Ryan David Jahn

    Actes Sud       21€

    New York, le 13 mars 1964. A quatre heures du matin, après son service, une jeune femme rentre chez elle. En bas de son immeuble, tapi dans la pénombre, un homme armé l'attend. Elle va recevoir un nombre incroyable de coups de couteau, appeller au secours en vain et agonir près de trois longues heures dans une mare de sang sans que personne ne vienne l'aider. Pourtant ils seront près d'une quarantaine derrière leurs fenêtres à assister à la scène effroyable, convaincus qu'un autre parmi eux aura déjà appelé la police... Comment ce drame, qui à bouleversé l'Amérique, a-t-il été possible ? C'est la question que se pose Ryan David Jonathan dans ce premier roman d'une noirceur incroyable. Entrecroisant les existences fragiles d'hommes et de femmes suffisamment occupés par leurs propres problèmes avec la narration minutieuse du calvaire de la jeune victime, il brosse le portrait d'une ville la nuit, où règnent violence, corruption, pédophilie et racisme. Une Amérique en guerre au Viet Nam qui s'oublie et s'enfonce dans une fange cérébrale où se noie le quotidien. Restent quelques personnages magnifiques : un fils prisonnier de l'amour qu'il porte à sa mère gravement handicapée, un homme qui découvre son homosexualité en compagnie d'un collègue de travail, un couple qui se dispute après une soirée échangiste... La vie ne manque décidémment pas de distractions qui vous feraient oublier qu'à quelques marches de là, en bas de votre immeuble, votre jeune et jolie voisine rampe dans son sang depuis de longues minutes déjà, espérant atteindre la porte de son appartement avant que son agresseur ne vienne terminer un travail suspendu. Coitus interruptus...

    Voilà un roman noir magistral ! Une perle à ne pas rater ! Quelque chose entre Short Cuts, le film de Robert Altman, pour la construction et Hubert Selby Jr ou Truman Capote pour le talent de plume. 


  • Le poche à ne pas manquer !

    Le convoi de l'eau de Akira Yoshimurayoshimura, convoi, eau, actes, sud, babel

    trad. du japonais

    éd. Babel / Actes Sud 6.50€

    Longtemps ignoré du monde, un hameau s’apprête à être englouti par la construction d’un barrage. Yoshimura nous offre un roman d’une beauté et d’une mélancolie sidérantes.

    Parce qu’il a tué sa femme adultère à grands coups de bûche, le narrateur de cette histoire a passé de longues années en prison. Et parce qu’au sortir de celle-ci, sa haine est intacte et qu’il sent en lui le désir violent de faire subir à l’amant le même sort qu’à son épouse, il décide de s’enrôler dans une équipe de travaux en partance pour de très reculées contrées en pleine montagne où doit être construit un barrage. Il décide en quelque sorte de s’enfuir de lui-même, espérant trouver dans l’ingrat labeur le chemin de la rédemption.

    Quand après de longues journées de marche son équipe arrive enfin sur les lieux du futur chantier, l’étonnement est général. Encastré entre deux montagnes au creux d’une vallée où serpente un torrent, un curieux hameau d’une dizaine de maisons aux toits couverts d’une lourde mousse naturelle les attend. Loin de tout, découverte à peine quelques années auparavant à la suite d’un accident d’avion survenu à proximité, cette petite communauté, probablement composée de « descendants de bannis » yoshimura, akiramurmure-t-on dans le groupe, s’apprête à vivre ses derniers jours puisqu’elle se trouve précisément en amont du barrage qui va être construit. Dès lors, ouvriers et habitants du hameau vont s’observer en chiens de faïence, cohabitant à distance sans jamais se parler, les premiers spéculant sur la réaction des seconds comme les travaux avancent, balançant entre moquerie et effroi devant cette population apparemment insignifiante, condamnée à disparaître, et pourtant d’une dignité qui force l’admiration.

    Yoshimura nous offre un texte d’une beauté et d’une dimension mythologique qui n'est pas sans rappeler le Désert des tartares de Buzzati. Jouant de la tension avec art, il écrit un roman fascinant et fragile, sorte de fable écologique qui ne dit pas son nom.

  • RENCONTRE AVEC SRDJAN VALJAREVIC mercredi 25 mai

    Voici une des plus belles surprises de ce début d’année ! L'écrivain serbe Srdjancôme, actes, sud, valjarevic, srdjan, serbe Valjarevic nous entraîne  au bord du lac de Côme d’où l’on revient des souvenirs plein les yeux.

    Un jeune auteur serbe, dont on ne saura jamais le nom, rempli presque sans y croire un formulaire pour s’adjuger une bourse qui lui ouvrira les portes des villas du domaine Bellagio où il pourra « y écrire tranquillement ». Seulement « à l’époque, travailler ou écrire sérieusement ne l’intéresse pas ». Ce séjour d’un mois va finalement s’avérer être une délicieuse et douce digression dans la vie d’artiste de ce jeune homme à l’ivresse élégante.

    Toujours simple et sincère, nous le suivrons au fil de ses rencontres. Sans préjugés il sera le trait d’union entre deux mondes : celui de la résidence perchée sur la colline Tragédia, et celui des habitués des deux troquets du village en contrebas. Dans ce monde nouveau, entre théorème et football, entre deux verres aussi, il saura nouer des liens solides au grès des regards, des sourires et des gueules de bois.

    valjarevic, srdjan, actes, sud, cômePeu à peu, ce grand lecteur de Walser et Thomas Bernhard se laissera aller à la promenade, aux pique-niques et aux baisers sur les bords du lac d’où pourtant, il faudra bien partir avec pour tout bagage une bouteille de Whisky et une sérénité folle.

    Certains personnages de romans nous accompagnent toute notre vie, celui-ci en fait partie. Sitôt le livre refermé, il vous manque déjà…Une merveille.

     

    Valjarevic et son traducteur à la librairie des Cordeliers Mercredi 25 mai

    Signature de18 à 19h Rencontre après 19h (env. 1 h)

    Un verre de vin sera servi à la suite de la rencontre.