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Polars

  • Montana 1948

    montana 1948,larry watson,gallmeister,bentrock,roman noir,huit-closMONTANA 1948

    de Larry Watson

     

    Ed. Gallmeister  8€20

    traduit de l'américain par Bertrand Péguillan

     

     

    Quels souvenirs garde-t-on de son enfance à la moitié du chemin ? Une poignée d'images d’Épinal peut-être. Un bel album de famille que l'on feuillette dans sa mémoire et qui se referme sur nos premiers émois, la première goutte d'ether et le début des 400 coups. On se souvient sinon d'un drame, d'une douleur sourde qui soudain avait accaparée toute notre enfance et marqué à jamais la perte de nos illusions et de notre innocence.

     

    Montana 1948. Un homme se remémore l'été de ses douze ans. De celui-ci « je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n'a pu chasser ni même estomper ». Ainsi s'ouvre le récit du jeune David Hayden. Cet été 1948, dans la petite ville de Bentrock, une jeune femme sioux, Mary Little Soldier, nurse de la maison Hayden tombe malade et refuse catégoriquement d'être examinée ou ne serait-ce qu'approchée par Franck, oncle de David et médecin de famille. A l'incompréhension générale succèdent les lourdes accusations de Mary. Car l'oncle idéal et le charismatique héros de guerre que se figure le jeune garçon aurait la réputation d'abuser de ses patientes « peaux-rouges ». Alors que le père de David, shérif de son état et frère de Franck entre bientôt dans la confidence, les soupçons se confirment : Mary est retrouvée morte un matin.

     

    Voilà comment un gamin voit, en l'espace d'une saison, son enfance voler en éclats et son petit cadre de famille, qui reposait gentiment sur le rebord de la cheminée, se briser sous le poids des non-dits et des silences coupables. Larry Watson écrit le passage de l'enfance à l'âge adulte pour en faire la sève d'un drame qui ne dit pas son nom et le ressort tragique de ce roman. Le lieu de tous les conflits intérieurs. On ne choisit pas sa famille mais saurait-on faire le choix de la justice ?

     

    Reste de ses 150 pages ciselées à merveille le sentiment d'avoir tenu entre ses mains un huit-clos absolument bouleversant et, de faite, un roman culte impérissable !

     

     

  • L'antihéros moderne a trouvé son maître !

     1507-1.jpgMauvais coûts

    Jacky Schwartzmann

    Ed. La fosse aux ours 17€

     

     

    Mauvais coûts et mauvais goût n'ont qu'une lettre de différence ! C'est subtil et c'est pour ça que c'est bon !

     

    Dans les grandes lignes, ce roman noir, c'est l'histoire d'un salaud, cynique et misanthrope, acheteur dans une multinationale qui vient pour faire régler l'addition à tous les avortons et lèches bottes qui gravitent comme des mouches à vous savez quoi autour de son business juteux !

     

    Ce type est détestable. C'est l'antihéros moderne par excellence ! Mais on s'y attache. Il s'appelle Gaby Aspinall et je trouve que son petit nom en jette.

     

     Alors oui ! Mauvais coûts vient gifler nos petites joues rebondies de lecteurs prudes et silencieux ! Il y a ceux qui aimeront et ceux qui n'aimeront pas mais je défends quiconque de rester impassible devant ce spécimen rare d'humour noir aux dialogues cultissimes ! 

     

    Allan

     

  • Mai 1962, Choctaw, Alabama

    sur les hauteurs du motn crève coeur,thomas h cook,seuil,polar,alabamaSur les hauteurs du mont Crève-Cœur

    Thomas H. Cook

    Editions Seuil Policiers 21,5€

     

    Le dernier Thomas H. Cook confirme ce que l’on savait déjà. L’auteur maîtrise l’écriture du flashback à la perfection ! Qu’est-ce qui fait qu’on en sort encore ébloui ? L’écriture, toujours l’écriture.

     

    L’intrigue se déroule dans la petite communauté blanche et conservatrice de Choctaw, en Alabama. Tout remonte à l’été 1962 et nous ramène au corps sans vie de la jeune Kelli, retrouvée sur les hauteurs du Mont Crève-Cœur, seule, dans les profondeurs de ces bois, au prise avec une histoire qui semble s'être répété...

     

    30 ans après, l’énigme est entière et entoure encore de son voile noir l’agression de cette jeune beauté venue de Baltimore. Hanté par la voix et le visage de celle dont il était tombé éperdument amoureux, Ben, devenu médecin de campagne, raconte l'histoire la plus tragique de son existence. Celle que toute sa vie, il s’est évertué à garder au plus profond de son âme…

     

    Ce qu’il y a de surprenant avec les lyriques, c’est qu’on ne se doute jamais des formes que prendront leur imagination et leurs inspirations. Peu d’auteurs sont de cette trempe là. Mais reconnaissons le, Cook écrit des romans noirs comme on écrirait une poésie troublante, mélancolique et obsédante.

     

    Le vieux démon de la ségrégation plane sur ce lieu chargé de souvenirs et de mystères. Il progresse à pas feutrés, lentement, insidieusement, révélant peu à peu un récit tourmenté au charme ensorcelant et une chute à la hauteur d'une tragédie shakespearienne transposée dans le sud profond de l'Amérique.

     

    Reste une oeuvre noire marquante, impérissable.

     

    Allan

     

     

     

     

  • Le guide de l'homme invisible

    couv-contorsionniste-prov-RVB.jpgLE MANUEL DU CONTORSIONNISTE ou LE GUIDE DE L'HOMME INVISIBLE ou FAUSSAIRE : MODE D'EMPLOI

    (les titres sont aussi changeants que les identités du personnage principal)

     

    Craig Clevenger

    éd. Le nouvel Attila 20€

     

    Daniel Fletcher peut compter ses overdoses sur les doigts d'une main. Et de doigts de la main, il en a six¹. Ce qui fait une overdose de trop ! Celle qui vous cloue violemment à un lit d’hôpital en vous faisant passer d'individu lambda à celui de victime d'une IMV², type très suspect et prochain candidat à l'asile des fous. Sauf que la dernière fois, Daniel Fletcher s'appelait Christopher Thorne et que la fois d'avant, il s'agissait d'un dénommé Eric Bishop...

     

    Dans le collimateur de la police, des hôpitaux et de la mafia, Daniel est pris dans une fuite en avant. Changer de noms, de papiers, de souvenirs. Fabriquer quantité de preuves et d'identités. Devenir invisible. Et chercher les raisons obscures qui ont fait de nous le meilleur faussaire, « à quatre pattes sur le plancher de notre mémoire »...

     

     

    Allez savoir ce qui ne tourne pas rond dans la tête d'un génie à la Tyler Durden (dixit Fight Club). Rendons-nous à l'évidence. Le contorsionniste est une anomalie dans le système. Le contorsionniste est une équation à X inconnues. Le contorsionniste est une dégénérescence ! C'est le guide de l'homme invisible. C'est notre intégrité mentale mise à mal ! C'est notre corps en boule qui réclame à grands cris ! « Une autre page, il me faut une autre page ! »

     

    Une drogue fantastique et foutument tordue ! A lire d'une traite pour bien viser le rush !

     

     

    SORTIE PRÉVUE POUR SEPTEMBRE 2016

     

     

    Allan

     

    ¹ Notre héros est polydactyle

    ² Intoxication Médicamenteuse Volontaire

     

  • Une moisson de classiques ! [POLAR]

    Les classiques, nos vieux. Ceux qui n'ont plus rien à prouver et sur lesquels le temps n'a pas de prise. Ceux là qui se font discrets sur l'étagère de la bibliothèque mais qui ne trompent pas un œil averti. Ceux qui comme les murs étaient là avant et seront là après.

    Tu y reviens comme à la maison parce que l'appel du cœur oblige. Ils sont tes points de repère, tes prises de conscience et tes révélations. C'est pourquoi il te faut les lire pour après cela, ne plus jamais les oublier.

     

    Alors, c'est des classiques qu'il te faut ? J'en ai sous le coude ! De la valeur sûre ! Des qui te ficheront le cœur en l'air ! Des qui te fileront des états d'âme pas croyables ! Te feront vibrer le palpitant, mettront tes nerfs en vrille ou te redonneront une seconde jeunesse ! Des polars que tu ne seras pas prêt d'enterrer ! Des noirs et bien corsés, pas coupés au lactose !

     

    Voici une moisson de classiques !

     

     

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    de James M. Cain

     

    Mémorable crime story transformée en histoire d'amour passionnelle et foutrement échevelée, Le facteur sonne toujours deux fois est un de ces polars qui vous coupent net la chique ! Une endiablade entre deux amants dans une Californie plus prosaïque que jamais ! In-dé-mo-dable !

     

     

     

     

     

     

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    de Horace Mac Coy

     

    Vous avez de grandes chances d'avoir vu ou au moins entendu parlé un jour du film de Sydney Pollack avec Jane Fonda dans le rôle de Gloria. Derrière ce film se cache un roman noir immense ! Tout un symbole sur l'absurdité de la condition humaine et ce que l'Amérique a connu de pire et de meilleur. Vous en dire plus serait un crime !

     

     

     

     

     

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    de Donald Weslake

     

    C'est l'Histoire hilarante et tragique d'un auteur de pornos à la chaîne, frappé par une crise de créativité. Racontez-le comme ça à vos amis, je vous jure, ça fait son petit effet. Pseudo-polar par excellence, Adios Schéhérazade est une espèce de remède naturel contre la morosité ! Jouissif à un point, vous n'avez pas idée !

     

     

     

     

     

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    de Jim Thompson

     

    Être shérif dans un roman de Jim Thompson c'est :

     

    - mentir comme un arracheur de dents 
    - tuer avec un naturel déconcertant 
    - et compter sur sa bonne étoile 
    - le tout, avec la main sur le cœur !

     

    C'est beau. Et quelque peu effrayant !

     

     

     

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    de James Ellroy

     

    Sombre, Malsaine, obsédante, mélancolique... Le Dahlia Noir est la pièce maîtresse de l’œuvre de James Ellroy. Un polar culte, magistral, dévastateur. Un de ceux qui marquent durablement les cœurs et les esprits !

     

     

     

     

     

     

     

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    de Howard Fast

     

    Alan Macklin est l'archétype du détective privé ! Le bonhomme triste et guignard, vous le situez ? Howard Fast donne pourtant à son personnage l'occasion de rebattre les cartes. Une belle somme d'argent et une femme qu'on ne rencontre qu'une seule fois dans sa vie. L'intouchable et fantasmatique Sylvia. Fatalement, on tombe amoureux.

     

     

     

     

     

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    de Dashiell Hammett

     

    Il a donné ses lettres de noblesse au mauvais genre. Le roman noir lui en doit une belle ! Moisson rouge est son classique ! J'ai nommé : Dashiell Hammett ! Inventeur de la Hard-boiled School (traduisez, l'école des durs à cuire), Hammett nous gratifie, avec Moisson Rouge, d'un anti-héros « Badass » et d'un polar à vous flanquer un bon coup de fouet !

     

     

     

     

     

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    de David Goodis

     

    Il émane de ce roman noir une sorte d'aura romantique. L'alcool n'est pas très loin sur le piano bar et les vieux démons guettent un pauv' pianiste qui ne demandait pourtant rien à personne. Hélas Ed, on ne se cache pas éternellement derrière des mélodies...

     

     

     

     

     

     

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    de Jean-Patrick Manchette

     

    Incontournable Manchette, coup de pied balayette, on se relève avec l'envie d'en lire un autre ! Plus brutal, plus dopé, plus cogneur ! Manchette trouve le ton parfait des grands polars américains dans des mondes en crise, perpétuellement en proie à la violence !

     

     

     

     

     

     

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    de James Ross

     

    James Ross est l'auteur d'un livre, un seul. Chef d’œuvre maudit. Auteur trop méconnu. Roman noir de la grande dépression, Une poire pour la soif existe pour nous convaincre que dans un univers de violence, de luxure et de cupidité, tous les coups sont permis. Sans exceptions. Ce qui rend la chose assez fascinante !

     

     

     

     

     

    Allan

  • Pour une poignée de voix roms !

     

    spada1erecouvbandeau3.jpgSPADA

    de Bogdan Teodorescu

    Éditions Agullo 19€

     

    Des serial killers, j'en connais un rayon. M'est d'avis que ces gens ont la manie fâcheuse de rejoindre le club vachement select des psychopathes psychotiques. Rien n'est moins simple que de déceler leurs obscurs fantasmes et puis de lire clair dans leur jeu – c'est un mode opératoire, c'est sûr ! Il parait que les profilers en font leur bout de gras... enfin ça... c'était avant Spada !

     

    Parce qu'on dit quoi quand un truand se fait raccourcir d'un coup de schlass dans la gorge ? Et que ce truand là est un Roms. Et puis que le schéma se répète sans laisser de traces. La Mouche, zigouillée. Le Bulgare, trucidé. Et la Trique ? Raide comme un coup de... vous connaissez la suite. Alors ? Où qu'ils sont les profilers ? On vous écoute, les criminologues à la petite semaine ! Ça dit quoi ? Pas grand chose, hein !

     

    C'est à dire qu'on est à Bucarest dans une méchanceté de panier de crabes et que ça fait grand bruit dans les médias c't'affaire ! « Poignard », en voilà un joli p'tit nom qui fait parler de lui. Un redresseur de torts disent les uns. Une vacherie de policier à la solde du gouvernement disent les autres. Les spéculations vont bon train. Chacun y va de sa petite tribune contre machin dont c'est entièrement la faute, qui avait pourtant graissé la patte à bidule, dont c'est le boulot de jouer les pisses copies réfractaires !

     

    Si Ceausescu nous entendait, mon dieu, qu'est-ce qu'il dirait ? C'est qu'un régime fasciste, ça vous inocule une de ces peurs du diable ! Même 25 ans après ! Là dessus on s'imagine une bondieuserie de conflit interethnique à vous mettre en péril l'ordre social d'un pays.

    Les politiques de tout poil ont du souci à se faire, d'autant qu'à quelques mois des élections présidentielles, s'agirait pas de cracher sur 2 millions de voix roms en colère...

     

    Politique fiction vous avez demandé ? Spada de Bogdan Teodorescu, sans hésiter !

     

    Allan

     

  • Tokyo Gonzo ! : au coeur de la pègre japonaise !

     

    Tokyo Vice, Jake Adelstein, Marchialy, Japon, Yakusa, Gokudo, Journalisme gonzo, nouveau journalisme, muckrackersTOKYO VICE

    de Jake Adelstein 

    Ed.Marchialy 21€

     

    Jake Adelstein n'a rien inventé, il a tout vécu. Fut-ce le fruit du hasard ou d'une veine pas croyable, il intégra en 1993 le service Police-Justice du plus grand quotidien japonais, le Yomiuri Shinbun et scella son destin à l'âge de 24 ans, au plus loin de son Missouri natal, de sa culture et de ses certitudes : gaijin* et journaliste au pays du soleil levant... et du crime organisé.

     

    Tokyo Vice. Prologue. Première ligne, deux points, ouvrez les guillemets : "Vous supprimez cet article, ou c'est vous qu'on supprime." Le message est clair, la scène d'ouverture fracassante. Primo, Jake ne sait pas dans quoi il a mis les pieds. Secondo, il n'est pas prêt d'en sortir.

     

    Du reste, l'immersion est totale. A la croisée des chemins entre polar mafieux, enquête journalistique et roman initiatique, Tokyo Vice surgit de nulle part comme le témoignage coup de poing d'un étranger sur dix années d'investigation en territoire conquis. Ce territoire, c'est celui de ces hommes tout de noir vêtu, à la peau bariolée de tatouages symboliques, yakusas grimaçants et stéréotypes en puissance d'un cinéma de genre asiatique. Au Japon, ils préfèrent s'appeler entre eux « les gokudos ». Ceux qui, laissés pour compte de la société nippone, se sont engagés à suivre « l'ultime voie ».

     

    Implantée comme aucune autre organisation criminelle dans toutes les couches de la société japonaise - l'immobilier, la finance, le prêt sur gage, l'industrie du sexe pour le dire joliment et éluder toutes les activités les plus sordides qu'on puisse imaginer - le gokudo représente dans les années 90 pas moins de 90 000 têtes repartîtes dans toute l'archipel, représentées par quatre principaux syndicats ayant pignon sur rue et de belles couvertures de types associatives. Société clanique, le gokudo obéit à un code d'honneur et forme une "belle" et grande famille. « Le Yamaguchi-gumi est tout en haut de l'échelle des gokudo. Et parmi les nombreuses ramifications qui font le Yamaguchi gumi, le Goto-gumi, avec plus de 9000 membres, est la plus infâme ».

     

    Certes, ce n'est jamais une bonne idée de se trouver du mauvais côté du Goto gumi. Mais Jake fait parti de ces âmes soient légèrement suicidaires soient auto-destructrices, qui ne savent résister à l'appel du Gokudo quand celui-ci se fait entendre. Balancez-le dans un trou, le quartier rouge de Tokyo par exemple et vous verrez de quoi un type comme Jake est capable quand il s'agit de porter la plume dans la plaie. Celle d'une société sage dans l'étiquette mais foutrement tordue dans ses entrailles.

     

    Avec un sens de la dérision incroyable et une propension fascinante à aller au fond des choses, obstinément, Jake Adelstein nous embarque dans un jeu dangereux dont il ne maîtrise pas toutes les règles mais brosse, aux détours de son enquête, un des portraits les plus charismatiques et les plus redoutables du Japon contemporain !

     

    Un texte emblématique du journalisme gonzo !

     

     

     

    * terme japonais utilisé pour désigner les étrangers au Japon

     

    Allan

     

  • L'amoralité de l'histoire, c'est qu'il n'y a pas de morale !

    pottsville 1280 habitants,jim thompson,rivages noir,roman noir,shérif,nick coreyPottsville, 1280 habitants

    de Jim Thompson

    éd. Rivages/noir 8€

     

    Il y a de ces romans noirs qui vous retournent la cafetière, j'vous le dis, qui vous agrippent par le col, vous accrochent à la lanterne, vous laissent là toute une nuit et vous jettent dans la boue le matin venu, rossé, glacé et ahuri, comme un cochon préparé à l'abattoir ! Pottsville, 1280 habitants de Jim Thompson est de ces romans là - le plus célèbre du genre.

     

    C'est que sous ses airs de débonnaire et de simple d'esprit, le Shérif Nick Corey nous la fait bien à l'envers ! Erreur sur la personne. Monumentale erreur ! Formidable ordure, manipulateur, vicieux, mégalo, abominable et malsain personnage ! Voilà des épithètes appropriées ! Jim Thompson a, comme il convient de le nommer, le "chic" pour vous camper l'antihéros par excellence ! Le chic pour cacher le ver dans le fruit et vous faire goûter de cette pomme bien rouge et bien juteuse qu'on aurait avalé jusqu'au trognon s'il n'y avait pas eu le pire des parasites pour gâter le tout ! Plongé dans la conscience douteuse de Nick, qui aurait pu voir venir l'infâme, le fourbe et le cruel ? La langue des serpents est sournoise et celle du shérif du comté de Potts, particulièrement insidieuse.

     

    Si Nick Corey a un plan, ce plan ne peut souffrir aucuns obstacles. Il s'agirait de faire le ménage... Mais proprement, ça, ça reste à voir !

     

     Allan

  • La noblesse de l'échec

    fausse piste,james crumley,gallmeister,chabouté,roman noir,polar,école du montana,le dernier baiserFausse piste

    James Crumley

    Traduit de l'américain par Jacques Mailhos

    Illustré par Chabouté

    Ed. Gallmeister 23,50€

     

    Fausse piste. Nada. Walou. Circulez, y a rien à voir. Ou reconsidérez tout ce qui se situe en dessous de vous, de moins que rien, ivrognes, marginaux, hippies, indiens d'Amériques, tout ce qui eut un jour un nom et plus de dignité, et vous aurez une idée assez précise de ce que l'on voit dans les yeux d'un détective pour qui l'art de s'abimer dans un verre de whisky supplante tous les autres et vous apprend au passage, quelques trucs à propos de l'humanité.

     

    Ainsi James Crumley créa le personnage de Milton Milodragovitch dit le détective Milo et dès son premier polar posa les solides jalons d'un nouveau genre de noir. Qui a lu, initié ou non, Le (cultissime) dernier baiser, premier roman de sa deuxième série, comprendra l'importance des personnages de Milo et du détective Sughrue dans l'univers de Crumley. Force est d'admettre que dans ces deux anti-héros excessifs et quasi pathologiques, la figure du privé en a pris un coup, le mythe aussi, là où le roman noir en est sorti indemne, grandi et sacrément transfiguré !

     

    Il ne fera pas de doute que niché au beau milieu des montagnes du Montana, James Crumley a trouvé une voie, certainement la meilleur, la plus tordue, la plus lyrique, la plus drôle et la plus humaine des voix pour incarner ces personnages, hommes et femmes qui ont compris assez tôt "que même la plus simple des vies était encore trop compliquée".

     

    Frère de tous les ivrognes et visages cabossés d'une petite ville sans éclats, Milo est le dépositaire d'un monde où toutes les solitudes se rencontrent. Passage obligé au bar le Mahoney, où aujourd'hui est toujours hier. Une main chasse les vieux démons quand l'autre est encore solidement cramponnée à son verre. Guerre de Corée, mariages ratés, femmes dangereuses, drogues dures, armes à feu et nuits sans sommeil, toute ces choses censées représenter un danger pour soi ou pour autrui. Milo les balaye comme les mégots de la veille et noie absolument tout dans un verre d'alcool purificateur.

     

    Quand une jeune et très belle femme pousse la porte de son bureau, Milo n'a pas encore 40 piges qu'il estime ses seuls avoirs, la tristesse et la vieillesse, comme ses plus grands biens. Ayant, comme la plupart des gens qui boivent, passé une grande partie de sa vie à examiner son avenir lamentable, cela a cessé de l'amuser. L'apparition de cette femme signe enfin sa reprise de service.

     

    Pour qui voit de la noblesse dans l'échec, ce roman noir vous est dédié.

     

    Postscriptum : superbe réédition de Gallmeister, superbement illustrée par Chabouté, bénéficiant d'une superbe nouvelle traduction de Jacques Mailhos. Beaucoup de "superbe" pour une voix incontournable du roman noir américain et de l'école du Montana.

     

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    Allan

  • La vengeance est un plat qui se mange le plus longtemps possible

    book_548.jpgLes salauds devront payer

    éd. Liana Levi 20€

    Petite devinette. Qu'est ce qui relie la ville d'Haiphong à Alger, Alger à Wollaing, Wollaing à de l'histoire ancienne, histoire des corons, des usines métallurgiques, Berga mourante, sa tour à plomb et une poignée de salopards dans le bassin minier du Nord de la France ? Une junkie retrouvée morte, assassinée dans le terrain vague de la petite ville de Wollaing.

     

    Pauvre nana. Endettée jusqu'au cou. On lira le canard de d'main. Et on apprendra à coup sûr que la jeune Pauline Leroy s'est faite refroidir par ces fesse-mathieu, ces deux beaux salauds de Freddie Wallet et Gérard Waterlos. C'est du tout cuit ! Mais pas pour le vieux museau du commandant Bruchmeyer. Non, pour ce vieux briscard de la police, l'instinct nous dit qu'un salaud peut en cacher un autre. Il suffit de creuser comme nos ancêtres, gueule dans la fosse, pour se rendre à l'évidence : on n'enterre pas le passé si facilement...

     

    Certains disent que la vengeance est un plat qui se mange froid. D'autres lisent "Les salauds devront payer" et leur répondent : erreur, la vengeance est un plat qui se mange le plus longtemps possible !

     

    Un polar à savourer !