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Livre

  • La noblesse de l'échec

    fausse piste,james crumley,gallmeister,chabouté,roman noir,polar,école du montana,le dernier baiserFausse piste

    James Crumley

    Traduit de l'américain par Jacques Mailhos

    Illustré par Chabouté

    Ed. Gallmeister 23,50€

     

    Fausse piste. Nada. Walou. Circulez, y a rien à voir. Ou reconsidérez tout ce qui se situe en dessous de vous, de moins que rien, ivrognes, marginaux, hippies, indiens d'Amériques, tout ce qui eut un jour un nom et plus de dignité, et vous aurez une idée assez précise de ce que l'on voit dans les yeux d'un détective pour qui l'art de s'abimer dans un verre de whisky supplante tous les autres et vous apprend au passage, quelques trucs à propos de l'humanité.

     

    Ainsi James Crumley créa le personnage de Milton Milodragovitch dit le détective Milo et dès son premier polar posa les solides jalons d'un nouveau genre de noir. Qui a lu, initié ou non, Le (cultissime) dernier baiser, premier roman de sa deuxième série, comprendra l'importance des personnages de Milo et du détective Sughrue dans l'univers de Crumley. Force est d'admettre que dans ces deux anti-héros excessifs et quasi pathologiques, la figure du privé en a pris un coup, le mythe aussi, là où le roman noir en est sorti indemne, grandi et sacrément transfiguré !

     

    Il ne fera pas de doute que niché au beau milieu des montagnes du Montana, James Crumley a trouvé une voie, certainement la meilleur, la plus tordue, la plus lyrique, la plus drôle et la plus humaine des voix pour incarner ces personnages, hommes et femmes qui ont compris assez tôt "que même la plus simple des vies était encore trop compliquée".

     

    Frère de tous les ivrognes et visages cabossés d'une petite ville sans éclats, Milo est le dépositaire d'un monde où toutes les solitudes se rencontrent. Passage obligé au bar le Mahoney, où aujourd'hui est toujours hier. Une main chasse les vieux démons quand l'autre est encore solidement cramponnée à son verre. Guerre de Corée, mariages ratés, femmes dangereuses, drogues dures, armes à feu et nuits sans sommeil, toute ces choses censées représenter un danger pour soi ou pour autrui. Milo les balaye comme les mégots de la veille et noie absolument tout dans un verre d'alcool purificateur.

     

    Quand une jeune et très belle femme pousse la porte de son bureau, Milo n'a pas encore 40 piges qu'il estime ses seuls avoirs, la tristesse et la vieillesse, comme ses plus grands biens. Ayant, comme la plupart des gens qui boivent, passé une grande partie de sa vie à examiner son avenir lamentable, cela a cessé de l'amuser. L'apparition de cette femme signe enfin sa reprise de service.

     

    Pour qui voit de la noblesse dans l'échec, ce roman noir vous est dédié.

     

    Postscriptum : superbe réédition de Gallmeister, superbement illustrée par Chabouté, bénéficiant d'une superbe nouvelle traduction de Jacques Mailhos. Beaucoup de "superbe" pour une voix incontournable du roman noir américain et de l'école du Montana.

     

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    Allan

  • LOW DOWN, LA MELODIE D'UN JAZZMAN LEGENDAIRE

    Couv-Low-Down-RVB.jpgLow Down de A.J. Albany

    Ed. Le Nouvel Attila traduit de l'américain par Clélia Laventure

    19€ 

    Fille d'une mère junky et d'une légende du jazz oubliée, Amy Jo fut, du temps du règne de Joe Albany, le pianiste blanc familier des Charlie Parker, Lester Young et cie, "une princesse du Bebop selon papa", l'enfant héros des sixties, sinon le premier témoin d'une vie dissolue rythmée par la musique, la came et ses descentes - le blues dans le sang et le jazz en héritage.

    "Méfie toi de cette Vieille Dame qu'est la vie - elle peut être une sale pute" Dernière mise en garde de papa avant de passer à la postérité sous la plume de sa fille. Rien qu'un livre. Un dernier portrait. Portrait de famille et preuve d'amour. Histoire et contes d'une enfance à Los Angeles dans les années 60.

    Low Down, pour garder le souvenir d'un père adoré, d'une âme écorchée et d'un melody man prodigieux. Low Down, pour témoigner des vies de misères et de splendeurs des pionniers du be-bop - pour ceux qui contribuèrent à déniaiser un genre swing. Low Down, pour se rappeler des leçons de la vie : la rue, toujours la rue.

    Il fallait de la grâce pour le faire et un vécu comme on en voit peu avec nos yeux. Une peau tannée et marquée comme un bukowski et aucunes réserves à mettre le tout sur la table. A.J. Albany l'a fait. Elle l'a fait avec le regard lucide et les mots de l'enfant qu'elle était du haut de ses 8 ans, jusqu'à ce qu'elle en atteigne 15. La vie ne l'a certainement pas épargnée. C'était le bonheur au milieu d'un sacré chaos. Mais la mélodie de Low Down s'entête et chante sourire aux lèvres : "Is that all there is ?"

    Un roman qui sonne « bang bang, I shot you down » !

     

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    Le quartier américain de Jabbour Douaihy 

     

    Trad. de l’arabe (Liban) par Stéphanie Dujols

     

    Ed. Actes Sud 19.80€

     

    Le « quartier américain » - qui ne doit son adjectif qu'à l'existence en ces lieux d'une école anglicane depuis longtemps désaffectée - est le plus pauvre et le plus délabré de Tripoli. Et c'est précisément là, dans cette cité méditerranéenne Libanaise, que vit Intissar dont le fils ainé, Ismaïl, a disparu depuis plusieurs jours. Morte d'inquiétude, elle se tourne désespérée vers Abdel-Karim Azzâm, le jeune homme chez qui depuis des années elle fait le ménage. Celui-ci est  issu d'une  famille de notable de premier rang qui domine la vie politique de Tripoli depuis des années. Personnage mélancolique, alangui et désoeuvré, vivant dans le souvenir douloureux  d’un amour avorté pour une danseuse rencontrée lors de ses années étudiantes à Paris, il finit très vite par comprendre que le garçon vient d'être recruté comme candidat au Djihad par les prédicateurs barbus qui pullulent dans cette ville autrefois multiconfessionnelle...

     

    Avec cette tendresse sans bornes pour ses personnages qui fait de Jabbour Douaihy un véritable écrivain humaniste, ce roman fait le portrait d'une ville où résonne le fracas d'un Proche-Orient qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans la violence. Il fait vivre ce pays compliqué et magnifique, sale et sublime, et aux inégalités sociales criantes avec un amour à la fois sévère et compréhensif. On ne naît pas terroriste, on le devient, et chaque soldat djihadiste porte en lui des blessures qu’un romancier expliquera mille fois mieux qu’un journaliste, quand bien même cela ne change rien à l’horreur du moindre fait terroriste. Lire Jabbour Douaihy, c’est entrer dans l’intimité d’un peuple magnifique en jetant ses préjugés au seuil de chaque appartement délabré, parmi les tas d’immondices qui jonchent les rues.

     

    Eclairant et poignant.

     

  • La Rentrée, c'est parti...

    entre les deux il n'y a rien, mathieu riboulet, verdier, Entre les deux il n'y a rien de Mathieu Riboulet

    Ed. Verdier

     

    Ça commence en 1972.  On a douze ans. Ca c’est certain. On est un chiot. On sent tout sans rien comprendre. On sent et on voit tout mais tout nous manque et l’on ne voit rien. Car tout s’est passé avant en réalité et la chronologie est une fiction : Une balle tirée à bout portant en pleine rue. Dans la tête d’un môme, ça résonne. Dans la tête de l’écrivain, c’est une évidence : « là bas, dans l’enfance, tout s’est joué : l’écriture la politique l’histoire le sexe, et la parole donnée au corps ».

    Les chiots finissent par devenir des chiens et meurent en tant que tels partout où règne en maître une Europe pacifiée à bout de souffle. « Le monde était dans cet ordre-là quand nous l’avons trouvé ». Entre ce constat tragique et l’après 68, dans les rues de Paris, Berlin, Rome, quelque chose s’est joué à coup sûr. Des décennies de luttes clandestines et de violences politiques dans le grand jeu du monde. La rage, l’espoir et l’expression d’un rêve qui fera des déclassés en tout genre des hommes un peu plus libres de leur pays.

    Si l’illusion est grande et le bonheur de s’élever à une conscience politique intense, la chute ne sera pas que celle d’un mur en ruine gris emportée par un peuple en liesse.

    Sans fard et sans détours, affranchi du reste et armé de sa prose combat, Entre les deux il n’y a rien est en définitive un coup de cœur brut porté à mains nues au lecteur : marquant et décisif.

     

     

    Montecristo de Martin Sutermontecristo, suter, martin, bourgois, billets, suisse

     

    Trad. de l’allemand par Olivier Mannoni

     

    Ed. Bourgois 18€

     

     

     

    Si vous étiez journaliste en possession d’une information relative à un scandale financier hors normes dont la diffusion aurait des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale, que feriez-vous ? Une vérité qui entraînerait plus de mal que de bien doit elle être révélée ?

     

    Voici les questions auxquelles se trouve confronté Jonas Brand, journaliste people quadragénaire pour un médiocre magazine télé zurichois. Il s’aperçoit un jour, par le plus grand hasard, qu’il est en possession de deux billets de 100 francs suisses portant le même numéro de série… La chose est impossible. Strictement impossible. Techniquement impossible ! Il fait expertiser les deux billets pour savoir lequel est faux et l’expertise révèle que les deux billets sont… vrais. L’enquête peut alors commencer et le journaliste - qui voit là l’occasion de se prouver à lui-même qu’il vaut davantage que le reporter de complaisance qu'il est devenu – de progresser avec peut-être un peu trop de légèreté dans l’univers feutré et secret du milieu bancaire suisse. Car si les manières y sont courtoises, les méthodes, elles, vont très vite se révéler autrement plus expéditives…

     

    Bienvenu en Suisse ! On y mange une nourriture riche, on se donne rendez-vous dans des bars d’hôtels pas miteux, on n’y parle pas à tort et à travers et les femmes y sont aussi élégamment maquillées que les comptes bancaires. C’est un coffre-fort ce pays, avec des montagnes à l’intérieur. Il s’agit de prendre le rythme, et sur ce point, l’écriture sans fioritures de Martin Suter va comme un gant à la mentalité helvète . Pourtant, de nombreux suicides accompagnent l’enquête de Jonas…Etrange ? Pas particulièrement si l’on y réfléchit bien car finalement, comme le dit dans le roman un immigré Tamoul suite à un  incident voyageur survenu lors d’un voyage en train : « une vie aussi bonne que celle des Suisses est difficilement supportable ».

     

  • SOUS LE BOIS D'UNE STATUE

    voyage, octavio, miguel, bonnefoy, rivages, LE VOYAGE D'OCTAVIO de Miguel Bonnefoy

    Ed. Rivages 15€

     

    « On ne va jamais si loin que lorsque l’on ne sait pas où l’on va ». Christophe Colomb découvrant le nouveau monde.

    Analphabète, étranger à son propre pays, Octavio n’est pas de ses "grands" hommes victorieux qui ont écrit l’histoire et continueront à l’écrire. Mais les grands voyages, eux, sont faits d’extraordinaires rencontres et peuvent par leur détours changer le cours d’un destin. 

    Le voyage d’Octavio, c’est la rencontre fantastique d’un petit homme des bidonvilles avec la « petite » histoire de son pays, « terre de grâce » sans ancêtres, où la peste et les croyances populaires ont depuis longtemps balayé toutes traces du passé.

    C’est les aventures rocambolesques, épiques et grandioses de Don Octavio et après cela, l’empreinte de son passage terrestre laissé dans nos esprits. Un souffle littéraire bien faisant qui nous murmure : l’histoire est ailleurs et son cœur bat toujours sous le bois d’une statue.

    Un premier roman pittoresque dans une langue brève et exaltée sonnant en nous comme une invitation au voyage.

     

     

     

     

  • La France vue d'en bas.

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    Rencontre avec Florence Aubenas,

    vendredi 5 décembre à 18h30 à la médiathèque de Romans.

    Précédée d'une séance de dédicaces à la librairie des Cordeliers à 17h (horaire sous réserve).a

    En France de Florence Aubenas

    éd. de L'Olivier 18€.

    En France.

    Tout ça se passe en France. Ces derniers mois.

    Dans ces coins où aucun journaliste ne va pour entendre ce qui s’y dit. Dans ces coins de hasard, à la périphérie des périphéries connues, dans les campagnes, dans les champs et les stations services, dans les centres commerciaux ou les cages d’escaliers, dans les usines occupées, les mairies abandonnées et les halls d’escaliers, sur le siège passager des camionnettes d’artisans, dans les bureaux fatigués des offices HLM, aux côtés des vendeurs de shit, des mères filles, des gamines roms, des jeunes voilées et des cathos énervées, poussant son crayon jusqu’à Hénin-Beaumont, elle est allée. Florence Aubenas est allée là-bas et elle a écouté, chaque semaine, comme on pose l’oreille sur le sol pour entendre souterrainement la terre bouger. Elle a l’oreille fine, très fine, et sous la surface, promis, ça bouge. Et ce qui pourrait en advenir est très inquiétant.

    pres-de-la-moitie-de-la-population-francaise-beneficie-de-la-caf.jpgQui regarde encore la France et qui écoute les français ? « On croit connaître ces endroits qu’on appelle « chez soi ». En réalité c’est dans ces paysage familiers que commence le mystère ». La France change, ils sont nombreux à le dire dans ces lignes, les gens du peuple. Et la France, comme elle change, ne leur laisse pas de place. Crise industrielle, appartenance de classe, de souffrance laborieuse et de fierté salariée, tout a explosé. Et il faudrait ne pas crier ?! Tout change. Avant un CDI à la chaîne chez Peugeot, c’était de l’esclavage. Cet esclavage désormais, il fait rêver. Avant, enceinte à 14 ans, c’était la honte. Désormais, « on compte pour quelque chose quand on a un enfant ». Avant, coucher pour de l’argent, c’était quand même mal vu… A présent «  celles qui couchent pour rien se dévalorisent elles-mêmes ». Avant, encore, les factures de loyer et d’électricité étaient sacrées. Le poste numéro 1 désormais dans l’échelle des paiements, c’est le portable et internet. « Sinon t’es mort ». Une bascule des valeurs se fait. La colère libère les langues et défie justement ceux-là même qui avaient établi ces valeurs. Ceux d’en haut, on les met au défi. Le vote FN contre les arabes et l’Europe. Trop de lois, des normes, d’autorités administratives ou professorales, trop d’homosexualité dans les programmes scolaires (enfin, c’est ce qu’on a entendu dire), trop de taxes, trop de tout ce qui écrase et vient d’en haut !

    Ah ! Si seulement tout pouvait être aussi chouette que sur la plage de piémanson, aubenas, florence, france, olivierPiémanson, ce bout du bout de Camargue à 40 bornes d’Arles. Là aussi elle y est allée, Florence Aubenas. Sur cette incongruité de sable de 10km de long, joyeuse et indomptée où le camping sauvage est toléré ! Toléré, «  pas autorisé, pas interdit, mais possible. C’est ce mot là qui définit l’endroit aujourd’hui. » Un bout de France comme un morceau de Far West pour dire quand même un petit peu Merde ! à l’Etat et à ses règles. Mais il se murmure que même ça, même cette dernière dune de liberté, ils vont nous l’enlever…

    florence, aubenas, france, olivierEn France est un livre saisissant fait d’esquisses, plutôt que de portraits, de françaises et de français rencontrés par la journaliste du Monde au hasard de ses reportages dans l’hexagone de 2012 à 2014. De colères en désarrois, il redessine le visage d’un pays qu’on démaquille, laissant apparaître ici et là d’inquiétantes taches brunâtres. La plume de Florence Aubenas est douce, souvent amusée, toujours humaine, profondément humaine, avec des bonheurs d’écriture terriblement réjouissants.  Reste ce visage à présent complètement démaquillé. Quatre ans après Les quais de Ouistreham, on peut dire qu’il  mal vieilli.

  • Rencontre autour du Liban

    Rencontre exceptionnelle avec l'écrivain libanais

    Jabbour Douaihy

    à l'occasion de la sortie de du roman

    Saint-Georges regardait ailleurs

    paru dans la collection Sindbad des éditions Actes Sud.

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    jeudi 3 octobre 2013

    à 18h30

    Médiathèque Simone de Beauvoir à Romans

    (entrée libre)

    Saint-Georges regardait ailleurs raconte l’itinéraire d'un enfant libanais des années 50 balancé entre deux cultures. D'un côté celle de ses parents, une famille musulmane de Tripoli dont le père a trop souvent maille à partir avec la police, de l'autre celle d'un riche couple de chrétiens en mal d'enfant qui va très vite devenir, par la force des choses, sa véritable famille.

    L'enfant de deux cultures va grandir sans se soucier de cette identité double, un peu floue, tellement symbolique de toute l'Histoire du Liban. Le problème étant que pour beaucoup de monde autour de lui - la guerre civile approchant - cette identité indécise vécue avec tellement de légèreté deviendra vite inacceptable !

    Portrait d'un jeune homme insouciant, généreux, navigant entre deux mères, entre deux femmes, entre deux religions, et qui aimerait ne pas avoir à choisir, Saint Georges regardait ailleurs est un texte  qui bouleverse le lecteur par une grande économie de moyens. Tout sonne juste ici. La moindre ligne. Tout raconte le mélange d'amour et de peur, de fatalité et d'espoir, jusqu'à ce sentiment de sensualité, envers et contre tout, qui ne résistera malheureusement pas à la folie des hommes !

  • LES LIVRES DE JEROME FERRARI 2/5

    Balco Atlantico de Jérôme Ferrari

    Ed. Actes Sud 18.30€ / Babel 7€

    ferrari, jérôme, balco, atlantico, actes, sudEn Corse, les morts prennent trop de place, et leur mémoire encombre celle des vivants. « Les morts ne nous bénissent pas. Ils nous en veulent d’être encore vivants. Ils nous jalousent et nous détestent. Et s’ils s’abstiennent de nous faire du mal, c’est parce qu’ils ont désespérément besoin de notre mémoire, ce labyrinthe imparfait, pour y survivre encore un peu […] » Aussi la place qui reste dévolue aux vivants, à leurs rêves et leurs espoirs, se révèle donc très vite restreinte, et les voilà bientôt rejouant de façon presque mécanique, faute de mieux, les rôles maléfiques tenus jadis (et semble-t-il depuis toujours) par leurs ancêtres.

    Balco Atlantico commence comme il finit. Avec la mort d’un homme. Le même homme. Stéphane Campana, jeune nationaliste en pleine ascension, qui rêvait d’un destin pareil à celui de ces types au glorieux parcours meurtrier, et dont il exhumait l’histoire dans une obscure brochure intitulée Notre mémoire, afin d’en faire de véritables hagiographies au service de la cause. Ce destin il l’aura : deux balles dans la peau. Tout le travail de Jérôme Ferrari étant alors de montrer comment la violence, l’histoire, la peur de l’autre, de l’étranger qui menace une identité insulaire fantasmée et la frustration d’une jeunesse sans avenir, entraînent presque malgré eux des hommes dans une spirale stupidement criminelle. Il faudra quatre cadavres dans ce roman fascinant pour mener le lecteur à celui de Campana. Quatre meurtres de plus sur une île où l’on enterre surtout des rêves.

    A propos de rêves, voici Balco Atlantico. Une promenade, un belvédère, face à l’océan. balco, atlantico, babel, ferrari, jérôme, corseNous sommes au Maroc, et Khaled et sa sœur Hayet, s’apprêtent à quitter leur terre natale où rien de bon ne pourrait leur arriver. La vie qui leur est promise à l’un et l’autre est, à peu de chose près, celle de leurs parents. Et Khaled estime que sa sœur mérite mieux que cela. Laquelle n’imagine pas de vivre loin de lui. Alors ce sera la Corse.Pourlui un peu d’herbe à revendre pour arrondir les fins de mois, mais aussi un petit resto où faire la plonge. Pour elle, ce sera serveuse dans un bar, celui de Marie-Angèle Susini que les lecteurs retrouveront dans Le sermon sur la chute de Rome.

    Avec ce deuxième roman paru chez Actes Sud dans un anonymat aussi scandaleusement sidérant que le premier, Jérôme Ferrari aborde avec beaucoup d’intelligence et de tendresse cette âme corse pour mieux en démonter, pièce après pièce, l’armure d’apparat dont elle use afin de se croire encore vivante et fière. Mais il y a, en vérité, beaucoup de stupidité dans tout cela, beaucoup de virilité mal placée. Il y a aussi beaucoup de tristesse, d’ennui et de mythologie. Cela pourrait être folklorique et sympathique si, encore aujourd’hui, des hommes ne mouraient pas, là-bas plus qu’ailleurs, assassinés en pleine rue. Seulement voilà, on ne peut rien contre l’hybris, cette tentation orgueilleuse à la démesure qui pousse les hommes à se prendre pour Dieu, et à s’octroyer droit de vie ou de mort sur leurs semblables.

  • La rencontre avec Valjarevic, c'était comment ?

    valjarevic, CômeSi vous avez raté la rencontre avec l'écrivain serbe Srdjan Valjarevic et son traducteur Aleksandar Grujicic, allez sur le passionnant site d'une lectrice attentive présente parmi la trentaine de lecteurs venue l'écouter nous parler de Côme. Cliquez ICI !

    Et surtout lisez, lisez, lisez Côme !