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07/05/2016

Une histoire de bd et de gingembre !

Certains disent que le gingembre aurait des vertus aphrodisiaques... Faux ! Ce qui a des vertus aphrodisiaques, c'est cette sélection de bandes dessinées concoctée  par les soins de la librairie des Cordeliers mesdames et messieurs ! Au programme, du franco-belge, du comics, du manga, du roman graphique pour les puristes et beaucoup d'éclectisme avec un cheveux sur la langue bien-sûr !

 

carnet.jpgCarnet de santé foireuse

de POZLA

éd. Delcourt 34.95€

 Comment faire d'une maladie de merde une BD qui vous prend aux tripes tout en déclenchant des fou rire incontrôlables et une furieuse envie de se battre ? Pozla a la réponse dans ce Carnet de santé foireuse qui fait un bien monstrueux là où ça fait mal !

 

 

sex.jpgSex Story

de PHILIPPE BRENOT ET LAETITIA CORYN

 éd. les arènes BD 24.90€

 On a envie d'en faire une « sucsexstory », tant l'idée est géniale et sa réalisation une réussite ! Adieu les inhibitions, bonjour les révélations ! On entre dans cette histoire de la sexualité comme dans « Il était une fois la vie », souvenir oblige ! Mais au-delà de son style « bon enfant », Sex Story explore, défriche et démystifie, dans un mélange de rigueur historique et de narration ludique cette dimension essentielle de l'intimité des humains qu'est la sexualité ! Évolution des mœurs, pudeur, érotisme, amour, désir, fruit défendu, sexualité des dieux, éveil des sens, devoir conjugal ou encore comportements sexuels méconnus de personnages pourtant incontournables : tout y passe, sans tabou, vous saurez tout, absolument tout sur sexe !

 

brésil.jpgDétails d'une vie brésilienne

de FABIO MOON GABRIEL BA

éd. Urban comics 15€

Des vies croqués, des souvenirs, des rêves parfois éveillés, des histoires courtes d'amour, d'amitiés et de deuil, les détails d'une vie brésilienne qui font des frères Fabio Moon et Gabriel Ba les tenants d'une œuvre existentielle forte, pleine de grâce et de splendeur ! Une merveille qui préfigure le grand chef-d’œuvre Daytripper !

 

 

iran.jpgLove story à l'iranienne

de JANE DEUXARD DELOUPY

 éd. Delcourt (collection Mirages) 17€95

 On pourrait se croire dans une tragédie shakespearienne mais c'est une Love story à l'iranienne et l'on constate avec hébétude que l'amour est un combat de tous les jours quand on vit en Iran... Voici un recueil de témoignages qui ne manque pas de courage, sur une jeunesse qui a fini de se révolter et tente aujourd'hui de s'aimer, tant bien que mal, quitte à le faire dans la clandestinité... Un peu naïvement, on voudrait que cette bd soit une ode à la liberté et l'amour mais le sentiment qu'elle laisse à la fin est celui d'une incompréhension totale et d'une grande colère envers un régime bouffeur de joie et d'humanité !

 

coeur fukushima.jpgAu cœur de Fukushima vol. 1

de KAZUTO TATSUTA

éd. Kana (collection Made in) 9.90€

 Ni un manifeste de repentir, ni un livre en colère, Au cœur de Fukushima est un journal indispensable et un témoignage unique, ô combien humain, d'un travailleur de l'ombre. Les ouvriers du nucléaire sont loin d'être considérés comme des héros au Japon mais l'ampleur de la reconstruction fait d'eux des hommes humbles et courageux ! Distant de tout catastrophisme, Kazuto Tatsuya raconte son incroyable expérience après avoir travailler 6 mois à Fukushima Daiichi et atteint la dose limite annuelle de radiations.

 

underwater.jpgUnderwater le village immergé vol. 1

de YUKI URUSHIBARA

éd. Ki-oon (collection latitudes) 15€

 A lire les pieds dans l'eau, sous un arbre ou allongé dans l'herbe en se laissant distraire par la forme des nuages et le bruit du vent ! Underwater répond à ce besoin d'évasion. La plume légère et aérienne, Yuki Urushibara, dépeint un monde entre rêve et réalité, à mi chemin entre Le Voyage de Chihiro et Quartier Lontain !

 

 

 

Allan

28/04/2016

L'amoralité de l'histoire, c'est qu'il n'y a pas de morale !

pottsville 1280 habitants,jim thompson,rivages noir,roman noir,shérif,nick coreyPottsville, 1280 habitants

de Jim Thompson

éd. Rivages/noir 8€

 

Il y a de ces romans noirs qui vous retournent la cafetière, j'vous le dis, qui vous agrippent par le col, vous accrochent à la lanterne, vous laissent là toute une nuit et vous jettent dans la boue le matin venu, rossé, glacé et ahuri, comme un cochon préparé à l'abattoir ! Pottsville, 1280 habitants de Jim Thompson est de ces romans là - le plus célèbre du genre.

 

C'est que sous ses airs de débonnaire et de simple d'esprit, le Shérif Nick Corey nous la fait bien à l'envers ! Erreur sur la personne. Monumentale erreur ! Formidable ordure, manipulateur, vicieux, mégalo, abominable et malsain personnage ! Voilà des épithètes appropriées ! Jim Thompson a, comme il convient de le nommer, le "chic" pour vous camper l'antihéros par excellence ! Le chic pour cacher le ver dans le fruit et vous faire goûter de cette pomme bien rouge et bien juteuse qu'on aurait avalé jusqu'au trognon s'il n'y avait pas eu le pire des parasites pour gâter le tout ! Plongé dans la conscience douteuse de Nick, qui aurait pu voir venir l'infâme, le fourbe et le cruel ? La langue des serpents est sournoise et celle du shérif du comté de Potts, particulièrement insidieuse.

 

Si Nick Corey a un plan, ce plan ne peut souffrir aucuns obstacles. Il s'agirait de faire le ménage... Mais proprement, ça, ça reste à voir !

 

 Allan

16/04/2016

Des nouvelles de la Grèce.

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Ça va aller, tu vas voir

de Christos Ikonomou

trad. du Grec par Michel Volkowitch

éd. Quidam 20€

Ils sont chômeurs fraîchement élus, travailleurs précaires, fabricants de glace, retraités sans le sou, femme de ménage à l’hôpital… Ils sont grecs. Leur pays est en crise et tandis que certains, que l’on ne voit jamais entre ces pages, s’en sortent plutôt bien, eux surnagent en se demandant pendant encore combien de temps ils vont pouvoir garder la tête hors de l’eau.

Garder la tête hors de l’eau, c’est vraiment ça l’image, car les personnages de ce recueil de nouvelles sont comme les naufragés d’un pays qui sombre lentement mais sûrement et à qui l’on dit qu’il n’y a plus de place dans les canots de sauvetage. On y pense forcément quand on fait la queue avec ce type qui attend son salaire depuis deux mois « et quand ça va être ton tour, on te dit que c’est fini, qu’il n’y a plus d’argent, revenez la semaine prochaine ». Quand les temps sont durs, garder la tête hors de l’eau, c’est déjà pas mal. En lisant ce recueil, on pense forcément au recueil de nouvelles d’Olivier Adam qui avait écrit Passer l’hiver en 2004. « Passer l’hiver », « garder la tête hors de l’eau », voici deux écrivains frères, des écrivains des petites victoires de la dignité.

Publié en Grèce en 2010. Ça va aller, tu vas voir est l’œuvre d’un ikonomou, chrystos, quidam, grèceauteur-caisse de résonance qui perçoit le pouls de son pays et sait trouver les mots pour dire ce qui ne va pas quand les citoyens eux-mêmes restent sans voix. Ainsi cet homme à la Sempé qui n’en peut plus et qui un jour prend une pancarte sur laquelle rien n’est écrit et s’en va exhiber « le vide incroyable » qui l’habite. Une colère sans mot. Au-delà des mots ? Il y a dans ce livre des gens qui veulent gueuler mais n’y arrivent pas ! Ils aimeraient s’en prendre à quelqu’un mais ils ne savent pas à qui. Les riches, les puissants, les politiques, on ne les croise pas dans la vie des personnages de Chistos Ikonomou. Ils sont inatteignables et dès qu’on les approche d’un peu trop, la police et là justice sont là pour vous humilier et vous envoyer pour un petit séjour derrière les barreaux. Alors, on se méfie entre pauvres, entre dépossédés, entre mendiants d’allocations. La nouvelle qui ouvre le livre, à cet égard, est bouleversante. Une femme lave sa salade et repense à l’homme avec lequel elle vivait depuis quelques mois, elle travaillant, mettant patiemment chaque jour dans un petit cochon rose quelques pièces arrachées au quotidien, tandis que lui l’incitait chaque soir à « nourrir » la bête…Eh, bien cet amant est parti sans dire un mot le jour même avec le petit cochon rose et les quoi ? 800 ? 900 euros ? qu’il contenait… Alors elle pense « Si nous les pauvres faisons des choses pareilles à des pauvres, qu’est-ce que les riches doivent nous faire ? ».

Les temps sont durs mais Ikonomou ne cède que très rarement au désespoir. Ses personnages sont saisis dans une mauvaises passe au cœur d’un pays lui-même dans une très mauvaise passe, mais lorsqu’on les quitte, on sent qu’il leur reste encore suffisamment de dignité pour se battre. Le titre du recueil est évocateur de ce point de vue là.

Comme à la fin d’une lecture d’un recueil de Raymond Carver, il nous reste plein d’images d’un livre pareil : une femme qui lave une salade, obstinément, un homme qui s’en veut du décès de sa femme à l’hôpital parce qu’il n’était pas là pour garantir les frais, des retraités passant la nuit à s’engueuler en attendant des bureaux de la Sécu, une bite d’amarrage qui sourit puis qui pleure, un couple exproprié qui s’apprête à partir en Bulgarie, un clébard enragé qui va tout faire foiré, un garçon qui parle aux chats et veille sur le quartier, un père qui erre à la recherche d’une idée pour glaner quelques pièces et acheter à son garçon resté chez lui un œuf Kinder pour Pâques… Plein d’images.

Ça se passe en Grèce, mais cela se passe un peu partout ailleurs en Europe en ce moment et en cela, Ikonomou touche juste. Vous allez être secoués par cette lecture, mais peut-être en sortirez vous aussi avec un sentiment de fraternité renforcé et une envie de combattre décuplée. Voici un livre indispensable qui, comme le dit l’auteur lui-même, « montre le combat de l’homme pour ne pas perdre son humanité dans un monde qui devient sans cesse de moins en moins humain ».

 

François

09/04/2016

La noblesse de l'échec

fausse piste,james crumley,gallmeister,chabouté,roman noir,polar,école du montana,le dernier baiserFausse piste

James Crumley

Traduit de l'américain par Jacques Mailhos

Illustré par Chabouté

Ed. Gallmeister 23,50€

 

Fausse piste. Nada. Walou. Circulez, y a rien à voir. Ou reconsidérez tout ce qui se situe en dessous de vous, de moins que rien, ivrognes, marginaux, hippies, indiens d'Amériques, tout ce qui eut un jour un nom et plus de dignité, et vous aurez une idée assez précise de ce que l'on voit dans les yeux d'un détective pour qui l'art de s'abimer dans un verre de whisky supplante tous les autres et vous apprend au passage, quelques trucs à propos de l'humanité.

 

Ainsi James Crumley créa le personnage de Milton Milodragovitch dit le détective Milo et dès son premier polar posa les solides jalons d'un nouveau genre de noir. Qui a lu, initié ou non, Le (cultissime) dernier baiser, premier roman de sa deuxième série, comprendra l'importance des personnages de Milo et du détective Sughrue dans l'univers de Crumley. Force est d'admettre que dans ces deux anti-héros excessifs et quasi pathologiques, la figure du privé en a pris un coup, le mythe aussi, là où le roman noir en est sorti indemne, grandi et sacrément transfiguré !

 

Il ne fera pas de doute que niché au beau milieu des montagnes du Montana, James Crumley a trouvé une voie, certainement la meilleur, la plus tordue, la plus lyrique, la plus drôle et la plus humaine des voix pour incarner ces personnages, hommes et femmes qui ont compris assez tôt "que même la plus simple des vies était encore trop compliquée".

 

Frère de tous les ivrognes et visages cabossés d'une petite ville sans éclats, Milo est le dépositaire d'un monde où toutes les solitudes se rencontrent. Passage obligé au bar le Mahoney, où aujourd'hui est toujours hier. Une main chasse les vieux démons quand l'autre est encore solidement cramponnée à son verre. Guerre de Corée, mariages ratés, femmes dangereuses, drogues dures, armes à feu et nuits sans sommeil, toute ces choses censées représenter un danger pour soi ou pour autrui. Milo les balaye comme les mégots de la veille et noie absolument tout dans un verre d'alcool purificateur.

 

Quand une jeune et très belle femme pousse la porte de son bureau, Milo n'a pas encore 40 piges qu'il estime ses seuls avoirs, la tristesse et la vieillesse, comme ses plus grands biens. Ayant, comme la plupart des gens qui boivent, passé une grande partie de sa vie à examiner son avenir lamentable, cela a cessé de l'amuser. L'apparition de cette femme signe enfin sa reprise de service.

 

Pour qui voit de la noblesse dans l'échec, ce roman noir vous est dédié.

 

Postscriptum : superbe réédition de Gallmeister, superbement illustrée par Chabouté, bénéficiant d'une superbe nouvelle traduction de Jacques Mailhos. Beaucoup de "superbe" pour une voix incontournable du roman noir américain et de l'école du Montana.

 

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Allan

31/03/2016

Le Prix des Cordeliers 2016 est... un caillou !

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Le caillou

de Sigolène Vinson

éd. Le tripode 17€

Soizic, lectrice combative qui a mis en piste et défendu jusqu'au bout Le Cailloux de Sigolène Vinson, déclare encore toute émue de voir son choix récompensé :

"Sous la couverture magnifique d’Estelle Ribeyre, qui attire l’œil, ce caillou est en fait une pierre précieuse. Pas de celles qui étincellent mais de celles qui, de par leur beauté singulière nous rendent plus riches quand on les a en main.
Le caillou, c’est son héroïne, une femme qui veut se faire minérale pour atteindre le comble de l’immobilité et de l’oubli.
Sigolène Vinson décrit « les choses à peu près » avec une poésie teintée de rudesse. On passe d’un appartement parisien avec un voisin qui frappe à la porte, mort dans sa housse, à la Corse, ses odeurs, sa chaleur et ses morts par balles qui ponctuent les rares conversations des vivants autour de nombreux verres.
Le caillou, c’est celui qu’elle a dans la chaussure et qu’elle n’enlève pas. Celui, plus colossal que son voisin s’est acharné à sculpter lors de ses séjours sur l’île. Celui qui est au milieu de sa chambre d’hôte chez Felix, et sur lequel un oiseau vient nicher. Mais c’est surtout celui qu’elle aspire à devenir.
C’est au final un roman au ton parfois naïf, souvent poétique et rude qui raconte une histoire presque absurde mais pas tant que ça…sur la vieillesse, la solitude, l’attention que l’on porte discrètement aux autres et qui peut changer une vie."

30/03/2016

Un grand français d'Amérique !

Sur les ailes du monde, Audubon

audubon, ailes, monde, dargaud, bande, dessinée, grolleau, royerFabien Grolleau et Jérémie Royer

Ed. Dargaud    21€

Audubon. Jean-Jacques Audubon, vous connaissez ? Moi non. En tous cas je n’en avais jamais entendu parlé avant cette bd formidable, pleine de grands espaces et d’oiseaux de toutes plumes. Audubon est plus connu aux Etats-Unis qu’en France en fait. Là-bas, il existe même une association à son nom regroupant 600000 membres ! La National Audubon Society, la plus grande ligue de protection de la nature. Car bien qu’ayant massacré des milliers d’oiseaux sa vie durant afin d’en faire un inventaire exhaustif, cet ornithologue né près de Nantes en 1785, et qui n’aura de cesse sa vie durant de dessiner tous les volatiles du nouveau continent qu’il découvre en 1803, restera comme l’un des pères fondateurs de l’écologie américaine. En effet, ce chasseur amoureux de la nature, sera parmi les premiers à pressentir dans ses écrits les ravages à venir liés au développement d’une société industrielle et commerçante basée sur le modèle européen. Il écrira en 1833 « La nature elle-même disparaît et la cupidité de l'homme éliminera bientôt du Labrador non seulement l'homme mais tout être vivant ».

Inspirés par la vie de cet aventurier prêt à tout pour obtenir le « portrait » d’un audubon, ailes, monde, dargaud, bande, dessinée, grolleau, royeroiseau non encore répertorié, tout en veillant à ne pas prendre au pied de la lettre le menu des aventures telles que racontées dans son journal, Fabien Grolleau et Jérémie Royer rendent une biographie d’Audubon particulièrement vivante et colorée. A ses côtés sur le Mississipi, dans les forêts du Kentucky ou celles de la Nouvelle-Orléans, nous redécouvrons, à travers son regard émerveillé en permanence pointé vers les ciels magnifiques traversés d’espèces volantes plus bigarrées les unes que les autres, l’existence d’un pays à l’aube réveillé à chaque pages de coups de fusils annonçant l’arrivée de temps nouveaux.

Le trait du dessinateur n’est pas dénué d’humour, l’histoire est passionnante… voici vraiment une bande dessinée à mettre entre toutes les mains ! Un grand bonheur de lecture !

 "Audubon aurait été partout ailleurs un grand philosophe, un grand orateur, un grand poète, un grand homme d'Etat, un Jean-Jacques Rousseau, un Montesquieu, un Chateaubriand. Là il n'a pu être qu'un naturaliste, un peintre et un descripteur d'oiseaux d'Amérique, un Buffon des Etats du Nord, mais un Buffon de génie, passant sa vie dans les forêts vierges (...) et écrivant avec l'enthousiasme de la solitude quelques pages de la grande épopée animale de la création".
(Lamartine, Cours familier de littérature, Paris, 1865)

 

François