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Librairie Les Cordeliers - Page 7

  • Le travail c'est la santé, tuer le travail c'est la préserver...

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    Travailler tue ! de Yvan Robin

    éd. Lajouanie 18€

    EN GUISE DE MISE EN GARDE

    Ouvrez le placard sous votre évier. Déposez sur la table de la cuisine votre lot de produits détergents. Observez minutieusement les pictogrammes derrière chacun. Ne gardez que le plus corrosif. Ouvrez la première page de ce roman et appréciez en substance la différence entre la soude et les effets de Travailler tue ! sur les voies biliaires du lecteur que vous êtes. Dégustez.

    CA, C'ETAIT AVANT...

    Hubert Garden est un homme respectable, cadre subalterne dans une société de travaux publics respectable, chargé de veiller au bon suivi des procédures de sécurité avec l'engouement et le respect des fonctions qui incombent à un homme de son rang. D'aucun aurait dit qu'il était taillé pour ce job. D'autres qu'il y avait quelque chose de louche dans la manière qu'il avait de mordre ses lèvres comme dans une peau de boudin. La vérité, c'est qu'Hubert avait accepté son poste à contrecœur, que sa hiérarchie l'avait mis là pour le disqualifier et qu'un malheureux concours de circonstances allait précipiter ce brave type expert en accidentologie dans la plus diabolique et la plus vengeresse des vendettas...

    ...AVANT LA TRAGEDIE

    Travailler tue ! Voilà le sceau de la fatalité ! Implacable, inique et bien au-delà de l'endurance humaine. Hubert est un homme manipulé et impuissant. Fatigué d'être le larbin d'une boîte ingrate. Fatigué de voir se succéder les accidents sans y pouvoir grand chose. Fatigué de devoir décrocher des crédits. Epuisé de faire un enfant à sa femme qui, faute de le voir rentrer tous les soirs à la maison, suspecte une relation torride avec la contrôleuse de gestion de son entreprise. Faire les courses. Passer à la caisse. Trouver une putain de place de stationnement. Etc, etc. Dans une guerre sans fin contre les contingences. Abattu mais pas en reste. Hubert a rendez-vous avec son destin. Et son destin, s'il est de sombrer un jour dans les tréfonds de l'âme humaine, sera de vaincre le mal qui le ronge en s'attaquant à la racine, quitte à sacrifier quelques innocents sur l'autel de la rédemption : comme investi d'une mission dictée d'en haut ! 

    Moralité de l'histoire. Pas de moralité mais le plaisir coupable d'avoir aimer tuer le travail dans un roman si ce n'est complètement cathartique, absolument jubilatoire ! Noir, mordant et sans bavures ! C'est arrivé près de chez vous mais du côté de Neuville. Un chef d'œuvre de roman pas policier mais presque...

  • Le vrai du faux

    vigan,delphine,lattès,histoire,vraie,après,oppose,nuit,rien,kingD’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

    éd. Lattès 20€ 

    Elle nous avait laissé bouleversés voici quatre ans à la fin de la lecture de Rien ne s’oppose à la nuit. Quatre années de silence et ce souvenir d’une mère bipolaire ayant mis fin à ses jours que l’on ne pouvait plus détacher de nos mémoires. Delphine de Vigan venait de signer un chef d’œuvre d’autofiction, un livre écrit à bonne distance d’une émotion qui aurait pu tout emporter, l’écrivain et son écriture avec.

    Là revoilà avec D’après une histoire vraie, qui semble commencer là où s’était terminé le précédent. La narratrice de ce nouveau roman s’appelle Delphine. Elle est la compagne de François, célèbre présentateur d’une émission de télévison consacrée à la littérature… On l’a découvre dès les premières pages épuisée par le nombre de sollicitations auxquelles elle a dû répondre suite au succès du livre qu’elle a fait paraître, livre dans lequel, elle racontait par le menu la chute dans les affres de la folie de celle qui fut sa mère. Une histoire familiale dans laquelle elle s’est beaucoup exposée, un livre qui la mise en danger et lui a valu de jolies rancunes. On connaît cette histoire là. Delphine de Vigan nous parle d’elle. On est en confiance. Le personnage de L. peut entrer en scène…

    L., c’est une lectrice rencontrée par hasard lors d’une soirée parisienne à laquelle Delphine n’avait pas vraiment prévu d’aller. Plus qu’une lectrice, L. se révèle être une véritable admiratrice. De discussions en discussions, Delphine comprend avec joie qu’elle se découvre une nouvelle amie. Quelqu’un avec qui rire et bavarder, de tout et de rien, quelqu’un de bienveillant qui s’intéresse à son travail et se propose même de l’aider à retrouver le chemin de l’écriture après de longs mois passés à tourner à travers toute la France, de librairies en médiathèques, de fêtes du livre en lycées.

    Petit à petit toutefois, quelque chose d’inquiétant transparaît de la personne de  L. Une personnalité ambiguë, qui cache une névrose profonde, capable d’accès de colère dévastateurs. Une façon aussi d’être gentiment oppressante, de s’ingérer dans les affaires de Delphine, qu’il s’agisse de ses relations personnelles ou de son travail. Car L. a une idée bien précise de ce que doit être la suite du livre avec lequel l’écrivaine s’est imposée auprès du grand public - ce livre éminemment personnel et douloureux – et elle entend bien pousser Delphine à l’écrire. De gré ou de force…

    Delphine de Vigan nous bluffe avec ce nouveau roman. Impossible de lâcher ce thriller psychologique qui bascule dans le monde de la manipulation et de l’aliénation consentie placé sous le haut patronage de Stephen King ! Avec un art du suspens qu’on ne lui connaissait pas, l’auteur de No et moi, de Jours sans faim et Des heures souterraines se permet même, tout au long du récit, de nous faire part au détour de discussions passionnantes entre les deux femmes de ses interrogations concernant la question du vrai et du faux en littérature… C’est virtuose !

    D’après une histoire vraie signe le grand retour de Delphine de Vigan à la fiction et, pour notre plus grand bonheur, nous ressentons le plaisir ludique qu’elle a eu à retrouver ce chemin là ! Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux dans cette histoire ? C’est à chacun d’y répondre. Ne comptez surtout pas sur elle pour vous répondre mais jetez-vous sur ce livre et ne boudez surtout pas votre plaisir !

    rencontre exceptionnelle avec Delphine de Vigan à Romans mercredi 18 novembre

    dédicace à la librairie des Cordeliers de 17h à 18h

    rencontre à la médiathèque dès 18h30

    vigan

     

  • A l’arrière du camion-benne, le rire et l’odeur…

    trashed,derf,backderf,poubelles,ordures,bande,dessinéeTrashed de Derf Backderf

    éd. Ça et là (trad anglais U.S. par Philippe Toboul)

    22€ 

    Ce n’est pas exactement le job « avec air conditionné » qu’il aurait souhaité, mais Derf avait promis à sa mère de se trouver un boulot s’il arrêtait ses études. Une petite annonce dans le journal local pour un emploi municipal non défini, un coup de fil : « OK, vous commencez demain » et c’est parti pour une année et 230 pages en plein air, à l’arrière du camion…

    Poubelle le camion. Eh, eh ! Bienvenu dans l’envers du décor d’une ville qu’il croyait connaître, Akron (Ohio), 200000 âmes. Derf redécouvre son patelin à travers les ordures que rejettent ses habitants et je vous promets qu’il y’en aura pour tous les goûts. C’est l’intimité de toute une cité qu’il nous donne à voir à travers les vapeurs de gazoil que dégage l’engin, celle que l’on ne montre jamais et celle que nous-mêmes préférons ne pas voir. Je vous jure qu’une fois tournée la dernière page de Trashed vous ne sortirez plus vos poubelles sans avoir une pensée pour les types qui se chargeront de les jeter dans le camion-benne. Et vous penserez aussi à ce qu’ils diront de vous car bien sûr, à l’intérieur de chaque sac (même percé et dégageant un contenu non identifiable) il y a une histoire à vous faire hurler de rire. Quel bonheur de retrouver ce dessinateur qui nous avait ému avec le terrifiant Mon ami Dahmer (2012) et réjouit aux larmes avec l’hilarant Punk rock et mobile homes (2013).  Trashed c’est un instant de l’histoire sans fin de notre société de consommation qui rejette tant qu’elle peut sans trop se poser de questions, et finira un jour par crouler sous son propre excès si rien d’autre ne l’achève avant.

    Franchement, heureusement que les BD ne transmettent pas les effluves parce que sinon ma bibliothèque (et celle de tous les gens que j’aime) allait puer. Car cette BD, croyez-moi, je n’ai pas fini de l’offrir !

     

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  • L'auteur le plus vendu à la librairie des Cordeliers sort un nouveau livre et vient nous voir !

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    Ils savent tout de vous de Iain Levison.

    trad. de l'anglais (US) par Fanchita Gonzalez Batlle.

    éd. Liana Levi 18€

    Existe-t-il encore un endroit sur terre où se tenir hors de portée d’un mouchard électronique ? Réponse pessimiste de l'écrivain américain d'origine écossaise Iain Levison dans ce nouveau roman époustouflant. Après Un petit boulot et Arrêtez-moi là voici un nouveau bijou de l'auteur le PLUS VENDU A LA LIBRAIRIE DES CORDELIERS ! 

    Notez dors et déjà que Iain Levison sera notre invité le mardi 3 novembre. Dédicaces dès 18h. Rencontre à partir de 19h à la librairie.

     Denny, est promis à la chaise électrique, mais, pour les besoins d’une enquête, il est autorisé à sortir quelques jours sous étroite surveillance. Snowe, lui, est un flic du Michigan qui tente de faire correctement son boulot entre deux cambriolages et l’arrestation de petits dealers. Ces deux types là ne vont pas tarder à faire connaissance car quelque chose d’étrange les relie : ils se découvrent capables malgré eux de télépathie permanente... Pour le dire autrement, sans même le vouloir, ils lisent dans vos pensées. Ils savent tout de vous ! Petits secrets, préférences sexuelles, opinions politiques, tout ! Ce qu’ils ignorent encore, en revanche, c’est le rôle des services secrets US dans cette affaire, car il semblerait que Denny et Snowe aient, à un moment de leur vie, servi de cobaye… Ce nouveau roman de Iain Levison, à l'humour plus noir que jamais, est un bijou de livre d’action sur le mode chasse à l’homme doublé d’une critique sévère de la surveillance généralisée à laquelle succombent nos sociétés occidentales.

     

     

    Interview de Iain Levison par le libraire à casquette à retrouver dans le magazine Page d'octobre.iain,levison

    D’où vous est venue l’idée étrange et à la limite du fantastique  de personnages qui deviennent, soudain, télépathes ?

    Dans Un petit boulot, je me demandais ce qu’il se  passerait si  les citoyens disposaient tout à coup du pouvoir que le gouvernement utilise contre eux. Dans ce livre j'emploie la même technique de base, mais dans un genre différent. Je passe d’une fiction réaliste à un thriller. Les deux livres ont en commun une profonde défiance vis-à-vis d'un système qui fonctionne manifestement en faveur des élites. Le sujet est rebattu, mais j'essaie toujours de me concentrer sur la façon dont les puissants cherchent à faire croire qu'ils œuvrent dans l'intérêt des citoyens. C'est la malhonnêteté inhérente qui me fascine, les mensonges et la propagande. Donc, que penserait un flic ordinaire dont le métier consiste à faire respecter le statu quo s'il avait soudain un aperçu de la structure réelle du monde, s'il avait ce pouvoir dont le gouvernement dispose en permanence ? C’est çala télépathie à l'ère moderne : la capacité   d'accéder aux secrets de chacun. De cette idée, j'ai voulu faire un bon thriller ...

    Pensez-vous que l’on ne se méfie pas assez des institutions censées organiser notre sécurité et notre bien-être ?

    Les gens sont parfaitement inconscients de la masse d'informations qu'ils fournissent délibérément. Tout ce que nous faisons désormais est surveillé, chaque transaction envoie des informations. Vous achetez des livres sur Kindle ou autre ? On peut savoir à quelle vitesse vous lisez et si vous avez terminé un livre ou non. L'année dernière  Hillary Clinton a publié 600 pages abominables d'autopromotion intitulées Le Temps des décisions, et les éditeurs ont déclaré que presque aucun acheteur ne le lisait réellement. Je me suis demandé comment ils le savaient. Apparemment, les lecteurs de livres électroniques envoient cette information chaque fois qu'ils tournent une page. C'est important ? Probablement pas. Mais l'idée qu'un ordinateur quelque part enregistre votre façon de lire me met mal à l'aise.

    La surveillance est-elle généralisée ?

    Vivre en Chine me l'a vraiment fait toucher du doigt. Les dirigeants chinois n'essaient pas de dissimuler ce qu'ils font. Ils veulent que vous sachiez que vous êtes surveillés, donc vous ne critiquez pas le gouvernement, vous ne protestez pas, vous vous tenez tranquilles et vous vaquez à vos occupations. Le modèle tout entier repose sur l'idée que s'ils vous menacent un certain nombre fois, s'ils coupent votre accès à Internet, vous apprendrez à vous autocensurer.

    En Occident, ça se passe différemment. L'Amérique aime se faire passer pour une démocratie, donc les dirigeants ne vous envoient pas la police pour avoir écrit des livres contre le gouvernement, ils ne vous privent pas d'Internet pour avoir consulté des sites qui ne leur plaisent pas. Mais ils peuvent surveiller tout ce que vous faites. Ils savent si vous avez des aventures extra-conjugales. Ils connaissent vos  obsessions sexuelles. Ils savent si vous avez des problèmes psychologiques, si vous êtes un joueur compulsif, si vous êtes drogué, ou si vous prévoyez de quitter votre emploi. Ce genre d'information peut servir à vous contrôler, ou à vous humilier en cas de besoin.

    De livre en livre, on voit l’état providence américain partir en lambeaux, replacé par un état policier aux ressources illimitées….

    Il y a toujours beaucoup d'argent ici. C'est un pays riche.  Quand George W. Bush a eu besoin d'envahir l'Irak, la question du financement ne s'est jamais posée. Il y a toujours de l'argent pour la guerre, pour les prisons et pour armer la police. Mais essayez seulement d'amener le gouvernement à fournir des soins médicaux aux pauvres ou à construire un hôpital, et vous entendrez dire  tout à coup que les caisses sont vides.
    C'est une question de volonté et de perception. Aucun riche ne pense
    tirer le moindre bénéfice d’une couverture maladie pour les plus démunis. L'ironie c'est qu'en fait ils en bénéficieraient. Quand les pauvres sont en bonne santé et mieux nourris, ils protestent moins, consomment plus et coexistent pacifiquement. L'autre ironie est que s'occuper des pauvres et des classes laborieuses est très bon marché comparé au coût d’une guerre. Un avion de combat F-35 coûte 100 millions de dollars. Avec ça vous pouvez construire un hôpital de luxe et payer son personnel pendant un an…

    On vous sent de plus en plus sombre…

    Quand on voit que la planète tout entière court à la catastrophe environnementale, que tous les dirigeants du monde ne se soucient que d'économie, et dece que gagnent les riches, ça suffit pour s'arracher les cheveux. Tout bien considéré, je me trouve plutôt optimiste.
    Quand j'ai commencé à écrire, je ne parlais que des dommages collatéraux de l'avidité et de l’égoïsme qui détruisent
    notre pays, ce qui est le thème commun à tous mes livres. Mais je pense que je m'attendais à ce que les avides reculent si cette même avidité se mettait à détruire l'environnement et semblait prête à provoquer l'épuisement général de notre énergie et de nos ressources alimentaires. Il s'avère que c'était d'un optimisme enfantin. Ils sont apparemment prêts à nous tuer tous rien que pour avoir une chance gagner de l'argent jusqu'à leur mort. Donc, compte tenu de cette nouvelle prise de conscience, et du fait que mes livres conservent au moins un peu d'humour, je pense que je m'en sors plutôt bien. Je ne suis pas résigné, loin de là.  Plus furieux, peut-être, mais d'habitude ça permet d'écrire mieux.

     

     

  • Dire que le linge n'avait même pas eu le temps de sécher

    les-nuits-de-laitue.jpg

    Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara

     

    Ed. Zulma traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec

     

    17.50€ 

     

    Est-ce une simple et innocente histoire de voisinage dans un petit village norvégien ? Est-ce le quotidien qui défile sous nos yeux d'une communauté paisible où s'écoulent les vieux jours de tout un chacun ? Sont-ce ces portraits colorés et ces personnages d'une douceur joliment extravagante qui se jouent de nous tandis que tournent avec une étonnante facilité les premières pages d'un roman sans intrigue apparente ? Il y a d'abord Otto et Ada. Les inséparables. Un demi-siècle de vie commune sous le toit d'une maison jaune perchée au sommet de la colline. Une vie rythmée par une menue passion pour le ping-pong, les puzzles géants de châteaux européens et les documentaires animaliers. Elle, figure gaillarde du voisinage. Lui, volontiers plus cabochard. Deux âmes sœurs, quelques rues parallèles et des maisons collées les unes aux autres : voyez-vous, un village sans prétention. Et puis il y a Nico, le préparateur en pharmacie, volubile jeune homme passionné par les effets indésirables des médicaments génériques. Il y a Anibal, le facteur le plus calamiteux qui soit, dont la lubie consiste à distribuer à tort et à travers paquets, factures et lettres d'amour pour favoriser le lien social. Iolanda, septuagénaire mystique qui dans le doute a décidé de croire en tout. Sans oublier Monsieur Taniguchi, l'unique centenaire japonais persuadé 30 ans après la guerre qu'il y a encore une bataille à mener. Il y a enfin Mariana, petite dernière du village, anthropologue solitaire et incomprise par son mari.

     

    Touchant petit monde folklorique sans incidence aucune. Sauf qu’un beau matin, alors que le linge n'avait pas encore eu le temps de sécher, que l'élastique du jogging était encore humide, les grosses chaussettes, les T-shirt et les serviettes toujours sur le fil, Ada est morte. En lecteur passionné de romans noirs, insomniaque et convaincu qu'on lui cache quelque chose de louche, Otto est sur le point de mener sa petite enquête.

     

    Avec beaucoup d'humour et de tendresse pour ses personnages, Barbara Vanessa signe d'une écriture fine un premier roman habile et folâtre, jouant avec les codes du genre policier et dont la trame réservera au lecteur de nombreuses surprises !

     

     

     

     

  • De la tendresse en bulles

    Les beaux étés  T01

    de Zidrou et Jordi Lafebre.  

    éd. Dargaud 13.99€

     

    Zidrou, beaux, étés, dargaud, coeurEn ces temps de rentrée littéraire, un soir de fatigue, j'avais besoin d'images, besoin de me distraire en toute paresse avant de dormir. Bien calé dans mon canapé bleu, je prends la première BD à la portée du moindre effort. La couverture fraîche et lumineuse m'avait attiré l'après midi même à la librairie. Et puis Zidrou,  sa sensibilité tout ça...

    D'abord je souris un peu, et puis au fil des pages je me marre franchement yTnogpc1GKDH8biCGDj7PrB8dOlhF2l3-page5-1200.jpgtout en sentant qu'un truc monte en moi, le genre de vent fou qui grimpe jusqu'à la gorge. Très vite je suis un des quatre enfants de la famille qui attend impatiemment que son papa termine un dessin pour quitter la Belgique vers le sud de la France. Je suis aussi derrière la maman qui, les larmes aux yeux, dit au revoir à leur maison où planent encore les sourires, la bonne humeur et le quotidien. En chemin je pique-nique avec eux dans la lumière tamisée d'un arbre au bord de l'eau, tout près de la 4L rouge, qui se repose aussi. Les sentiments circulent de regards en attitudes. Un malaise se devine entre les parents, mais rien de grave, tout est simple et la tendresse est là : entre les chamailleries d'enfants qui pataugent dans la rivière et les propos de Tchouki, le confident invisible, qui accompagne la famille quand il faut trier les états d'âmes et soigner les bosses que la vie sait infliger à l'intérieur.

    Zidrou, beaux, étés, dargaud, coeur

    Zidrou et Jordi Lafebre sont parvenus à nous mettre dans la confidence et l'intimité de la famille Faldérault sans mièvreries ni lourdeurs, en nous rapprochant ainsi de nos souvenirs et de notre quotidien.

    Ils démontrent peu à peu que c'est précisément cette douceur, par la justesse des attitudes, qui constitue toute la force de la fragilité.

    Tout ceci est un tel concentré de vie et de souvenirs que, bientôt, une foule de choses résonnent en moi... je pleure de joie.

    Cette BD n'en est pas une, elle est bien plus que ça. Un bien nécessaire qui s'apparente au chef d'oeuvre.

     

     

     

  • LOW DOWN, LA MELODIE D'UN JAZZMAN LEGENDAIRE

    Couv-Low-Down-RVB.jpgLow Down de A.J. Albany

    Ed. Le Nouvel Attila traduit de l'américain par Clélia Laventure

    19€ 

    Fille d'une mère junky et d'une légende du jazz oubliée, Amy Jo fut, du temps du règne de Joe Albany, le pianiste blanc familier des Charlie Parker, Lester Young et cie, "une princesse du Bebop selon papa", l'enfant héros des sixties, sinon le premier témoin d'une vie dissolue rythmée par la musique, la came et ses descentes - le blues dans le sang et le jazz en héritage.

    "Méfie toi de cette Vieille Dame qu'est la vie - elle peut être une sale pute" Dernière mise en garde de papa avant de passer à la postérité sous la plume de sa fille. Rien qu'un livre. Un dernier portrait. Portrait de famille et preuve d'amour. Histoire et contes d'une enfance à Los Angeles dans les années 60.

    Low Down, pour garder le souvenir d'un père adoré, d'une âme écorchée et d'un melody man prodigieux. Low Down, pour témoigner des vies de misères et de splendeurs des pionniers du be-bop - pour ceux qui contribuèrent à déniaiser un genre swing. Low Down, pour se rappeler des leçons de la vie : la rue, toujours la rue.

    Il fallait de la grâce pour le faire et un vécu comme on en voit peu avec nos yeux. Une peau tannée et marquée comme un bukowski et aucunes réserves à mettre le tout sur la table. A.J. Albany l'a fait. Elle l'a fait avec le regard lucide et les mots de l'enfant qu'elle était du haut de ses 8 ans, jusqu'à ce qu'elle en atteigne 15. La vie ne l'a certainement pas épargnée. C'était le bonheur au milieu d'un sacré chaos. Mais la mélodie de Low Down s'entête et chante sourire aux lèvres : "Is that all there is ?"

    Un roman qui sonne « bang bang, I shot you down » !

     

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    Le quartier américain de Jabbour Douaihy 

     

    Trad. de l’arabe (Liban) par Stéphanie Dujols

     

    Ed. Actes Sud 19.80€

     

    Le « quartier américain » - qui ne doit son adjectif qu'à l'existence en ces lieux d'une école anglicane depuis longtemps désaffectée - est le plus pauvre et le plus délabré de Tripoli. Et c'est précisément là, dans cette cité méditerranéenne Libanaise, que vit Intissar dont le fils ainé, Ismaïl, a disparu depuis plusieurs jours. Morte d'inquiétude, elle se tourne désespérée vers Abdel-Karim Azzâm, le jeune homme chez qui depuis des années elle fait le ménage. Celui-ci est  issu d'une  famille de notable de premier rang qui domine la vie politique de Tripoli depuis des années. Personnage mélancolique, alangui et désoeuvré, vivant dans le souvenir douloureux  d’un amour avorté pour une danseuse rencontrée lors de ses années étudiantes à Paris, il finit très vite par comprendre que le garçon vient d'être recruté comme candidat au Djihad par les prédicateurs barbus qui pullulent dans cette ville autrefois multiconfessionnelle...

     

    Avec cette tendresse sans bornes pour ses personnages qui fait de Jabbour Douaihy un véritable écrivain humaniste, ce roman fait le portrait d'une ville où résonne le fracas d'un Proche-Orient qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans la violence. Il fait vivre ce pays compliqué et magnifique, sale et sublime, et aux inégalités sociales criantes avec un amour à la fois sévère et compréhensif. On ne naît pas terroriste, on le devient, et chaque soldat djihadiste porte en lui des blessures qu’un romancier expliquera mille fois mieux qu’un journaliste, quand bien même cela ne change rien à l’horreur du moindre fait terroriste. Lire Jabbour Douaihy, c’est entrer dans l’intimité d’un peuple magnifique en jetant ses préjugés au seuil de chaque appartement délabré, parmi les tas d’immondices qui jonchent les rues.

     

    Eclairant et poignant.

     

  • Rencontre avec Alain Mabanckou annulée !!! Mais livre excellent !!!

    mabanckou, dédicace, rencontre, alain, seuil, petit, piment, congoRENCONTRE AVEC ALAIN MABANCKOU

    annulée !!!

    Petit piment

    de Alain Mabanckou

    Ed. du Seuil         18.50€

    Petit Piment ne s’est pas toujours appelé Petit Piment. Ce nom là est un nom de guerre. Il se l'est gagné à l’orphelinat de Loango en faisant avaler en loucedé  aux frères jumeaux qui sèment la terreur dans l’établissement un plat particulièrement épicé pour venger son ami Bonaventure… Car Petit Piment sait se défendre. Un orphelin apprend ces choses là. Déposé quelques jours seulement après sa naissance, il a vécu finalement assez joyeusement ces premières années auprès de ses compagnons d'infortune, sous les regards bienveillants de Sabine, qui fait le ménage dans l’établissement, et de Papa Moupelo, le prêtre qui chaque week-end leur enseigne joyeusement la religion en leur faisant chanter des chansons aux rythmes... endiablés.

    Seulement voilà. La politique et le pouvoir ne laissent jamais tranquille bien longtemps les hommes et les femmes du monde entier, et en ce début des années 70, la protection des murs de l’orphelinat n’offre aucune étanchéité face à l’arrivée d’un régime marxiste au Congo. Le directeur de l’établissement, le dictatorial Dieudonné Ngoulmoumako, fait allégeance avec beaucoup d’opportunisme au pouvoir nouveau  et se débarrasse aussitôt du prêtre et de la femme de ménage qu’il avait dû tolérer en ses murs durant de trop longues années.

    Pour Petit Piment, âgé alors de 13 ans, l’atmosphère devient irrespirable. L’orphelinat prend de plus en plus les apparences d’une prison et il ne lui faudra que quelques mois pour qu'il décide de se faire la belle en compagnie des deux jumeaux devenus entre-temps ses alliés. Commence alors une vie de débrouille et de larcins du côté de Pointe-Noire, la ville où est né Alain Mabanckou dont le formidable et très personnel Lumières de Pointe-Noire, paru en 2013 était tout imprégné. La rapine donc, puis la rencontre avec la magnifique Maman Fiat 500, tenancière au grand cœur d'un bordel dans lequel le garçon va enfin trouver un peu d'affection. Maman Fiat 500 ! Petit Piment éprouve une grande affection pour elle. Sera-t-elle enfin cette mère qu’il n’a jamais eue ? Eh bien ! On n’en saura rien. Rien, car la politique et les élections, une fois de plus, passeront par là et nettoieront de façon brutale le quartier de ses prostituées zaïroises. Des étrangères en plus ! La xénophobie et le populisme n’ont décidément ni frontières, ni couleurs nous dit Alain Mabanckou.mabanckou, dédicace, rencontre, alain, seuil, petit, piment, congo

    A nouveau seul, abîmé par la vie et en proie à des pertes de mémoire et de violentes hallucinations, Petit Piment ne va cependant pas laisser passer l’heure de la vengeance. Quelqu'un va devoir payer pour tous ces malheurs.

    Petit Piment est en quelque sorte l’histoire d’une révolte, celle d’un individu haut comme trois piments, devant un pouvoir politique népotiste et cruel qui n'en finit pas de faire mal à l'Afrique. Et cette révolte - quel bonheur cher lecteur ! -  est portée par un art du récit terriblement réjouissant qui fait d'Alain Mabanckou, Prix Renaudot en 2006 pour Mémoires d'un porc-épic, l'un de nos romanciers parmi les plus enthousiasmant du moment !

     

  • La Rentrée, c'est parti...

    entre les deux il n'y a rien, mathieu riboulet, verdier, Entre les deux il n'y a rien de Mathieu Riboulet

    Ed. Verdier

     

    Ça commence en 1972.  On a douze ans. Ca c’est certain. On est un chiot. On sent tout sans rien comprendre. On sent et on voit tout mais tout nous manque et l’on ne voit rien. Car tout s’est passé avant en réalité et la chronologie est une fiction : Une balle tirée à bout portant en pleine rue. Dans la tête d’un môme, ça résonne. Dans la tête de l’écrivain, c’est une évidence : « là bas, dans l’enfance, tout s’est joué : l’écriture la politique l’histoire le sexe, et la parole donnée au corps ».

    Les chiots finissent par devenir des chiens et meurent en tant que tels partout où règne en maître une Europe pacifiée à bout de souffle. « Le monde était dans cet ordre-là quand nous l’avons trouvé ». Entre ce constat tragique et l’après 68, dans les rues de Paris, Berlin, Rome, quelque chose s’est joué à coup sûr. Des décennies de luttes clandestines et de violences politiques dans le grand jeu du monde. La rage, l’espoir et l’expression d’un rêve qui fera des déclassés en tout genre des hommes un peu plus libres de leur pays.

    Si l’illusion est grande et le bonheur de s’élever à une conscience politique intense, la chute ne sera pas que celle d’un mur en ruine gris emportée par un peuple en liesse.

    Sans fard et sans détours, affranchi du reste et armé de sa prose combat, Entre les deux il n’y a rien est en définitive un coup de cœur brut porté à mains nues au lecteur : marquant et décisif.

     

     

    Montecristo de Martin Sutermontecristo, suter, martin, bourgois, billets, suisse

     

    Trad. de l’allemand par Olivier Mannoni

     

    Ed. Bourgois 18€

     

     

     

    Si vous étiez journaliste en possession d’une information relative à un scandale financier hors normes dont la diffusion aurait des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale, que feriez-vous ? Une vérité qui entraînerait plus de mal que de bien doit elle être révélée ?

     

    Voici les questions auxquelles se trouve confronté Jonas Brand, journaliste people quadragénaire pour un médiocre magazine télé zurichois. Il s’aperçoit un jour, par le plus grand hasard, qu’il est en possession de deux billets de 100 francs suisses portant le même numéro de série… La chose est impossible. Strictement impossible. Techniquement impossible ! Il fait expertiser les deux billets pour savoir lequel est faux et l’expertise révèle que les deux billets sont… vrais. L’enquête peut alors commencer et le journaliste - qui voit là l’occasion de se prouver à lui-même qu’il vaut davantage que le reporter de complaisance qu'il est devenu – de progresser avec peut-être un peu trop de légèreté dans l’univers feutré et secret du milieu bancaire suisse. Car si les manières y sont courtoises, les méthodes, elles, vont très vite se révéler autrement plus expéditives…

     

    Bienvenu en Suisse ! On y mange une nourriture riche, on se donne rendez-vous dans des bars d’hôtels pas miteux, on n’y parle pas à tort et à travers et les femmes y sont aussi élégamment maquillées que les comptes bancaires. C’est un coffre-fort ce pays, avec des montagnes à l’intérieur. Il s’agit de prendre le rythme, et sur ce point, l’écriture sans fioritures de Martin Suter va comme un gant à la mentalité helvète . Pourtant, de nombreux suicides accompagnent l’enquête de Jonas…Etrange ? Pas particulièrement si l’on y réfléchit bien car finalement, comme le dit dans le roman un immigré Tamoul suite à un  incident voyageur survenu lors d’un voyage en train : « une vie aussi bonne que celle des Suisses est difficilement supportable ».

     

  • fermeture et ouverture

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    la librairie sera exceptionnellement ouverte le samedi 15 août dans le but de vendre le plus de livres possible avant notre déménagement afin d'avoir le moins de livres possible à porter.

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    La librairie sera exceptionnellement fermée du lundi 24 août au mercredi 26 août inclus en raison du déménagement précédemment cité.

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