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Librairie Les Cordeliers - Page 6

  • Deux livres en colère pour commencer 2016.

    Deux textes de combat pour terminer l’année ou pour la commencer. Parus l’un et l’autre au début du XXème siècle, La bombe (1908) de Franck Harris et Le bateau- usine (1929) de Kobayashi Takiji vous redonneront l’envie d’aborder 2016 avec l’envie d’en découdre. On a tous des combats à mener.

    bombe, harris, franck, mai, dernière, goutteLa bombe d’abord. Dans ce texte centenaire, Franck Harris revient sur un épisode de la lutte pour les droits des travailleurs aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle. Rudolph Schnaubelt, le narrateur de cette histoire, sera celui lancera une bombe le 4 mai 1886 en direction des forces de police, lesquelles, depuis plusieurs mois, matent avec une violence meurtrière le moindre mouvement de révolte syndicale. De cet attentat retentissant naîtra la journée de la Fête du traval du 1er mai ainsi que certaines obligations légales liées au travail des enfants aux Etats-Unis.

    La bombe revient donc sur le parcours de cet immigré allemand humaniste et pacifiste qui en quelques années, au contact du grand militant anarchiste Louis Lingg qui sera son véritable mentor et devant la réalité de l’exploitation ouvrière menée par le patronat américain, deviendra l’homme révolté prompte à exprimer sa colère en commettant un attentat. Impossible de ne pas établir de relation, bien sûr, entre cette explosion là et celles entendues en France et ailleurs durant cette année 2015. Aussi la lecture de ce texte écrit, il faut bien le dire, dans une langue qui nous paraît aujourd’hui un brin désuète par certains côtés, prend-elle une résonance tout à fait actuelle.

    Salué à l'époque par Charlie Chaplin comme un chef d’œuvre, ce livre révèle tout le talent de conteur que possédait Franck Harris qui greffera au récit du révolté l’histoire d’amour qu’il tisse – et avec quelles difficultés ! –  avec la jeune Elsie Lehman. Cette belle de Chicago qui aurait pu, il s'en est fallu de peu, le faire basculer, non pas du côté de la violence pour la cause collective, mais du côté de l’amour dans sa dimension la plus égoïste. Le destin en décida autrement.

     

    bateau, usine, takiji, kobayashi, allia, japonLe bateau-usine ensuite. Ce court récit plein rage qui vaudra à son jeune auteur d’être torturé à mort par la police politique japonaise en 1931 se termine sur ces mots : « Que ceci soit lu comme une page de l’histoire de l’invasion coloniale par le capitalisme ». Voici donc un chef d’œuvre de la littérature prolétarienne de l’empire du soleil levant.

    Un bateau-usine, c’est une de ces embarcations rouillées et retapées à moindre coût par des patrons peu regardants et envoyées pour 4 à 5 mois en mer d’Okhotsk, zone de tension entre l’URSS et le Japon, afin d’y pécher le crabe. A son bord, 400 crève-la-faim en provenance de tout le pays recrutés à coup de promesses comme autant de mensonges. L’enjeu, une productivité infernale afin de démontrer au monde entier - mais d’abord au voisin soviétique - la force nippone quand elle se met au travail. Derrière ce bourrage de crâne, inculqué au besoin à grands coups de bâtons, on comprend très vite qu’il en va d’abord des intérêts de grands patrons empressés de s’enrichir, et leurs actionnaires dans le même mouvement, en enrobant l’épreuve de décorations patriotiques. Mépris de l’humain, mépris du travail, collusions entre l’état, l’industrie et l’armée, ce livre offrait un éclairage indispensable à qui voulait comprendre ce que l’irruption violente du capitalisme dans son pays voulait dire.

    Sans jamais s’être lui-même embarqué dans l’un  de ces raffiots maudits comme aurait pu le faire un Albert Londres auquel on ne peut s’empêcher de penser en lisant ce roman, le modeste employé de banque Kobayashi Takiji qui respirait en s’occupant de littérature une fois son office quitté, s’est suffisamment documenté en allant interroger nombre d’ouvriers revenus de l’enfer. Ce texte puissant raconte comment, au cours d’une de ces sorties, une prise de conscience collective va se faire parmi les ouvriers et comment une révolte de classe salutaire va, petit à petit, naître et se dresser face à l’injustice.

    En 2008, les japonais vont redécouvrir ce chef d’œuvre et, dans un pays en proie à de grandes difficultés économiques qu’accompagne une précarisation accélérée du salariat nippon, Le bateau-usine va se vendre en quelques mois à plus d’un million d’exemplaires !

    Lecture indispensable à une meilleure compréhension de ce roman, la postface d’Evelyne Lesigne-Audoly est tout simplement remarquable.

     

    Jetez-vous sur ces deux perles de littérature engagée heureusement rééditées par les belles éditions La dernière goutte et Allia.

  • A noël, portez de la Pop Française ! So chic...

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    La française pop de Christophe Conte et Charles Berberian

    éd. Hélium 28€

    Il y a quelques années encore, personne n’aurait osé porter en public de la pop française sur lui. D’ailleurs on ne savait même pas que cela existait. Il y avait de la chanson française et de la britpop, ça oui. Mais de la pop française ! Ah ! Bon ? Il existe une Pop Française !? A cette question, quelques années plus tard, Christophe Conte, journaliste aux Inrocks, et le dessinateur Charles Berberian répondent par un « Oui ! » de 300 pages franchement excitant.

    Avec le recul que leur confère la sagesse des ans, ces deux messieurs nous régalent d’un album joliment illustré où l’anecdote se mêle à la légende. Les portraits de chanteurs et de groupes se succèdent selon un classement confortablement alphabétique, depuis le A de Dominique A jusqu’au V de Pierre Vassiliu (eh ! oui) et le lecteur jubile, page après page d’en apprendre autant sur notre trésor national pop. On le ferme souvent l’esprit plus éclairé, et on monte le son.

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  • Rencontre Pinçon-Charlot

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    rencontre avec

    Michel et Monique Pinçon-Charlot

    à l'occasion de la parution du livre Tentative d'évasion (fiscale)

    aux éditions La Découverte

    Mardi 1er décembre à 19h

  • rencontre dédicaces avec Delphine de Vigan, Prix Renaudot 2015

    rencontre exceptionnelle avec Delphine de Vigan à Romans mercredi 18 novembre

    dédicace à la librairie des Cordeliers de 17h à 18h

    rencontre à la médiathèque dès 18h30

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  • Le travail c'est la santé, tuer le travail c'est la préserver...

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    Travailler tue ! de Yvan Robin

    éd. Lajouanie 18€

    EN GUISE DE MISE EN GARDE

    Ouvrez le placard sous votre évier. Déposez sur la table de la cuisine votre lot de produits détergents. Observez minutieusement les pictogrammes derrière chacun. Ne gardez que le plus corrosif. Ouvrez la première page de ce roman et appréciez en substance la différence entre la soude et les effets de Travailler tue ! sur les voies biliaires du lecteur que vous êtes. Dégustez.

    CA, C'ETAIT AVANT...

    Hubert Garden est un homme respectable, cadre subalterne dans une société de travaux publics respectable, chargé de veiller au bon suivi des procédures de sécurité avec l'engouement et le respect des fonctions qui incombent à un homme de son rang. D'aucun aurait dit qu'il était taillé pour ce job. D'autres qu'il y avait quelque chose de louche dans la manière qu'il avait de mordre ses lèvres comme dans une peau de boudin. La vérité, c'est qu'Hubert avait accepté son poste à contrecœur, que sa hiérarchie l'avait mis là pour le disqualifier et qu'un malheureux concours de circonstances allait précipiter ce brave type expert en accidentologie dans la plus diabolique et la plus vengeresse des vendettas...

    ...AVANT LA TRAGEDIE

    Travailler tue ! Voilà le sceau de la fatalité ! Implacable, inique et bien au-delà de l'endurance humaine. Hubert est un homme manipulé et impuissant. Fatigué d'être le larbin d'une boîte ingrate. Fatigué de voir se succéder les accidents sans y pouvoir grand chose. Fatigué de devoir décrocher des crédits. Epuisé de faire un enfant à sa femme qui, faute de le voir rentrer tous les soirs à la maison, suspecte une relation torride avec la contrôleuse de gestion de son entreprise. Faire les courses. Passer à la caisse. Trouver une putain de place de stationnement. Etc, etc. Dans une guerre sans fin contre les contingences. Abattu mais pas en reste. Hubert a rendez-vous avec son destin. Et son destin, s'il est de sombrer un jour dans les tréfonds de l'âme humaine, sera de vaincre le mal qui le ronge en s'attaquant à la racine, quitte à sacrifier quelques innocents sur l'autel de la rédemption : comme investi d'une mission dictée d'en haut ! 

    Moralité de l'histoire. Pas de moralité mais le plaisir coupable d'avoir aimer tuer le travail dans un roman si ce n'est complètement cathartique, absolument jubilatoire ! Noir, mordant et sans bavures ! C'est arrivé près de chez vous mais du côté de Neuville. Un chef d'œuvre de roman pas policier mais presque...

  • Le vrai du faux

    vigan,delphine,lattès,histoire,vraie,après,oppose,nuit,rien,kingD’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

    éd. Lattès 20€ 

    Elle nous avait laissé bouleversés voici quatre ans à la fin de la lecture de Rien ne s’oppose à la nuit. Quatre années de silence et ce souvenir d’une mère bipolaire ayant mis fin à ses jours que l’on ne pouvait plus détacher de nos mémoires. Delphine de Vigan venait de signer un chef d’œuvre d’autofiction, un livre écrit à bonne distance d’une émotion qui aurait pu tout emporter, l’écrivain et son écriture avec.

    Là revoilà avec D’après une histoire vraie, qui semble commencer là où s’était terminé le précédent. La narratrice de ce nouveau roman s’appelle Delphine. Elle est la compagne de François, célèbre présentateur d’une émission de télévison consacrée à la littérature… On l’a découvre dès les premières pages épuisée par le nombre de sollicitations auxquelles elle a dû répondre suite au succès du livre qu’elle a fait paraître, livre dans lequel, elle racontait par le menu la chute dans les affres de la folie de celle qui fut sa mère. Une histoire familiale dans laquelle elle s’est beaucoup exposée, un livre qui la mise en danger et lui a valu de jolies rancunes. On connaît cette histoire là. Delphine de Vigan nous parle d’elle. On est en confiance. Le personnage de L. peut entrer en scène…

    L., c’est une lectrice rencontrée par hasard lors d’une soirée parisienne à laquelle Delphine n’avait pas vraiment prévu d’aller. Plus qu’une lectrice, L. se révèle être une véritable admiratrice. De discussions en discussions, Delphine comprend avec joie qu’elle se découvre une nouvelle amie. Quelqu’un avec qui rire et bavarder, de tout et de rien, quelqu’un de bienveillant qui s’intéresse à son travail et se propose même de l’aider à retrouver le chemin de l’écriture après de longs mois passés à tourner à travers toute la France, de librairies en médiathèques, de fêtes du livre en lycées.

    Petit à petit toutefois, quelque chose d’inquiétant transparaît de la personne de  L. Une personnalité ambiguë, qui cache une névrose profonde, capable d’accès de colère dévastateurs. Une façon aussi d’être gentiment oppressante, de s’ingérer dans les affaires de Delphine, qu’il s’agisse de ses relations personnelles ou de son travail. Car L. a une idée bien précise de ce que doit être la suite du livre avec lequel l’écrivaine s’est imposée auprès du grand public - ce livre éminemment personnel et douloureux – et elle entend bien pousser Delphine à l’écrire. De gré ou de force…

    Delphine de Vigan nous bluffe avec ce nouveau roman. Impossible de lâcher ce thriller psychologique qui bascule dans le monde de la manipulation et de l’aliénation consentie placé sous le haut patronage de Stephen King ! Avec un art du suspens qu’on ne lui connaissait pas, l’auteur de No et moi, de Jours sans faim et Des heures souterraines se permet même, tout au long du récit, de nous faire part au détour de discussions passionnantes entre les deux femmes de ses interrogations concernant la question du vrai et du faux en littérature… C’est virtuose !

    D’après une histoire vraie signe le grand retour de Delphine de Vigan à la fiction et, pour notre plus grand bonheur, nous ressentons le plaisir ludique qu’elle a eu à retrouver ce chemin là ! Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux dans cette histoire ? C’est à chacun d’y répondre. Ne comptez surtout pas sur elle pour vous répondre mais jetez-vous sur ce livre et ne boudez surtout pas votre plaisir !

    rencontre exceptionnelle avec Delphine de Vigan à Romans mercredi 18 novembre

    dédicace à la librairie des Cordeliers de 17h à 18h

    rencontre à la médiathèque dès 18h30

    vigan

     

  • A l’arrière du camion-benne, le rire et l’odeur…

    trashed,derf,backderf,poubelles,ordures,bande,dessinéeTrashed de Derf Backderf

    éd. Ça et là (trad anglais U.S. par Philippe Toboul)

    22€ 

    Ce n’est pas exactement le job « avec air conditionné » qu’il aurait souhaité, mais Derf avait promis à sa mère de se trouver un boulot s’il arrêtait ses études. Une petite annonce dans le journal local pour un emploi municipal non défini, un coup de fil : « OK, vous commencez demain » et c’est parti pour une année et 230 pages en plein air, à l’arrière du camion…

    Poubelle le camion. Eh, eh ! Bienvenu dans l’envers du décor d’une ville qu’il croyait connaître, Akron (Ohio), 200000 âmes. Derf redécouvre son patelin à travers les ordures que rejettent ses habitants et je vous promets qu’il y’en aura pour tous les goûts. C’est l’intimité de toute une cité qu’il nous donne à voir à travers les vapeurs de gazoil que dégage l’engin, celle que l’on ne montre jamais et celle que nous-mêmes préférons ne pas voir. Je vous jure qu’une fois tournée la dernière page de Trashed vous ne sortirez plus vos poubelles sans avoir une pensée pour les types qui se chargeront de les jeter dans le camion-benne. Et vous penserez aussi à ce qu’ils diront de vous car bien sûr, à l’intérieur de chaque sac (même percé et dégageant un contenu non identifiable) il y a une histoire à vous faire hurler de rire. Quel bonheur de retrouver ce dessinateur qui nous avait ému avec le terrifiant Mon ami Dahmer (2012) et réjouit aux larmes avec l’hilarant Punk rock et mobile homes (2013).  Trashed c’est un instant de l’histoire sans fin de notre société de consommation qui rejette tant qu’elle peut sans trop se poser de questions, et finira un jour par crouler sous son propre excès si rien d’autre ne l’achève avant.

    Franchement, heureusement que les BD ne transmettent pas les effluves parce que sinon ma bibliothèque (et celle de tous les gens que j’aime) allait puer. Car cette BD, croyez-moi, je n’ai pas fini de l’offrir !

     

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  • L'auteur le plus vendu à la librairie des Cordeliers sort un nouveau livre et vient nous voir !

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    Ils savent tout de vous de Iain Levison.

    trad. de l'anglais (US) par Fanchita Gonzalez Batlle.

    éd. Liana Levi 18€

    Existe-t-il encore un endroit sur terre où se tenir hors de portée d’un mouchard électronique ? Réponse pessimiste de l'écrivain américain d'origine écossaise Iain Levison dans ce nouveau roman époustouflant. Après Un petit boulot et Arrêtez-moi là voici un nouveau bijou de l'auteur le PLUS VENDU A LA LIBRAIRIE DES CORDELIERS ! 

    Notez dors et déjà que Iain Levison sera notre invité le mardi 3 novembre. Dédicaces dès 18h. Rencontre à partir de 19h à la librairie.

     Denny, est promis à la chaise électrique, mais, pour les besoins d’une enquête, il est autorisé à sortir quelques jours sous étroite surveillance. Snowe, lui, est un flic du Michigan qui tente de faire correctement son boulot entre deux cambriolages et l’arrestation de petits dealers. Ces deux types là ne vont pas tarder à faire connaissance car quelque chose d’étrange les relie : ils se découvrent capables malgré eux de télépathie permanente... Pour le dire autrement, sans même le vouloir, ils lisent dans vos pensées. Ils savent tout de vous ! Petits secrets, préférences sexuelles, opinions politiques, tout ! Ce qu’ils ignorent encore, en revanche, c’est le rôle des services secrets US dans cette affaire, car il semblerait que Denny et Snowe aient, à un moment de leur vie, servi de cobaye… Ce nouveau roman de Iain Levison, à l'humour plus noir que jamais, est un bijou de livre d’action sur le mode chasse à l’homme doublé d’une critique sévère de la surveillance généralisée à laquelle succombent nos sociétés occidentales.

     

     

    Interview de Iain Levison par le libraire à casquette à retrouver dans le magazine Page d'octobre.iain,levison

    D’où vous est venue l’idée étrange et à la limite du fantastique  de personnages qui deviennent, soudain, télépathes ?

    Dans Un petit boulot, je me demandais ce qu’il se  passerait si  les citoyens disposaient tout à coup du pouvoir que le gouvernement utilise contre eux. Dans ce livre j'emploie la même technique de base, mais dans un genre différent. Je passe d’une fiction réaliste à un thriller. Les deux livres ont en commun une profonde défiance vis-à-vis d'un système qui fonctionne manifestement en faveur des élites. Le sujet est rebattu, mais j'essaie toujours de me concentrer sur la façon dont les puissants cherchent à faire croire qu'ils œuvrent dans l'intérêt des citoyens. C'est la malhonnêteté inhérente qui me fascine, les mensonges et la propagande. Donc, que penserait un flic ordinaire dont le métier consiste à faire respecter le statu quo s'il avait soudain un aperçu de la structure réelle du monde, s'il avait ce pouvoir dont le gouvernement dispose en permanence ? C’est çala télépathie à l'ère moderne : la capacité   d'accéder aux secrets de chacun. De cette idée, j'ai voulu faire un bon thriller ...

    Pensez-vous que l’on ne se méfie pas assez des institutions censées organiser notre sécurité et notre bien-être ?

    Les gens sont parfaitement inconscients de la masse d'informations qu'ils fournissent délibérément. Tout ce que nous faisons désormais est surveillé, chaque transaction envoie des informations. Vous achetez des livres sur Kindle ou autre ? On peut savoir à quelle vitesse vous lisez et si vous avez terminé un livre ou non. L'année dernière  Hillary Clinton a publié 600 pages abominables d'autopromotion intitulées Le Temps des décisions, et les éditeurs ont déclaré que presque aucun acheteur ne le lisait réellement. Je me suis demandé comment ils le savaient. Apparemment, les lecteurs de livres électroniques envoient cette information chaque fois qu'ils tournent une page. C'est important ? Probablement pas. Mais l'idée qu'un ordinateur quelque part enregistre votre façon de lire me met mal à l'aise.

    La surveillance est-elle généralisée ?

    Vivre en Chine me l'a vraiment fait toucher du doigt. Les dirigeants chinois n'essaient pas de dissimuler ce qu'ils font. Ils veulent que vous sachiez que vous êtes surveillés, donc vous ne critiquez pas le gouvernement, vous ne protestez pas, vous vous tenez tranquilles et vous vaquez à vos occupations. Le modèle tout entier repose sur l'idée que s'ils vous menacent un certain nombre fois, s'ils coupent votre accès à Internet, vous apprendrez à vous autocensurer.

    En Occident, ça se passe différemment. L'Amérique aime se faire passer pour une démocratie, donc les dirigeants ne vous envoient pas la police pour avoir écrit des livres contre le gouvernement, ils ne vous privent pas d'Internet pour avoir consulté des sites qui ne leur plaisent pas. Mais ils peuvent surveiller tout ce que vous faites. Ils savent si vous avez des aventures extra-conjugales. Ils connaissent vos  obsessions sexuelles. Ils savent si vous avez des problèmes psychologiques, si vous êtes un joueur compulsif, si vous êtes drogué, ou si vous prévoyez de quitter votre emploi. Ce genre d'information peut servir à vous contrôler, ou à vous humilier en cas de besoin.

    De livre en livre, on voit l’état providence américain partir en lambeaux, replacé par un état policier aux ressources illimitées….

    Il y a toujours beaucoup d'argent ici. C'est un pays riche.  Quand George W. Bush a eu besoin d'envahir l'Irak, la question du financement ne s'est jamais posée. Il y a toujours de l'argent pour la guerre, pour les prisons et pour armer la police. Mais essayez seulement d'amener le gouvernement à fournir des soins médicaux aux pauvres ou à construire un hôpital, et vous entendrez dire  tout à coup que les caisses sont vides.
    C'est une question de volonté et de perception. Aucun riche ne pense
    tirer le moindre bénéfice d’une couverture maladie pour les plus démunis. L'ironie c'est qu'en fait ils en bénéficieraient. Quand les pauvres sont en bonne santé et mieux nourris, ils protestent moins, consomment plus et coexistent pacifiquement. L'autre ironie est que s'occuper des pauvres et des classes laborieuses est très bon marché comparé au coût d’une guerre. Un avion de combat F-35 coûte 100 millions de dollars. Avec ça vous pouvez construire un hôpital de luxe et payer son personnel pendant un an…

    On vous sent de plus en plus sombre…

    Quand on voit que la planète tout entière court à la catastrophe environnementale, que tous les dirigeants du monde ne se soucient que d'économie, et dece que gagnent les riches, ça suffit pour s'arracher les cheveux. Tout bien considéré, je me trouve plutôt optimiste.
    Quand j'ai commencé à écrire, je ne parlais que des dommages collatéraux de l'avidité et de l’égoïsme qui détruisent
    notre pays, ce qui est le thème commun à tous mes livres. Mais je pense que je m'attendais à ce que les avides reculent si cette même avidité se mettait à détruire l'environnement et semblait prête à provoquer l'épuisement général de notre énergie et de nos ressources alimentaires. Il s'avère que c'était d'un optimisme enfantin. Ils sont apparemment prêts à nous tuer tous rien que pour avoir une chance gagner de l'argent jusqu'à leur mort. Donc, compte tenu de cette nouvelle prise de conscience, et du fait que mes livres conservent au moins un peu d'humour, je pense que je m'en sors plutôt bien. Je ne suis pas résigné, loin de là.  Plus furieux, peut-être, mais d'habitude ça permet d'écrire mieux.

     

     

  • Dire que le linge n'avait même pas eu le temps de sécher

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    Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara

     

    Ed. Zulma traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec

     

    17.50€ 

     

    Est-ce une simple et innocente histoire de voisinage dans un petit village norvégien ? Est-ce le quotidien qui défile sous nos yeux d'une communauté paisible où s'écoulent les vieux jours de tout un chacun ? Sont-ce ces portraits colorés et ces personnages d'une douceur joliment extravagante qui se jouent de nous tandis que tournent avec une étonnante facilité les premières pages d'un roman sans intrigue apparente ? Il y a d'abord Otto et Ada. Les inséparables. Un demi-siècle de vie commune sous le toit d'une maison jaune perchée au sommet de la colline. Une vie rythmée par une menue passion pour le ping-pong, les puzzles géants de châteaux européens et les documentaires animaliers. Elle, figure gaillarde du voisinage. Lui, volontiers plus cabochard. Deux âmes sœurs, quelques rues parallèles et des maisons collées les unes aux autres : voyez-vous, un village sans prétention. Et puis il y a Nico, le préparateur en pharmacie, volubile jeune homme passionné par les effets indésirables des médicaments génériques. Il y a Anibal, le facteur le plus calamiteux qui soit, dont la lubie consiste à distribuer à tort et à travers paquets, factures et lettres d'amour pour favoriser le lien social. Iolanda, septuagénaire mystique qui dans le doute a décidé de croire en tout. Sans oublier Monsieur Taniguchi, l'unique centenaire japonais persuadé 30 ans après la guerre qu'il y a encore une bataille à mener. Il y a enfin Mariana, petite dernière du village, anthropologue solitaire et incomprise par son mari.

     

    Touchant petit monde folklorique sans incidence aucune. Sauf qu’un beau matin, alors que le linge n'avait pas encore eu le temps de sécher, que l'élastique du jogging était encore humide, les grosses chaussettes, les T-shirt et les serviettes toujours sur le fil, Ada est morte. En lecteur passionné de romans noirs, insomniaque et convaincu qu'on lui cache quelque chose de louche, Otto est sur le point de mener sa petite enquête.

     

    Avec beaucoup d'humour et de tendresse pour ses personnages, Barbara Vanessa signe d'une écriture fine un premier roman habile et folâtre, jouant avec les codes du genre policier et dont la trame réservera au lecteur de nombreuses surprises !

     

     

     

     

  • De la tendresse en bulles

    Les beaux étés  T01

    de Zidrou et Jordi Lafebre.  

    éd. Dargaud 13.99€

     

    Zidrou, beaux, étés, dargaud, coeurEn ces temps de rentrée littéraire, un soir de fatigue, j'avais besoin d'images, besoin de me distraire en toute paresse avant de dormir. Bien calé dans mon canapé bleu, je prends la première BD à la portée du moindre effort. La couverture fraîche et lumineuse m'avait attiré l'après midi même à la librairie. Et puis Zidrou,  sa sensibilité tout ça...

    D'abord je souris un peu, et puis au fil des pages je me marre franchement yTnogpc1GKDH8biCGDj7PrB8dOlhF2l3-page5-1200.jpgtout en sentant qu'un truc monte en moi, le genre de vent fou qui grimpe jusqu'à la gorge. Très vite je suis un des quatre enfants de la famille qui attend impatiemment que son papa termine un dessin pour quitter la Belgique vers le sud de la France. Je suis aussi derrière la maman qui, les larmes aux yeux, dit au revoir à leur maison où planent encore les sourires, la bonne humeur et le quotidien. En chemin je pique-nique avec eux dans la lumière tamisée d'un arbre au bord de l'eau, tout près de la 4L rouge, qui se repose aussi. Les sentiments circulent de regards en attitudes. Un malaise se devine entre les parents, mais rien de grave, tout est simple et la tendresse est là : entre les chamailleries d'enfants qui pataugent dans la rivière et les propos de Tchouki, le confident invisible, qui accompagne la famille quand il faut trier les états d'âmes et soigner les bosses que la vie sait infliger à l'intérieur.

    Zidrou, beaux, étés, dargaud, coeur

    Zidrou et Jordi Lafebre sont parvenus à nous mettre dans la confidence et l'intimité de la famille Faldérault sans mièvreries ni lourdeurs, en nous rapprochant ainsi de nos souvenirs et de notre quotidien.

    Ils démontrent peu à peu que c'est précisément cette douceur, par la justesse des attitudes, qui constitue toute la force de la fragilité.

    Tout ceci est un tel concentré de vie et de souvenirs que, bientôt, une foule de choses résonnent en moi... je pleure de joie.

    Cette BD n'en est pas une, elle est bien plus que ça. Un bien nécessaire qui s'apparente au chef d'oeuvre.