Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Coups de coeur

  • Faire du beau avec du laid

    26904799_10215261422514560_5836519244247014962_n.jpgBONDREE

    ANDREE A. MICHAUD
    Ed. Rivages/Noir

    7.90€

     

    Ça commence par le fredonnement d'une chanson A Whiter Shade of Pale, « un air de jeune fille saoule » ivre bercée par les ondulations des arbres la nuit et la langueur de l'alcool « dans les feux étincelants de l'été 67 ».
    C'est là, dans les bois entourant Boundary Pound, un lac situé à la frontière entre le Québec et le Maine rebaptisé Bondrée, que le corps saisi d'effroi, le corps sans vie de Zaza Mulligan est retrouvé, la jambe sectionnée par un vieux piège à ours, déchirée par la rouille.
    Là, dans ces étendues vertes et pénétrantes presque irréelles que les légendes et les fantômes du passé refont surface, qu'un trappeur du nom de Pierre Landry signa naguère, dit-on, un pacte de sang avec la forêt et mit fin à ses jours en se pendant dans sa cabane pour une femme qu'il avait aimé.
    Un accident. Un dramatique accident. « Poor little girl ». Il faudrait s'y résoudre et la petite communauté de Bondrée se souviendrait toujours de « l'indolence bronzée de Boundary que rien n'aurait pu assombrir […] car c'était le Summer of Love clamait Zaza Mulligan pendant que Sissy Morgan entonnait Lucy in the Sky et Franky-Frenchie Lamar, munie d'un cerceau orangé, dansait le hula hoop »
    Il faudrait encore que le père éploré de Sissy Morgan étreigne le corps pâle de sa fille au fond d'une clairière et que celle-ci succombe au même blessure que sa cousine « Pareilles dans la vie, pareilles dans la mort » pour que l'inspecteur Michaud et tous les hommes réunis sous le ciel froid de Bondrée concluent que l'horreur qu'ils avaient sous les yeux n'était pas l’œuvre d'une coïncidence mais d'un tueur, un monstre, un voisin, alimentant les rumeurs et les soupçons.
    Pour quelle raison autre que la beauté provocante de ces deux jeunes filles ? Cette question hanterait Bondrée pour longtemps et l'esprit tourmenté des inspecteurs Michaud et Cusak.

    Il y a ces polars, vous voyez de quels polars je veux parler. Ces Ellroy, ces Tim O'Brien, ces James Crumley, ces romans noirs dont on a lu un jour les premières pages convaincu que l'enquête ou l'intrigue policière n'aurait plus jamais d'importance à nos yeux au regard du style, de l'écriture et des fragilités existentielles qui habitent ces textes et leurs personnages de papier - les victimes du couperet final, la bête humaine comme les âmes errantes qui ont sombrées une fois et pour toujours dans les abîmes d'une scène de crime. Bondrée en est.

    Et je n'ai pas beaucoup de mal à dire qu'il s'agit sans doute d'un des plus grands polars que j'ai lu en cette fin d'année 2017. Dire combien cette histoire s'est insinuée en moi. Le lac Boundary Pound, ces forêts s'étendant à perte de vue, la rivière Moose et les montagnes alentours, ce décor de carte postale comme surgit d'un songe, des souvenirs d'une gamine qui se remémore et d'un été où l'enfance, l'innocence et la placidité ont foutu le camp pour basculer dans l'horreur et les replis de l'âme humaine. Foutu l'amour. Foutu la paix. Foutu la vie. Combien pourtant j'ai aimé la jeunesse, l'insouciance et l'air désinvolte de Zaza et Sisi qui disaient « foc » à la morgue et au monde entier ! Combien j'ai partagé la détresse et l'abattement des habitants de Bondrée. Combien le visage angélique de ces deux jeunes filles et leurs corps meurtris ont hanté mon esprit et celui des inspecteurs Michaud et Cusak, alimentant nos ressentiments, notre haine, notre soif de vengeance envers ce grand ravissement. Combien tous ces personnages m'ont marqué. Michaud chuchotant à l'oreille des morts. Le légiste Mordecai récitant du Shakespeare aux cadavres qui lui sont confiés. Combien la langue, l'écriture de l'auteure dans son mélange de français, d'anglais et d'argot québécois m'a paru si belle et si sensuelle, parcourue tout du long d'une brume et d'une lumière fantasmagoriques.

    Du beau avec du laid, voilà ce qu'a fait Andrée A. Michaud de Bondrée. Une charogne. Un tableau mélancolique. Le jour enseveli où la pluie ne peut effacer tous les souvenirs. Un roman d'atmosphère d'une poésie noire et sublime.

     

    Allan

  • Alien versus Tokyo : une invasion comique et rafraichissante !

     

    Tokyo-alien-bros-1-lezard-noir.jpgTOKYO ALIEN BROS

    de Keigo Shinzo

    Editions Le Lézard Noir

     

    Un panard complet ce manga !


    Usbek et Rica dans le rôle de deux aliens envoyés sur terre afin de déterminer si oui ou non le terrain est viable !


    Mais c'était sans compter sur l'absurdité, les vices et la complexité de la psyché humaine et la propension inégalée de ces deux énergumènes polymorphes à basculer dans des quiproquos fabuleux et des scènes d'anthologie à vous réduire à néant le mythe des envahisseurs venus de l'espace !


    Fichtre, c'est frais et hilarant ! Allez-y !

     

    Allan

     

  • Deux héros pas très ordinaires...

    polar, mackay, fille, kenyon, street, calmann, lévy, washingtonLa fille de Kenyon Street

    David Swinson

    Trad. de l’anglais US par Mireille Vignol

    Ed. Calmann Levy     20.90€

    Franck Marr est un ex inspecteur au commissariat de Washington DC. "Ex inspecteur" car il s’est fait jeter de la police pour cause de gros problèmes liés à sa consommation un peu trop prononcée pour la cocaïne… Il vit désormais en vendant ses qualités de fin limier à son amie Leslie Costello, avocate de la défense, et satisfait son penchant pour les stupéfiants en cambriolant les repaires de trafiquants du secteur. Une vie comme une autre quoi. Il s’en sort pas mal finalement.

    Tout dérape le jour où, en plein maraudage dans une planque de latinos, il tombe par hasard sur une adolescente ligotée à une chaise, vraisemblablement droguée, violée et battue. Que faire de ça ? Comment expliquer sa présence ici ? Comment pourtant ne pas essayer de sauver cette gamine avant le retour de ses bourreaux ? Les emmerdes commencent mais Franck Marr ne se départ jamais d’une espèce de flegme réjouissant pourvu qu’il soit assisté d’un petit rail de coke. C’est pas très moral tout ça mais on compose avec sa vie comme on peut.

    Avec cette première enquête, David Swinson, lui-même ex-inspecteur au Metropolitan Police Departement de Washington maintes fois distingué pour son travail dans la répression du trafic de drogueet du grand banditisme, nous propose un polar particulièrement bien incarné. C’est bon, désinvolte et saisissant. On adore !

    L’enfer est au bout de la nuitpolar, mackay, fille, kenyon, street, calmann, lévy, washington

    Malcolm Mackay

    Trad. de anglais par Franchia Gonzalez-Batlle

    Ed. Liana Levi       7.30€

    Enfin en poche !

    Glasgow et sa pègre. Après la formidable trilogie sur les pas de Calum MacLean, le tueur attitré du clan Jamieson, Malcolm Mackay nous entraîne à présent sur les traces d’un autre type de l’organisation : le cogneur Nate Colgan. Celui que l’on appelle pour brutaliser le pauvre type qui ne paie pas ses dettes par exemple, ou celui qui ne respecte pas les consignes… Un bon tas de muscle donc, mais quelqu’un d’intelligent aussi qui va devoir se servir de ces deux qualités dans cette nouvelle affaire : le grand chef Jamieson moisissant en prison, ses lieutenants se découvrent des ambitions. Quand arrive en plus la nouvelle qu’une organisation concurrente en rapport avec Zara, l’ex-fiancée de Colgan, convoiterait leur territoire, alors là oui, vraiment, il va falloir la jouer très fine. Il y aurait même de la manipulation dans l’air.

    Partie de billard à trois bandes garantie ! Un personnage attachant au code moral très strict et une narration à l’économie pour un polar redoutable… on en redemande !

     

  • Des mangas, pas des mangouilles !

     

     Tokyo-kaido-1.jpgTOKYO KAIDO

    de Minetaro Mochizuki

    Ed. Le lézard noir

     

    Qu'on se le dise entre nous. Il y a Manga et mangouille. Seigneur et petite frappe. La cour des grands et le bac à sable. Si je dis "Mochizuki" et que vous me répondez "Pâtisserie japonaise", c'est qu'il vous faut lire "Tokyo Kaido" sans plus attendre et apprendre à faire tout de suite la différence entre un vrai bon manga et un étouffe bouddhiste !

     

    Sur ce, trêve de parlotte, lisez cet OVNI.

     

     cantine de minuit,lézard noir,dead dead demons dededede destruction,lady snowblood,solanin,tokyo kaido,minetaro mochizuki,inio asano,kazuo kamimura,kazuo koike,yaro abe

     

     

     

     

    Solanin-1-kana.jpgSOLANIN

    de Inio asano

    Ed. Kana

     

    C'est pas évident de mettre des mots sur tout ce que j'ai ressenti en lisant Solanin pour la toute première fois. Faut se représenter la bourrasque d'émotions que c'est... le fait de passer d'un rire à une crise de larmes en l'espace de deux tomes. D'avoir autant d'empathie pour des personnages de papier et de trouver parfois comme un air de ressemblance entre une simple histoire et son propre quotidien.

     

    Solanin, c'est la romance fragile d'un jeune couple goûtant aux petits bonheurs et grandes galères de la vie dans la gigantesque Tokyo. C'est une mélodie folle qui raconte à sa manière la jeunesse : celle qui s'illusionne, est éprise de liberté, croit en ses rêves de gosse, tente de préserver une part de son insouciance et de repousser toujours plus loin un monde d'adultes qui ne lui correspond pas.

     

    Ça sonne encore trop creux dit comme ça mais c'était beau, voilà tout. Beau, dramatique et ivre d'espérance !

     

     

     

    lady_snowblood_01.jpgLADY SNOW BLOOD

    de Kazuo Kamimura et Koike

    Ed. Kana

     

    Il y a le ciel, le soleil et les nuages ! Et au-dessus, il y a feu Kazuo Kamimura ! Mon dieu du manga ! Sacré prix du patrimoine du festival d'Angoulême ! Un prix teeeeellement mérité !

     

    Lady Snow Blood, c'est l'histoire de cette femme vengeresse qui inspirera à Quentin Tarantino son film Kill Bill ! Un manga beaucoup trop culte si vous voulez mon avis ! Enfin ce n'est pas tout. Le club des divorcés, c'est Kamimura ! Lorsque nous vivions ensemble, c'est Kamimura ! L'apprenti Geisha, c'est Kamimura ! Les femmes, c'est lui, la beauté, c'est lui, la grâce et la splendeur, c'est lui, les romances tragiques, c'est lui et enfin, les meilleurs Gekida (manga social), c'est lui et je ne suis absolument pas objectif !

     

    A découvrir, redécouvrir, oublier et découvrir encore une fois !

     

     

     

    dead-dead-demons-dededededestruction-t1-270x382.jpgDEAD DEAD DEMON'S DEDEDEDE DESTRUCTION

    de Inio Asano

    Ed. Kana

     

    Le pitch, c'est que des extraterrestres ont planté leur vaisseau au-dessus de Tokyo (un peu façon District 9). Il y a eu comme un gros incident et des morts parce que c'est dans la bouche de tout le monde mais jusque là, on n'a pas vu la couleur d'un martien. En 3 ans, rien n'a bougé, pas même une petite invasion. L'état d'urgence a été levé mais ceci étant, le gouvernement reste sur les crocs, on pense encore à faire la guerre aux OVNI et à se doter d'une arme de destruction massive qui serait à même de régler l'épineux problème...

     

    Pendant ce temps là, la vie suit son cours dans une espèce d'ambiance de demi-catastrophe et ça, ça rend malade deux nanas qui n'attendent qu'une seule chose dans l'histoire : la fin de l'humanité ! Basta !

     

     

     

    cantine-de-minuit-1-lezard.jpgLA CANTINE DE MINUIT

    de Yarô Abe

    Ed. Le Lézard noir

     

    Ouverte de minuit jusqu'à l'aube, cette petite gargote du quartier de Shinjuku voit passer les personnages les plus hauts en couleur de Tokyo. Aussi abrite-t-elle les histoires les plus touchantes ! Ici, on ne mange pas à la carte mais selon nos envies et nos humeurs passagères.

     

    Pour ceux qui connaissaient déjà l'histoire du Gourmet solitaire de Jiro Taniguchi, remettez les couverts, La Cantine de Minuit est là ! Merci le Lézard noir !

     

     

     

    Allan

     

     

  • De la naiveté dans un monde bien cruel

    L'abominable Charles Christopher

    Ed. Lounak

    19.95€

     

    abominable charles christopher,lounak,karl kerschl,big foot,totoro,nature,forêt de cèdresJ'ai adoré l'abominable Charles Christopher.

     

    Une bande dessinée étrange et surprenante où sous forme de petites saynètes, le lecteur que nous sommes est invité à découvrir la faune un peu bancale d'une forêt de cèdres où tous les animaux semblent s'être pris au jeu d'acteur d'incarner l'âme humaine dans tous ses états !

     

    Au cœur de la forêt, Charles Christopher, créature naïve et étourdie, Big foot avec un air de Totoro, débarque par enchantement et pour une raison que l'on ignore comme une magnifique erreur de la nature !

     

    Dans un monde drôle et cruel où la poésie et la magie ne font qu'un, nous suivrons les aventures de l'abominable Charles Christopher avec un mélange de tendresse et de mélancolie, l'inconnu guidant nos pas et notre cœur...

     

     

    Allan

  • Rencontre avec le mystère du monde quantique !

    Vendredi 21 octobre

     

    Mathieu Burniat

     

    dédicace et rencontre autour de sa BD

     

    Le mystère du monde quantique (éd. Dargaud)

     

    dédicace à partir de 16h / rencontre à 19h

     

    Mathieu Burniat présentera aussi à cette occasion sa toute nouvelle publication, une BD culinaire : Les illustres de la table)

     

    CV_MYSTERE-MONDE-QUANTIQUE.jpg

     

    Hyperlien vers notre article quantique ! :

     

    Le Mystère du Monde Quantique

     

  • Otomo magazine, au bon goût de pop culture japonaise !

     

    Otomo, Rockyrama, ramen, kaiju, pop culture, juin 1986, Albator, Akira, Ultraman, Club Dorothée, Récré A2ROCKYRAMA ANNUAL MAGAZINE présente

     

    OTOMO

     Ramen, Kaiju et Pop Culture

     

    Editions Ynnis 12,50€

    (soit 1500 yens japonais !)

     

    Rockyrama, la très indispensable revue branchée pop culture américaine présentait le 6 juillet dernier son fils caché japonais : OTOMO ou l'autre face de cette pièce aux étendues infinies et aux contours à géométrie variable qu'est la culture populaire !

     

    Otomo, c'est l'appel des ramens, des kaijus* et des mangas déferlant sur l'Hexagone courant des années 2000 ! L'appel et le cri de toute une génération biberonnée à Récré A2 et Club Do ! La belle époque des Tom Sawyer, Nicky Larson et Chevaliers du Zodiaque, sources inépuisables de bonheur animé pour les uns et d'horreurs pour les autres, les amoureux du Japon traditionnel et emmerdeurs maximums, aux premiers rangs desquels on pouvait compter, jadis, l'impayable Ségolène Royale !

     

    « 1979. Les petits français découvrent les aventures d'Albator sur la deuxième chaîne publique. A peine un an après l'arrivée de Goldorak, l'engouement pour le corsaire rivalise avec celui d'Actarus. Mais gardiens du temple et politiques de tous poils n'y entendent à peu près rien et se mettent en tête de mener la vie dure au si subversif envahisseur nippon ! » p12-13

     

    Pouvait-on imaginer pareille revanche sur l'obscurantisme et l’accord parental souhaitable tant, 20 ans plus tard, la culture populaire japonaise s'est imposée en France au nez et à la barbe de tous, grâce à l'effort de guerre des plus passionnés et l'émergence de manga, films et séries qui, incontestablement, ont su marquer les cœurs et les esprits !

     

    Qui peut oublier Akira, pierre angulaire de la bande dessinée japonaise moderne ? Qui, à l'heure où les ventes de One Punch Man ou My Hero Academia explosent, se doute qu'au pays du soleil levant existait la saga du Muscle, première relecture comique du mythe du super héros en caleçon ? Qui, encore, n'a pas été ébahis en regardant pour la toute première fois des films tels que « Mon voisin Totoro », « Princesse Mononoké » ou « Le tombeau des lucioles » ?

     

    Otomo est une réponse et la plus belle des réponses ! Un hymne joyeux à la pop culture nippone et un outil de compréhension pour qui souhaite, initié ou néophyte, replonger dans l'histoire et l'univers du manga et découvrir au passage, une des parts les plus constitutives de la culture japonaise moderne !

     

    La messe est dite ! "Voilà ce que lisent les vrais pirates" à la librairie des Cordeliers !

     

     

    Allan

     

    Lien vers Rockyrama et l'Edito d'Otomo :

    http://rockyrama.com/super-stylo-article/otomo-n1

     

     

    *terme japonais employé pour désigner des créatures étranges, particulièrement des monstres géants tels que Godzilla (pour citer le plus célèbre)

     

     

  • Rencontre avec Xavier DEVILLE

    rencontre dédicace

    vendredi 3 juin

    Xavier DEVILLE

    pour son 1er roman

    Melville street*

    *(éditions Sulliver)

    melville, street, xavier, deville, handicap, dundin, roman, premier

    Un jeune français expatrié à Dundin en Nouvelle-Zélande trouve un emploi comme aide de vie dans une petite maison où vivent 5 handicapés. Aucune formation, simplement quelques consignes à respecter et une charte hypocrite à suivre. Il va devoir se débrouiller tout seul...

    Un premier roman fort, un regard original sur le handicap et la façon dont la société feint de s'en occuper.

    dédicace de 18 à 19h

    rencontre à partir de 19h.

     

     

  • Une histoire de bd et de gingembre !

    Certains disent que le gingembre aurait des vertus aphrodisiaques... Faux ! Ce qui a des vertus aphrodisiaques, c'est cette sélection de bandes dessinées concoctée  par les soins de la librairie des Cordeliers mesdames et messieurs ! Au programme, du franco-belge, du comics, du manga, du roman graphique pour les puristes et beaucoup d'éclectisme avec un cheveux sur la langue bien-sûr !

     

    carnet.jpgCarnet de santé foireuse

    de POZLA

    éd. Delcourt 34.95€

     Comment faire d'une maladie de merde une BD qui vous prend aux tripes tout en déclenchant des fou rire incontrôlables et une furieuse envie de se battre ? Pozla a la réponse dans ce Carnet de santé foireuse qui fait un bien monstrueux là où ça fait mal !

     

     

    sex.jpgSex Story

    de PHILIPPE BRENOT ET LAETITIA CORYN

     éd. les arènes BD 24.90€

     On a envie d'en faire une « sucsexstory », tant l'idée est géniale et sa réalisation une réussite ! Adieu les inhibitions, bonjour les révélations ! On entre dans cette histoire de la sexualité comme dans « Il était une fois la vie », souvenir oblige ! Mais au-delà de son style « bon enfant », Sex Story explore, défriche et démystifie, dans un mélange de rigueur historique et de narration ludique cette dimension essentielle de l'intimité des humains qu'est la sexualité ! Évolution des mœurs, pudeur, érotisme, amour, désir, fruit défendu, sexualité des dieux, éveil des sens, devoir conjugal ou encore comportements sexuels méconnus de personnages pourtant incontournables : tout y passe, sans tabou, vous saurez tout, absolument tout sur sexe !

     

    brésil.jpgDétails d'une vie brésilienne

    de FABIO MOON GABRIEL BA

    éd. Urban comics 15€

    Des vies croqués, des souvenirs, des rêves parfois éveillés, des histoires courtes d'amour, d'amitiés et de deuil, les détails d'une vie brésilienne qui font des frères Fabio Moon et Gabriel Ba les tenants d'une œuvre existentielle forte, pleine de grâce et de splendeur ! Une merveille qui préfigure le grand chef-d’œuvre Daytripper !

     

     

    iran.jpgLove story à l'iranienne

    de JANE DEUXARD DELOUPY

     éd. Delcourt (collection Mirages) 17€95

     On pourrait se croire dans une tragédie shakespearienne mais c'est une Love story à l'iranienne et l'on constate avec hébétude que l'amour est un combat de tous les jours quand on vit en Iran... Voici un recueil de témoignages qui ne manque pas de courage, sur une jeunesse qui a fini de se révolter et tente aujourd'hui de s'aimer, tant bien que mal, quitte à le faire dans la clandestinité... Un peu naïvement, on voudrait que cette bd soit une ode à la liberté et l'amour mais le sentiment qu'elle laisse à la fin est celui d'une incompréhension totale et d'une grande colère envers un régime bouffeur de joie et d'humanité !

     

    coeur fukushima.jpgAu cœur de Fukushima vol. 1

    de KAZUTO TATSUTA

    éd. Kana (collection Made in) 9.90€

     Ni un manifeste de repentir, ni un livre en colère, Au cœur de Fukushima est un journal indispensable et un témoignage unique, ô combien humain, d'un travailleur de l'ombre. Les ouvriers du nucléaire sont loin d'être considérés comme des héros au Japon mais l'ampleur de la reconstruction fait d'eux des hommes humbles et courageux ! Distant de tout catastrophisme, Kazuto Tatsuya raconte son incroyable expérience après avoir travailler 6 mois à Fukushima Daiichi et atteint la dose limite annuelle de radiations.

     

    underwater.jpgUnderwater le village immergé vol. 1

    de YUKI URUSHIBARA

    éd. Ki-oon (collection latitudes) 15€

     A lire les pieds dans l'eau, sous un arbre ou allongé dans l'herbe en se laissant distraire par la forme des nuages et le bruit du vent ! Underwater répond à ce besoin d'évasion. La plume légère et aérienne, Yuki Urushibara, dépeint un monde entre rêve et réalité, à mi chemin entre Le Voyage de Chihiro et Quartier Lontain !

     

     

     

    Allan

  • Des nouvelles de la Grèce.

    ikonomou, grèce, nouvelles, ça, va, aller, voir, quidam

    Ça va aller, tu vas voir

    de Christos Ikonomou

    trad. du Grec par Michel Volkowitch

    éd. Quidam 20€

    Ils sont chômeurs fraîchement élus, travailleurs précaires, fabricants de glace, retraités sans le sou, femme de ménage à l’hôpital… Ils sont grecs. Leur pays est en crise et tandis que certains, que l’on ne voit jamais entre ces pages, s’en sortent plutôt bien, eux surnagent en se demandant pendant encore combien de temps ils vont pouvoir garder la tête hors de l’eau.

    Garder la tête hors de l’eau, c’est vraiment ça l’image, car les personnages de ce recueil de nouvelles sont comme les naufragés d’un pays qui sombre lentement mais sûrement et à qui l’on dit qu’il n’y a plus de place dans les canots de sauvetage. On y pense forcément quand on fait la queue avec ce type qui attend son salaire depuis deux mois « et quand ça va être ton tour, on te dit que c’est fini, qu’il n’y a plus d’argent, revenez la semaine prochaine ». Quand les temps sont durs, garder la tête hors de l’eau, c’est déjà pas mal. En lisant ce recueil, on pense forcément au recueil de nouvelles d’Olivier Adam qui avait écrit Passer l’hiver en 2004. « Passer l’hiver », « garder la tête hors de l’eau », voici deux écrivains frères, des écrivains des petites victoires de la dignité.

    Publié en Grèce en 2010. Ça va aller, tu vas voir est l’œuvre d’un ikonomou, chrystos, quidam, grèceauteur-caisse de résonance qui perçoit le pouls de son pays et sait trouver les mots pour dire ce qui ne va pas quand les citoyens eux-mêmes restent sans voix. Ainsi cet homme à la Sempé qui n’en peut plus et qui un jour prend une pancarte sur laquelle rien n’est écrit et s’en va exhiber « le vide incroyable » qui l’habite. Une colère sans mot. Au-delà des mots ? Il y a dans ce livre des gens qui veulent gueuler mais n’y arrivent pas ! Ils aimeraient s’en prendre à quelqu’un mais ils ne savent pas à qui. Les riches, les puissants, les politiques, on ne les croise pas dans la vie des personnages de Chistos Ikonomou. Ils sont inatteignables et dès qu’on les approche d’un peu trop, la police et là justice sont là pour vous humilier et vous envoyer pour un petit séjour derrière les barreaux. Alors, on se méfie entre pauvres, entre dépossédés, entre mendiants d’allocations. La nouvelle qui ouvre le livre, à cet égard, est bouleversante. Une femme lave sa salade et repense à l’homme avec lequel elle vivait depuis quelques mois, elle travaillant, mettant patiemment chaque jour dans un petit cochon rose quelques pièces arrachées au quotidien, tandis que lui l’incitait chaque soir à « nourrir » la bête…Eh, bien cet amant est parti sans dire un mot le jour même avec le petit cochon rose et les quoi ? 800 ? 900 euros ? qu’il contenait… Alors elle pense « Si nous les pauvres faisons des choses pareilles à des pauvres, qu’est-ce que les riches doivent nous faire ? ».

    Les temps sont durs mais Ikonomou ne cède que très rarement au désespoir. Ses personnages sont saisis dans une mauvaises passe au cœur d’un pays lui-même dans une très mauvaise passe, mais lorsqu’on les quitte, on sent qu’il leur reste encore suffisamment de dignité pour se battre. Le titre du recueil est évocateur de ce point de vue là.

    Comme à la fin d’une lecture d’un recueil de Raymond Carver, il nous reste plein d’images d’un livre pareil : une femme qui lave une salade, obstinément, un homme qui s’en veut du décès de sa femme à l’hôpital parce qu’il n’était pas là pour garantir les frais, des retraités passant la nuit à s’engueuler en attendant des bureaux de la Sécu, une bite d’amarrage qui sourit puis qui pleure, un couple exproprié qui s’apprête à partir en Bulgarie, un clébard enragé qui va tout faire foiré, un garçon qui parle aux chats et veille sur le quartier, un père qui erre à la recherche d’une idée pour glaner quelques pièces et acheter à son garçon resté chez lui un œuf Kinder pour Pâques… Plein d’images.

    Ça se passe en Grèce, mais cela se passe un peu partout ailleurs en Europe en ce moment et en cela, Ikonomou touche juste. Vous allez être secoués par cette lecture, mais peut-être en sortirez vous aussi avec un sentiment de fraternité renforcé et une envie de combattre décuplée. Voici un livre indispensable qui, comme le dit l’auteur lui-même, « montre le combat de l’homme pour ne pas perdre son humanité dans un monde qui devient sans cesse de moins en moins humain ».

     

    François