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07/03/2017

Contre la bêtise !

ferrari, jérôme, flammarion, croix, articles, passe, quelque, choseIl se passe quelque chose

Jérôme Ferrari

Ed. Flammarion, 12€

De janvier à juin 2016, l’écrivain Jérôme Ferrari a tenu une chronique hebdomadaire dans l’édition du lundi du quotidien La Croix. Plutôt en colère contre les éditorialistes de tous bords et autres professionnels de l’opinion qui pullulent et empêchent de penser, il ne considérait pas qu’ajouter ses propres opinions et son propre discours aux leurs, serait-ce pour les contredire, ait le moindre intérêt. Mais la tristesse des passions qui secouent notre société et la maltraitance que politiques et communicants font subir à notre langue l’ont convaincu, pour quelques semaines du moins, à revoir sa position.

Lire Il se passe quelque chose est absolument vivifiant tant la pensée de l’auteur d’Où j’ai laissé mon âme est d’une exigence et d’une intelligence peu commune, c’est le moins que l’on puisse dire. Qu’il parle de la langue Corse, de la déchéance de nationalité, de repentance, de laïcité, de l’enseignement de l’arabe, de Finkielkraut ou des réseaux sociaux pour ne citer que quelques uns des thèmes abordés dans cet ouvrage, il ne manque jamais d’en saisir la portée en l’éclairant à la lumière de penseurs (des vrais cette fois-ci) qui lui sont chers. Simone Weil, Arthur Schopenhauer, Hannah Harendt, Boris Savinkov, Albert Camus, Clément Rosset ou Freud.

Les mots ont un sens. Les médias s’échinent souvent à le lui faire perdre et à nous servir à la place une bouillie infâme en guise d’opinion. La bêtise des prises de parole politiques est insondable. Internet est le plus grand désinhibateur de discours haineux et de points de vue ineptes jamais imaginé par l’homme. Lire ces articles de Jérôme Ferrari, c’est respecter la langue et renouer avec une pensée un peu plus complexe, car la réalité des choses est complexe et mal nommer, oublier ou nier cette complexité est une insulte à l’intelligence. Ferrari ne donne pas son opinion dans ces quelques150 pages, il s’alarme simplement en constatant que la pente sur laquelle est en train de rouler notre monde est bien préoccupante, et qu’il est peut-être déjà trop tard pour réagir. Cela ne doit cependant pas nous empêcher de penser pour constater avec beaucoup de lucidité que le mur sur lequel nous allons nous écraser approche de plus en plus vite !

 

23/02/2017

Like a Steak Machine !

004564699.jpgSTEAK MACHINE

Geoffrey Le Guilcher

Editions Goutte d'Or 12€

 

Faites-vous les crocs sur Steak Machine, le récit coup de poing de 40 jours d'infiltration totale dans un abattoir industriel ! C'est pas Chicago ni "La jungle" d'Upton Sinclair mais la Bretagne et au menu : découpes, effusions de sang, cadence infernale et défonces nocturnes !

 

Bienvenue dans un univers interlope aux antipodes de nos assiettes, sur une chaine abattant pas moins de 2 millions d'animaux par an, où ta dignité tu peux te la mettre où je pense et où "si tu te drogues pas, tu tiens pas".

 

Alors sur ce, bonne appétit.

 

Allan

14/02/2017

Montana 1948

montana 1948,larry watson,gallmeister,bentrock,roman noir,huit-closMONTANA 1948

de Larry Watson

 

Ed. Gallmeister  8€20

traduit de l'américain par Bertrand Péguillan

 

 

Quels souvenirs garde-t-on de son enfance à la moitié du chemin ? Une poignée d'images d’Épinal peut-être. Un bel album de famille que l'on feuillette dans sa mémoire et qui se referme sur nos premiers émois, la première goutte d'ether et le début des 400 coups. On se souvient sinon d'un drame, d'une douleur sourde qui soudain avait accaparée toute notre enfance et marqué à jamais la perte de nos illusions et de notre innocence.

 

Montana 1948. Un homme se remémore l'été de ses douze ans. De celui-ci « je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n'a pu chasser ni même estomper ». Ainsi s'ouvre le récit du jeune David Hayden. Cet été 1948, dans la petite ville de Bentrock, une jeune femme sioux, Mary Little Soldier, nurse de la maison Hayden tombe malade et refuse catégoriquement d'être examinée ou ne serait-ce qu'approchée par Franck, oncle de David et médecin de famille. A l'incompréhension générale succèdent les lourdes accusations de Mary. Car l'oncle idéal et le charismatique héros de guerre que se figure le jeune garçon aurait la réputation d'abuser de ses patientes « peaux-rouges ». Alors que le père de David, shérif de son état et frère de Franck entre bientôt dans la confidence, les soupçons se confirment : Mary est retrouvée morte un matin.

 

Voilà comment un gamin voit, en l'espace d'une saison, son enfance voler en éclats et son petit cadre de famille, qui reposait gentiment sur le rebord de la cheminée, se briser sous le poids des non-dits et des silences coupables. Larry Watson écrit le passage de l'enfance à l'âge adulte pour en faire la sève d'un drame qui ne dit pas son nom et le ressort tragique de ce roman. Le lieu de tous les conflits intérieurs. On ne choisit pas sa famille mais saurait-on faire le choix de la justice ?

 

Reste de ses 150 pages ciselées à merveille le sentiment d'avoir tenu entre ses mains un huit-clos absolument bouleversant et, de faite, un roman culte impérissable !

 

 

03/12/2016

La tronche du patrimoine

9782330066529.jpgMa part de Gaulois

Magyd Cherfi

Ed. Actes Sud 19,80€

 

Magyd, c'est un magicien. Ses mots, c'est des incantations. Dans la rue Raphaël, quartier Nord de Toulouse, les uns réclament la légende des quartiers, « un truc qui tue ! », comme on demande au Djinn "Exauce mes vœux". Les autres se piquent d'un « parle bien ta race », « écrivains de mes couilles ! ».

 

C'est l'année du baccalauréat pour Magyd et quand une mère a décidé pour son fils, son fils n'a pas le choix : il sera le premier bac arabe de la cité ! L'enfant élu ! « L'espoir de la fraternité de demain » dans « la piaule à Jules ferry » - république cosmopolite oblige. Une manière d'esquiver comme on le dit à l'époque « les barrières à bicots »

 

C'est la fin des années Giscard, l'arrivée de Mitterrand au pouvoir, des rumeurs qui vont avec et de la douce paranoïa qui s'en suit. « Révise tes classiques, pour eux il reste le ministre de la guerre d'Algérie, frérot... ».

 

Où trouver sa part de gaulois ? C'est là la quête douce amer du jeune banlieusard algérien. « Que devrais-je être ? Arabo-beur, franco-musulman, berbéro-toulousain, gaulo-beur, franco-kabyle, maghrébo-apostat... j'arrête là ».

 

Ma part de gaulois, c'est un peu de ce rendez-vous manqué entre deux France. Et d'Histoire mise sous le tapis. C'est la télé éteinte une bonne fois pour toute, l'histoire de Magyd et de son quartier, des drames du quotidien comme des moments de pure évasion et cet incroyable sens de l'autodérision qui illumine le tout !  

 

Que dire de plus, voilà un roman qui permet de garder la tête froide et le cœur chaud ! Sublime Cherfi !

 

Allan

 

01/10/2016

L'antihéros moderne a trouvé son maître !

 1507-1.jpgMauvais coûts

Jacky Schwartzmann

Ed. La fosse aux ours 17€

 

 

Mauvais coûts et mauvais goût n'ont qu'une lettre de différence ! C'est subtil et c'est pour ça que c'est bon !

 

Dans les grandes lignes, ce roman noir, c'est l'histoire d'un salaud, cynique et misanthrope, acheteur dans une multinationale qui vient pour faire régler l'addition à tous les avortons et lèches bottes qui gravitent comme des mouches à vous savez quoi autour de son business juteux !

 

Ce type est détestable. C'est l'antihéros moderne par excellence ! Mais on s'y attache. Il s'appelle Gaby Aspinall et je trouve que son petit nom en jette.

 

 Alors oui ! Mauvais coûts vient gifler nos petites joues rebondies de lecteurs prudes et silencieux ! Il y a ceux qui aimeront et ceux qui n'aimeront pas mais je défends quiconque de rester impassible devant ce spécimen rare d'humour noir aux dialogues cultissimes ! 

 

Allan

 

24/09/2016

33 révolutions sur un vieux disque rayé

 004142869.jpg33 révolutions

Canek Sanchez Guevara

(trad. Espagnol (Cuba) René Solis)

Éd. Métailié 9€

 

Premier et unique roman écrit par le petit-fils du Che, 33 révolutions est la lecture qui, en cette rentrée littéraire, m'aura surpris au-delà de mes attentes ! 

 

C'est le temps d'un trajet et d'un café avant d'aller au boulot. On se prend à suivre les errances d'un trentenaire désœuvré traînant son spleen dans le Cuba de l'après révolution. La révolution, qu'est-elle au juste ? Un gros géant à la Pavarotti avec un enthousiasme grand comme l'univers mais devenu, au fil du temps, un homme maigre, anodin et sans charisme. De cette histoire fragmentée, on tire une photographie noire et blanc d'un petit pays qui tourne depuis longtemps comme un vieux disque rayé. Rhum, salsa, tabac, avec un p'tit détour chez la Russe du neuvième étage. Moments de splendeur, fumée de cigarette qui se dissipe en montant jusqu'au plafond, se mélangeant au parfum de la sueur, du sexe et des tropiques. Puis l'air de la ville se raréfie, chaleur criminelle et notre regard s'arrête sur des gens qui somnolent et les immeubles qui fondent comme dans une toile de Dali, raconte le cubain.

 

Entre désenchantement et espoir, Canek Sanchez Guevara écrit avec une langue pénétrante et hypnotique un puissant chant de liberté ! 33 révolutions à hauteur d'homme avec pour horizon la mer, lointaine, l’écho d'un 33 tours et la promesse d'une autre vie...

 

 Après cela, je quitte le café, l'air placide et l'esprit ailleurs.

 

 

Allan