Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/08/2014

Goolrick, on adore !!!

chute,goolrick,princes,anne,carrière,féroces

La chute des princes de Robert Goolrick

trad U.S. éd. Anne Carrière 20€

Les larmes aux yeux, j’ai terminé la lecture fiévreuse de ce texte incroyablement lumineux de Robert Goolrick qui revient sur une période qu’il semble avoir trop bien connue : le New York des années 80 et ses abus déjà croisés dans les romans de McInerney. Trop de fric d’abord. Une avidité inouïe ! Trop de came ensuite, trop de sexe, trop d’alcool, l’excès pour seule limite et une morgue incroyable dans le regard posé sur le reste du monde qui n’est pas de la fête. Retour sur cette période à travers la confession d’un broker de Wall Street encore tout étonné, 30 ans plus tard d’être ressorti vivant de ces années de gloire puis de désolation où beaucoup ont laissé leur peau. L’écriture de Goolrick est touchée par la grâce d’un ange fitzeraldien. Une élégance incroyable pour faire le portrait de beautés overdosées, de courtiers au cynisme aveuglant et  de relations qui ressemblent à l’amitié et finissent la peau sur les os, la peur au ventre et le sida pour dernier frisson. Le retour de bâton fait un carnage. Nous ne les plaindrons pas, certes. Mais il y a tellement d’amour dans cette prose, comme dans ce portrait ultime d’un jeune travesti au grand cœur que, oui, la chute de ces princes est digne de nos larmes.

Pour rappel, Robert Goolrick est l'auteur de Féroces et de Arrive un vagabond. également parus aux éditions Anne Carrière et Pocket.

féroces,goolrick,pocketFéroces de Robert Goolrick

éd. Pocket 6.20€

Comment parler d'un livre pareil quand on est encore sous le choc de ses dernières pages, quand on reste le coeur serré en plein milieu de la nuit à tourner et retourner entre ses mains cet objet littéraire explosif aux apparences pourtant tellement anodines ?
Féroces. Le titre, en français, est en fait très mal choisi. Robert Goolrick avait intitulé ce roman en anglais : La fin du monde telle que je l'ai connue : scènes d'une vie, annonçant d'emblée le caractère autobiographique de son entreprise tout en lui conférant une note élégante et tragique. 
Les années 50 en Virginie. La famille Goolrick semble vivre dans un état de joie permanent, réalisation parfaite de ce que la société américaine d'alors peut produire de plus achevé. Les Goolrick ont plein d'amis qu'ils reçoivent où visitent quasi quotidiennement, des robes et des costumes d'une très grande élégance pour habiller leur réputation d'infatigables noceurs et un esprit d'un charme fou qui font d'eux les personnes indispensables à avoir dans un carnet d'adresses digne de ce nom. Ils singent la vie telle qu'ils la lisent dans la revue du New Yorker qui leur sert de référence indépassable, ils lisent les romans de John Cheever ou de Updike, apportent un soin tout particulier à l'élaboration de leur jardin et achètent des quantités de glace pillée pour rafraichir les dizaines de cocktails à venir. En apparence, ces Goolrick là, avec leurs trois enfants, nagent dans le bonheur. Il y a cependant une règle chez eux que chacun se garde d'outrepasser : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe dans la maison.
On ne parle pas des mille et une astuces pour vivre au-dessus de leurs moyens en tapant à droite et à gauche ces quelques précieux dollars qui leur permettront d'organiser, ce soir encore, un de ces apéritifs délicieux qui font leur réputation. On ne dit rien des doses goolrick,robertd'anxiolytiques dont ils se nourrissent pour garder le cap jusqu'à leur prochaine soirée. Rien non plus de l'état permanent de gueule de bois dans lequel ils vivent, le plus souvent incapables de répondre aux demandes d'amour de leurs propres enfants, se montrant même à l'occasion parfaitement cruels avec eux en société pour le bonheur d'un trait d'esprit. Et puis il y a ce secret. Il y a surtout ce secret. Cette chose abominable dont il ne faudra jamais parler ou sinon " des choses terribles arriveront".
Un des chapitres de Féroces s'intitule L'été de nos suicides. Où l'on lit pendant une vingtaine de pages insoutenables comment Robert Goolrick est tombé à l'âge de trente ans au plus profond d'une dépression suicidaire durant laquelle il s'est appliqué, pendant de longues semaines, avec une "jouissance érotique", à s'auto-mutiler en se coupant les veines chaque fois un peu plus profondément. Ce chapitre central est d'une force terrible. Il plonge le lecteur dans un profond sentiment de compassion envers cet inconnu de papier dont on ignorait jusqu'à l'existence avant d'avoir ouvert ce livre, et l'oblige à se demander ce qui a donc poussé donc ce type à en venir à de pareilles extrémités. 
Quel est ce secret pourri qui empoisonne en silence la vie des Goolrick ? Vous ne l'apprendrez qu'à la toute fin du livre, révélation bouleversante qui vous pousse à penser, avec le narrateur malheureux de cette histoire magnifiquement écrite : "Comment ont-ils fait pour continuer, sachant ce qu'ils savaient, et chacun sachant ce que l'autre savait ?"

goolrick,arrive,vagabond,Arrive un vagabond de Robert Goolrick

éd. Pocket 6.80€

Le portrait d'une petite ville de Virginie bien paisible, bien tranquille avec ses "bonjour-madame-Brown-vous-allez-bien ?" etc, etc. 

Arrive un inconnu. Plutôt beau gars. La trentaine sportive, un pickup, deux valises. Dans une des deux valises, des couteaux de bouchers. Boucher, c'est son métier, son art. Mais il ne va pas se passer ce que vous imaginez déjà... Et pourtant vous avez raison, tout ça sent le drame à plein nez et vous n'allez pas être déçus ! L'écriture de Goolrick est un piège d'élégance...

Méfiez-vous !

23/08/2014

Éblouissant !

salter,rien,autre,olivier

Et rien d'autre de James Salter

trad. anglais (U.S.) éd de l'Olivier, 22€

"En 1996 paraissait en France, presque 30 ans après sa publication aux Etats Unis, Un sport et un passe temps, une plongée au cœur d'une passion érotique hors du temps vouée à une fin brutale. Un bonheur parfait, qui paru l'année suivante se présente comme le pendant de cette première histoire. On y découvre le modèle exemplaire d'un couple qui aurait mis le modèle américain à ses pieds, mais qui, par peur de l'ennui, va chercher dans d'autres bras quelques instants de jouissance. Jeu dangereux puisque après le frisson éphémère de la découverte d'un corps inconnu, on se retrouve fatalement face à soi, aussi seul qu'avant. Et rien d'autre clôt en quelques sorte ce triptyque du sexe et de l'amour en racontant la vie d'un homme depuis la guerre jusqu'à ses vieux jours.

[...] A mesure qu'il gagne en âge, il se détache du leurre de l'amour salter,rien,autre,olivierromantique, et ses partenaires sont de plus en plus des femmes qui, comme lui, cherchent la jouissance du sexe et la fraternité intellectuelle. Et rien d'autre est l'histoire d'un homme qui apprend à ne mendier ni l'amour ni la reconnaissance et qui accepte les défaites amoureuses avec la sagesse de celui qui a compris que l'on ne retient ni les sentiments ni les moments de bonheur. Salter excelle a décrire ces passages de solitude, ces instants en suspension à peine accrochés à un rayon de soleil dans l'interstice d'un rideau et qui sont d'une beauté à pleurer."

Article de notre ami Michel Edo de la librairie Lucioles à Vienne, à retrouver dans le magazine Page des libraires.

05/08/2014

Oliver Crisp, aventurier malgré lui !

oliver,îles,vagabondes,seuil,reeve,mcintyreOLIVER ET LES ILES VAGABONDES de Philip Reeve et Sarah McIntyre

éd. Seuil Jeunesse 11.50€  à partir de 8 ans

 Avoir des parents explorateurs, faire quatre fois le tour du monde, vivre des aventures fantastiques comme découvrir des cités disparues ou élucider des énigmes vieilles comme le monde, ça ne laisse pas beaucoup le temps de s’ennuyer ! Et c’est bien ça l’ennui. A 10 ans, Oliver n’a jamais eu le temps de se faire des amis, de se sentir chez lui ou pire encore, d’aller à l’école, comme tout enfant qui se doit ! Il en a ras le bol Oliver et il est bien décidé à profiter enfin de la « retraite » de Mr et Mme Crisp, ses parents, pour se ranger une bonne fois pour toute ! Au garage l’exploramobile et bonjour la petite ville côtière de Calmeflot ! Après tout, quoi de plus excitant que de se réveiller chaque matin pour contempler le même paysage ? Hum… C’était sans compter sur la disparition soudaine et mystérieuse de Mr et Mme Crisp – incorrigibles décidément !

 « La plupart des gens se seraient inquiétés de la disparition de leurs parents et d’un groupes d’îles non cartographiées. Ils se seraient mis à courir en hurlant et auraient appelé la police ou le garde-côte. Pas Oliver. C’était un Crisp, il savait garder son sang froid. »

Qu’à cela ne tienne, Oliver se lance à l’aventure à la recherche de ses parents disparus. Mais… dans cette histoire, les îles ont des jambes et parcourent les océans, les algues sont bavardes, sarcastiques et donnent naissance à de petits singes de mer verts et méchants ! Accompagné d’un albatros grincheux, d’une sirène myope dénommée Iris et d’une petite île timide, Oliver met le cap sur les Bas-fonds, au rendez-vous extraordinaire des îles vagabondes…

Qu’on se le dise. On a une âme d’aventurier ou on n’en a pas. Oliver a ça dans le sang depuis toujours et malgré vous, aucune chance de vous ennuyiez en compagnie de ce p’tit gars !

Lecture coup de cœur pour explorateur et exploratrice averti(e)s.

 

27/07/2014

Petit meurtre vintage

roseanna,per,walhoo,sjowall,maj,rivages,polar,suédoisRosaenna de Per Walhoo et Maj Sjowall

éd. Rivages 9.15€

L'été, c'est le moment idéal pour lire ou relire les classiques ou, pourquoi pas, ces bouquins un peu oubliés mais dont on a entendu parler et qui ne manqueraient, paraît-il, ni d'intérêt ni de charme, fut-il un peu désuet ! Alors pour les amateurs de romans policiers et plus particulièrement pour ceux qui raffolent et ne se lassent pas de crimes nordiques dans la lignée des Mankell, Indridason et autres Stig Larsonn, voici Maj Sjowall et Per Wahloo, le duo de choc à l'origine de cette tradition de littérature criminelle venue du grand nord ! Dès 1965 ce couple d'écrivains crée le personnage de Martin Beck, inspecteur suédois de la police de Stockholm dont les enquêtes vont passionner comme jamais les lecteurs du monde entier jusqu'en 1975 et engendrer une prestigieuse lignée d'auteurs scandinaves.

Martin Beck, tel qu'il apparaît dans Roseanna la première enquête qui lui est dédiée, est un flic d'humeur maussade, empêtré dans un mariage usé jusqu'à la corde et se sentant coupable, sans pouvoir se l'avouer à lui-même, d'une situation personnelle désastreuse où il ne voit plus grandir ses enfants et oublie d'aimer sa femme. Peu bavard, il réserve ses plus grandes envolées aux transports en commun, responsables selon lui de tous les maux... une marotte en quelque sorte qui le rend sympathique.

Le roman commence avec le cadavre d'une jeune femme repêché dans le canal de Borenshulte. Elle est nue et a manifestement été rudement molestée avant d'être jetée par dessus bord. Comment retrouver le criminel avec les moyens de l'époque quand aucun indice ne se propose aux enquêteurs venus en nombre pour tirer cette affaire au clair ? Martin Beck va devoir faire preuve d'une grande patience et d'une obstination hors norme pour débusquer l'auteur du meurtre de cette jeune femme qui s'avèrera être une touriste américaine répondant au prénom de Rosaenna.

Le double dépaysement, géographique et temporel, apporte énormément au charme à ceroseanna,per,walhoo,sjowall,maj,rivages,polar,suédois roman qu'un humour très moderne, notamment dans son rapport aux problématiques sexuelles, contrebalance pour le plus grand plaisir du lecteur. Les interrogatoires, en particulier, sont des merveilles de drôlerie et de finesse. Le personnage de Rosaenna lui aussi, tel qu'il se dessine en égérie moderne d'une concupiscence féminine décomplexée, marque le lecteur comme il dresse face à lui une société nordique traditionnelle qui n'est peut-être pas encore prête à l'accepter. Le rythme du livre, d'abord lent alors que l'enquête piétine, gagne en intensité lorsque l'étau semble se resserrer sur l'individu vers lequel portent les soupçons les plus accablants. C'est vraiment bien ficelé. La résolution de l'énigme est imparable et cette enquête laisse une émotion étrange dans le coeur du lecteur qui comprend bien qu'en ces années 60, un monde, une société, basculent dans une révolution des moeurs qu'une criminalité nouvelle ne manquera pas d'accompagner.

On en redemande.

02/07/2014

Se dissoudre en mots...

gwyn,baricco,alessandro,gallimard

Mr. Gwyn d'Alessandro Baricco

éd. Gallimard, 18.50€

Le romancier britannique Jasper Gwyn décide d’abandonner son art alors qu’il est au sommet de sa gloire. Il abandonne la littérature. Les relances désespérées son agent littéraire, n’y feront rien : sa décision est prise, il va s’agir à présent de disparaître des journaux, des médias, du petit monde littéraire et devenir très peu près avoir été beaucoup.

Dans un premier temps Gwyn disparait  complètement et pendant de longues semaines il ne donne quasiment plus signe de vie. Mais un artiste peut-il échapper à son art ? Un écrivain peut-il faire autre chose qu’écrire ? Au bout de plusieurs mois, le manque apparaît dans la vie de Gwyn. Le besoin d’écrire est là, physique, et l’artiste va devoir trouver un moyen de le soulager sans revenir sur sa décision initiale de ne plus revenir au roman car cette vie d’avant, elle, ne lui manque pas.

C’est au hasard d’un portrait exposé dans la vitrine d’un galeriste qu’une idée de génie lui vient : à la manière d’un portait peint, lui aussi fera des portraits et saura saisir le secret de ses modèles comme ont su le faire les plus grands peintres au fil du temps. Mais bien sûr, ses peintures à lui seront écrites… Il fallait y penser ! Il va inventer le gwyn.bariccoportrait écrit et sa vie, à se moment là précisément va changer du tout au tout !

M. Gwyn est un magnifique roman qui nous entraîne au plus près de l’inquiétude et de la joie artistique. Cette histoire qui rappelle Le Chef d’œuvre inconnu de Balzac est un vrai bonheur de lecture, d’élégance et de tendresse pour dire le projet d’un homme qui au fur et à mesure que le roman progresse s’efface de l’histoire même qui lui est consacrée ! Un véritable tour de passe-passe à découvrir de toute urgence !

04/06/2014

Petit meurtre en Toscane.

briscola,cinq,marco,malvaldi,policier,polar,Une briscola à cinq de Marco Malvaldi

éd. 10/18 Cristian Bourgois    6.60 €

Quand la police, représentée par « l’illustrissime commissaire Fusco », homme prétentieux, arrogant, susceptible, obstiné et vaniteux, pense avoir rapidement bouclé l’enquête du meurtre de cette jeune demoiselle aux mœurs délurées dont le corps a été retrouvé dans une poubelle  au petit matin au sortir d’une boite de nuit, c’est au tour de Massimo et de ses amis de prendre les affaires en main afin d’éclaircir précisément le fond de cette histoire.

Massimo, c’est le patron lettré du bar à côté duquel le cadavre a été découvert. C’est pas qu’il aime fourrer ses son nez dans les problèmes des autres, non, il est même plutôt du genre paisible dans son établissement à deux pas des plages toscanes, pas très loin de Livourne, mais bon ! y a quelque chose qui colle pas dans cette affaire… Des questions restent en suspens, non réglées et Massimo il peut pas s’empêcher d’y penser tout haut avec ses copains attablés un peu plus loin, cartes en mains prêts à se lancer dans une énième partie de briscola tout en devisant du temps qu’il fait et en éventant les ragots qu’ils ont eux-mêmes découvert au fond de leur verre… Car il les aime bien ces papys là (et oui, au fait, les amis en question ont tous près de 80 ans) et même s’il se prend souvent le bec avec eux, il y a toujours du bon à piocher dans leurs bavardages livrés à la brise étouffante.

La brisola à cinq est donc le petit polar idéal pour bien commencer l’été ! Une vraie enquête, des répliques d’une drôlerie imparable et des nanas toutes mieux gaulées les unes que les autres… Allez vous aussi faire un tour du côté du BarLume, et si vous évitez de demander au patron un café en plein milieu d’après-midi alors qu’il fait déjà je ne sais pas combien de degrés à l’ombre du bar, vous risquez de passer un sacrément bon moment ! Et peut-être même que vous allez vous faire de nouveaux amis avec des cannes.

Premier opus de la série des retraités au BarLume, ces polars de Marco Malvaldo ont connu un succès critique et commercial retentissant en Italie !