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29/04/2015

On remet les gants à Leonard Gardner !

fat, city, leonard, gardner, tristram, huston, boxe, soupleFat City de Leonard Gardner 

trad. anglais (U.S.) par Pierre Girard

éd. Tristram    8.95€

Portrait croisé de deux boxeurs de Stockton, dans le nord de la Californie - l’une des villes les plus misérables des Etats-Unis - Fat City, paru en 1969, a valu à son auteur un succès foudroyant. Récompensé par le National Book Award,  Leonard Gardner n’écrira rien d’autre que ce chef d’œuvre, à la manière d’un boxeur quittant le ring à la suite d’un combat unique remporté par K.O.

 Billy Tully est un vieux boxeur de 29 ans qui aimerait retrouver les gants après une éclipse de deux années et un combat pipé perdu face à un adversaire bien mieux soutenu qu’il ne le fut lui par son propre entraîneur. Amer mais bien décidé à cogner encore plus fort qu’avant, il est guidé par une intuition de vie toute simple : « Si j’ai le combat j’aurais l’argent, si j’ai l’argent j’aurais la femme ». Car sa grande souffrance lui vient de ne pas être aimé et d’avoir perdu la femme de sa vie.

L’autre boxeur, qui aura le même entraîneur que Billy en la personne de Ruben Luna le poissard, celui que tous ses boxeurs abandonnent en cours de route, c’est le jeune Ernie Munger dont les premiers essais laissent entrevoir un avenir prometteur… dans la limite d’une ville comme Stockton, coincé dans la salle d’entrainement minable du gymnase du Lido s’entend.

Les femmes, les combats, l’amour, les applaudissements, tout file entre les doigts meurtris de ces gueules cassées, personnages maudits et magnifiques abonnés aux désillusions. Pour gagner leur vie, ils sont journaliers agricoles, et pour la raccourcir, ils la noientdans l'alcool. Ils se sentent vieux avant d’être vieux, perdent leurs combats avant même de les avoir disputés et si jamais une victoire croise leur chemin, ils en saccageront le profit comme seuls les loosers hors catégorie savent le faire : pathétiquement et en solitaire.

On l’aura compris, Fat City est un roman noir. Mais il est de ceux qui illuminent la littérature américaine depuis toujours. Il est peu question de boxe finalement dans cette histoire là, mais bien d’amour au sens le moins rose du terme et c’est ainsi que Gardner crochète son lecteur. Merci aux éditions Tristram d’avoir remis les gants à ce livre là.

 « Il éteignit, et rêva qu’il ne parvenait pas à s’endormir. »

16/04/2015

Chérie, j'ai rétréci l'Amérique !

little,america,rob,swigart,cambourakisLittle America de Rob Swigart

Ed. Cambourakis 21€

Trad. de l’anglais (E.U.) par François Happe 

Rob Swigart revisite le cultissime « Chérie, j’ai rétréci les gosses ! » pour nous gratifier d’une séance récréative devant le désormais « Chérie, j’ai rétréci l’Amérique ! ». Une comédie « déjantée !», « excentrique !», « hilarante !», avec Orville Hollinday Junior dans le rôle du type qui n’avait que deux ambitions : s’établir dans l’immense station-service de Little America, dans le Wyoming et tuer son salopard de père, Orville Hollinday Senior, l’apothéose par excellence !

Des voitures, des fast-foods, des cieux immenses, bleus comme si tout allait bien, et plus de viande bovine au kilomètre carré que d’habitants dans ce grand ouest américain ! Toute cette apparente simplicité, c’est louche… Halte ! vous y êtes ! à Little America, l’endroit le plus prototypique des Etats-Unis d’Amérique ! 

Rob Swigart signe une œuvre de jeunesse qui déménage, tire à vue sur Big Daddy et offre à son lecteur un grand moment de joie !

 

28/03/2015

SOUS LE BOIS D'UNE STATUE

voyage, octavio, miguel, bonnefoy, rivages, LE VOYAGE D'OCTAVIO de Miguel Bonnefoy

Ed. Rivages 15€

 

« On ne va jamais si loin que lorsque l’on ne sait pas où l’on va ». Christophe Colomb découvrant le nouveau monde.

Analphabète, étranger à son propre pays, Octavio n’est pas de ses "grands" hommes victorieux qui ont écrit l’histoire et continueront à l’écrire. Mais les grands voyages, eux, sont faits d’extraordinaires rencontres et peuvent par leur détours changer le cours d’un destin. 

Le voyage d’Octavio, c’est la rencontre fantastique d’un petit homme des bidonvilles avec la « petite » histoire de son pays, « terre de grâce » sans ancêtres, où la peste et les croyances populaires ont depuis longtemps balayé toutes traces du passé.

C’est les aventures rocambolesques, épiques et grandioses de Don Octavio et après cela, l’empreinte de son passage terrestre laissé dans nos esprits. Un souffle littéraire bien faisant qui nous murmure : l’histoire est ailleurs et son cœur bat toujours sous le bois d’une statue.

Un premier roman pittoresque dans une langue brève et exaltée sonnant en nous comme une invitation au voyage.

 

 

 

 

14/01/2015

Un endroit où se cacher...

Jardins en temps de guerre de Teodor Cerić 

éd. Actes Sud (trad. du Serbo-croate)Teodor, Cerić, jardins, temps, guerre, actes, sud, , 16€

En ces jours de barbarie, on en vient à rêver d'endroits où se réfugier, loin du bruit des armes et des corps qui tombent. Voici Jardins en temps de guerre d'un poète originaire de Sarajevo. Un chef d'oeuvre dans lequel se cacher.

En 1992, un jeune étudiant de lettres, Teodor Cerić quitte Sarajevo au moment où l’armée serbe entreprend de bombarder la ville. Il prend la route, sans but précis sinon la fuite, et s’en va faire un tour d’Europe et de petits boulots qui le mènera presque par hasard à occuper, ici ou là, différends emplois - parmi d’autres - de jardinier. Aucune prédisposition, pourtant, sinon le souvenir d’un potager familial dont s’occupait son père à l’ombre d’un immeuble communiste de vingt étages. Et de temps en temps, le petit  Cerić qui venait l’aider, taillant, semant, observant.

Jardins en temps de guerre raconte ces jardins rencontrés durant ces années sombres d’exil volontaire. De l’étrange Prospect Cottage dans le Kent, au non moins étrange jardin des Nymphes près d’Héraklion en Grèce, en passant par LesTuileries à Paris, mais aussi par le jardin triste de Beckett à Ussy-sur-Marne et le carré de jungle caché dans la ville de Graz en Autriche jusqu’au mal famé Monte Caprino à Rome, sans oublier la restauration du jardin de l’ermite de Painshill dans le sud de l’Angleterre, Teodor Cerić nous dit combien ces lieux lui sont apparus, à lui comme à tant d’autres de ses semblables comme de parfaites tentatives de faire enfin sur terre, loin du fracas du monde, des endroits accueillants, des lieux « pour un peu plus de vie ».

 D’une prose de poète, d’une impeccable sensibilité rousseauiste, ces Jardins en temps de guerre composent un recueil qui séduira ceux qui cherchent en vain l’ombre des feuilles - d’arbres ou de livres - derrière laquelle se retirer, ne serait-ce qu’un instant. 

12/10/2014

Une berceuse pour Ziad

berceau,laurrent,éric,minuit,maroc,adoptionBerceau de Eric Laurrent

éd. de Minuit 11,50€

C'est un de mes drames de libraire. Avoir un auteur que j'aime énormément, qui me semble à la fois à part et au-dessus de nombreuses gloires littéraires contemporaines, et que - par quel sortilège la chose est-elle possible ? - je ne sais pas vendre.

Gageons que Berceau, ce petit récit que font paraître les éditions de Minuit, saura conjurer le sort. Car voici un texte en forme de bijou qu’Éric Laurrent est aller tirer à même du récit de sa vie. L'histoire se résume en quelques mots : un couple choisit d'adopter un enfant au Maroc, dans un orphelinat de Rabat. La chose, qui devait être d'une assez grande simplicité, est devenue un brin plus kafkaïenne avec l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement islamiste dans le mouvement de révolte des « Printemps arabes », lequel s'est mis, du jour au lendemain à voir d'un très mauvais œil ses enfants partir à l'étranger entre les mains de mécréants, fusse en échange d'un amour et d'un confort assurés. Imprévue, cette décision politique va obliger Éric Laurrent et sa compagne Yassaman à s'établir dans la capitale marocaine d'avril 2012 à septembre 2013 le temps de régler leur situation.

Berceau, qui retrace cette période, est moins un livre né d'une colère de parents en butte à une volonté politique perçue à la fois comme absurde et blessante, que le récit d'un homme rendu tout à son enfant à la faveur d'une situation sans issue, lui qui ne devait pas devenir père et qui le devient pourtant en un instant lorsque Ziad lui adresse son premier sourire.

Composé de petits moments volés à cet orphelinat sans moyens, de notes juxtaposées ici et là comme extraites telles quelles du carnet qu'il porte en permanence sur lui, de réflexions nées d'une lecture attentive des récits bibliques ou de souvenirs attachés à la longue contemplation d’œuvres picturales qu'un geste du petit garçon éclaire soudain d'un jour nouveau, ce texte enchante surtout son lecteur, comme toujours avec Éric Laurrent, par une qualité d'écriture absolument exceptionnelle. Si ses phrases son parfois très longues, on ne saurait les faire plus courtes tant il faut reconnaître que cet écrivain là est un orfèvre du mot juste. Son écriture paraîtra précieuse, j'entends parfois même "pompeuse", et pourtant je ne lis rien, moi, avec autant de facilité. Rien ne m'enchante ni ne me fait jubiler davantage que des passages de cet acabit :

« Chaque fois qu'il aperçoit un fruit de forme ronde, Ziad voit en lui une balle ou, pour les plus gros d'entre eux, un ballon. Dans sa méconnaissance du monde, et plus particulièrement de tout ce qui touche à la botanique, les orangers sous lesquels nous passons lorsque nous nous promenons le long de certaines avenues du quartier lui semblent ainsi des sortes de présentoirs naturels offrant à profusion l'objet qui lui agrée le plus au monde. Aussi tend-il chaque fois vers leurs branches une main tremblante de convoitise, avant que de les regarder s'éloigner avec regret, voire désespoir en se tordant le coup dans sa poussette. Nous avons beau lui expliquer que ces sphères joliment colorées ne sont point manufacturées, mais produites par la terre, et ne rebondissent pas quand on les lance, mais s'écrasent au contraire, il ne comprend pas pourquoi nous le privons du plaisir de les manipuler. C'est son quotidien supplice de Tantale. »

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Éric Laurrent nous offre un récit d'une très grande pureté. Un texte d'amour, de compassion et de bonheur absolu tel que ni sa compagne ni lui même ne parviennent encore à y croire !

25/08/2014

Goolrick, on adore !!!

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La chute des princes de Robert Goolrick

trad U.S. éd. Anne Carrière 20€

Les larmes aux yeux, j’ai terminé la lecture fiévreuse de ce texte incroyablement lumineux de Robert Goolrick qui revient sur une période qu’il semble avoir trop bien connue : le New York des années 80 et ses abus déjà croisés dans les romans de McInerney. Trop de fric d’abord. Une avidité inouïe ! Trop de came ensuite, trop de sexe, trop d’alcool, l’excès pour seule limite et une morgue incroyable dans le regard posé sur le reste du monde qui n’est pas de la fête. Retour sur cette période à travers la confession d’un broker de Wall Street encore tout étonné, 30 ans plus tard d’être ressorti vivant de ces années de gloire puis de désolation où beaucoup ont laissé leur peau. L’écriture de Goolrick est touchée par la grâce d’un ange fitzeraldien. Une élégance incroyable pour faire le portrait de beautés overdosées, de courtiers au cynisme aveuglant et  de relations qui ressemblent à l’amitié et finissent la peau sur les os, la peur au ventre et le sida pour dernier frisson. Le retour de bâton fait un carnage. Nous ne les plaindrons pas, certes. Mais il y a tellement d’amour dans cette prose, comme dans ce portrait ultime d’un jeune travesti au grand cœur que, oui, la chute de ces princes est digne de nos larmes.

Pour rappel, Robert Goolrick est l'auteur de Féroces et de Arrive un vagabond. également parus aux éditions Anne Carrière et Pocket.

féroces,goolrick,pocketFéroces de Robert Goolrick

éd. Pocket 6.20€

Comment parler d'un livre pareil quand on est encore sous le choc de ses dernières pages, quand on reste le coeur serré en plein milieu de la nuit à tourner et retourner entre ses mains cet objet littéraire explosif aux apparences pourtant tellement anodines ?
Féroces. Le titre, en français, est en fait très mal choisi. Robert Goolrick avait intitulé ce roman en anglais : La fin du monde telle que je l'ai connue : scènes d'une vie, annonçant d'emblée le caractère autobiographique de son entreprise tout en lui conférant une note élégante et tragique. 
Les années 50 en Virginie. La famille Goolrick semble vivre dans un état de joie permanent, réalisation parfaite de ce que la société américaine d'alors peut produire de plus achevé. Les Goolrick ont plein d'amis qu'ils reçoivent où visitent quasi quotidiennement, des robes et des costumes d'une très grande élégance pour habiller leur réputation d'infatigables noceurs et un esprit d'un charme fou qui font d'eux les personnes indispensables à avoir dans un carnet d'adresses digne de ce nom. Ils singent la vie telle qu'ils la lisent dans la revue du New Yorker qui leur sert de référence indépassable, ils lisent les romans de John Cheever ou de Updike, apportent un soin tout particulier à l'élaboration de leur jardin et achètent des quantités de glace pillée pour rafraichir les dizaines de cocktails à venir. En apparence, ces Goolrick là, avec leurs trois enfants, nagent dans le bonheur. Il y a cependant une règle chez eux que chacun se garde d'outrepasser : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe dans la maison.
On ne parle pas des mille et une astuces pour vivre au-dessus de leurs moyens en tapant à droite et à gauche ces quelques précieux dollars qui leur permettront d'organiser, ce soir encore, un de ces apéritifs délicieux qui font leur réputation. On ne dit rien des doses goolrick,robertd'anxiolytiques dont ils se nourrissent pour garder le cap jusqu'à leur prochaine soirée. Rien non plus de l'état permanent de gueule de bois dans lequel ils vivent, le plus souvent incapables de répondre aux demandes d'amour de leurs propres enfants, se montrant même à l'occasion parfaitement cruels avec eux en société pour le bonheur d'un trait d'esprit. Et puis il y a ce secret. Il y a surtout ce secret. Cette chose abominable dont il ne faudra jamais parler ou sinon " des choses terribles arriveront".
Un des chapitres de Féroces s'intitule L'été de nos suicides. Où l'on lit pendant une vingtaine de pages insoutenables comment Robert Goolrick est tombé à l'âge de trente ans au plus profond d'une dépression suicidaire durant laquelle il s'est appliqué, pendant de longues semaines, avec une "jouissance érotique", à s'auto-mutiler en se coupant les veines chaque fois un peu plus profondément. Ce chapitre central est d'une force terrible. Il plonge le lecteur dans un profond sentiment de compassion envers cet inconnu de papier dont on ignorait jusqu'à l'existence avant d'avoir ouvert ce livre, et l'oblige à se demander ce qui a donc poussé donc ce type à en venir à de pareilles extrémités. 
Quel est ce secret pourri qui empoisonne en silence la vie des Goolrick ? Vous ne l'apprendrez qu'à la toute fin du livre, révélation bouleversante qui vous pousse à penser, avec le narrateur malheureux de cette histoire magnifiquement écrite : "Comment ont-ils fait pour continuer, sachant ce qu'ils savaient, et chacun sachant ce que l'autre savait ?"

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éd. Pocket 6.80€

Le portrait d'une petite ville de Virginie bien paisible, bien tranquille avec ses "bonjour-madame-Brown-vous-allez-bien ?" etc, etc. 

Arrive un inconnu. Plutôt beau gars. La trentaine sportive, un pickup, deux valises. Dans une des deux valises, des couteaux de bouchers. Boucher, c'est son métier, son art. Mais il ne va pas se passer ce que vous imaginez déjà... Et pourtant vous avez raison, tout ça sent le drame à plein nez et vous n'allez pas être déçus ! L'écriture de Goolrick est un piège d'élégance...

Méfiez-vous !