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28/05/2016

Les coups de coeur jeunesse de tata cigale !

bouche cousue,marion muller collard,gallimard jeunesse,adolescence,famille,le complexe du papillon,annelise heurtier,casterman,les mystères de larispem,lucie pierrat pajotBOUCHE COUSUE

de Marion Muller Collard

Ed. Gallimard Jeunesse 7€

A partir de 13 ans

 

Tout commence avec un repas. Une famille ordinaire qui se réunie tous les dimanches pour déjeuner. Un dimanche ordinaire où soudain tout éclate. Une anecdote sans importance que la petite sœur énonce devant tout le monde : « C'est pas à cause de toi. C'est à cause du garçon que Tom a embrassé » L'équilibre assez précaire de cette famille vole en éclat. Amandana, tante de Tom n'est pas étonnée de leur réaction et revient ensuite sur sa propre histoire. L'histoire d'une adolescence où l'on découvre qui l'on est et à qui l'on a pas envie de ressembler. Ses parents arrivés d'Italie ne pensent qu'à une chose : s'intégrer. Ne pas faire de vague, se fondre dans la masse. Un poids dur à supporter pour cette adolescente de 15 ans pleine d'envies et de rêves.

 

Un magnifique récit d'une justesse incroyable sur l'adolescence. L'auteur arrive à retranscrire toutes les questions que l'on peut se poser, le mal être que l'on peut ressentir lorsqu'on se sent différent, en marge de sa propre famille.

 

 

bouche cousue,marion muller collard,gallimard jeunesse,adolescence,famille,le complexe du papillon,annelise heurtier,casterman,les mystères de larispem,lucie pierrat pajotLE COMPLEXE DU PAPILLON

de Annelise Heurtier

Ed. Casterman 12,90€

A partir de 13 ans

 

Mathilde est une adolescente pétillante, elle aime le sport et passer du temps à se marrer avec sa meilleure amie Louison. Arrive la rentrée, un peu particulière car c'est la première fois qu'elle ne pourra pas tout raconter à sa grand-mère. « Comment faire pour la garder avec moi sans avoir mal ? » Une douleur assez nouvelle, dure à gérer et surtout à exprimer. Et puis tout bascule, à la rentrée une jeune fille de sa classe s'est métamorphosée .Elle est devenue papillon... Mathilde va se mettre en tête que si elle arrive à se métamorphoser elle se sentira enfin mieux...

 

De nouveau, Annelise Heurtier évoque le passage (plus ou moins douloureux) de l'enfance à l'adolescence. Sans surprise, le ton est juste et ne cède jamais à la facilité ou la caricature. Il est très intéressant d'observer que pendant la période du collège les adolescents prennent conscience de leur image et de ce qu'elle renvoie. Ici Mathilde va faire la découverte des réseaux sociaux, des blogs beauté, des mannequins et se rendre compte des « représentations », très souvent fantasmées de la beauté féminine . Comment s'accepter et gérer son image face à tous les médias qui font passer toutes les jeunes filles pour des modèles « non-conformes ».

 

Voilà une vraie pépite, un très beau moment de lecture et surtout une auteure à découvrir, particulièrement aimée à la librairie !

 

 

bouche cousue,marion muller collard,gallimard jeunesse,adolescence,famille,le complexe du papillon,annelise heurtier,casterman,les mystères de larispem,lucie pierrat pajotLES MYSTÈRES DE LARISPEM

Tome 1 - Le sang jamais n'oublie

de Lucie Pierrat-Pajot

Ed. Gallimard Jeunesse 16€

A partir de 11 ans

 

Quelle belle lecture ! J'adore retrouver mon âme d'enfant, ne plus arriver à lâcher un livre, en me disant « encore un chapitre et après j'arrête ! ». Toutes mes félicitations à Lucie Pierrat-Pajot, lauréate du concours du premier roman jeunesse organisée par Gallimard Jeunesse, Télérama et RTL. Pour vous dire, il m'a été parfois difficile de croire à un premier roman tellement l'intrigue, l'époque et l'atmosphère s'imbriquent, se mêlent et ne présentent aucune imperfection.

 

1899, Larispem est une cité-état indépendante du reste de la France. La commune a eu lieu et les bourgeois ont été chassé de la ville. La population travaille majoritairement comme boucher ou comme réparateur de machines en tout genre.

 

Dans une ambiance steampunk, les machines à vapeur côtoient les ballons dirigeables, véritable hommage (assumé) à Jules Verne. Liberté, mécanicienne, Carmine, apprentie bouchère et Nathanaël, orphelin n'ont à priori aucune raison de se rencontrer. De multiples attentats se produisent et la rumeur court que le sang jamais n'oublie...

 

Jetez-vous dessus, tout simplement !

 

 

Nathalie

 

 

 

19/05/2016

Tokyo Gonzo ! : au coeur de la pègre japonaise !

 

Tokyo Vice, Jake Adelstein, Marchialy, Japon, Yakusa, Gokudo, Journalisme gonzo, nouveau journalisme, muckrackersTOKYO VICE

de Jake Adelstein 

Ed.Marchialy 21€

 

Jake Adelstein n'a rien inventé, il a tout vécu. Fut-ce le fruit du hasard ou d'une veine pas croyable, il intégra en 1993 le service Police-Justice du plus grand quotidien japonais, le Yomiuri Shinbun et scella son destin à l'âge de 24 ans, au plus loin de son Missouri natal, de sa culture et de ses certitudes : gaijin* et journaliste au pays du soleil levant... et du crime organisé.

 

Tokyo Vice. Prologue. Première ligne, deux points, ouvrez les guillemets : "Vous supprimez cet article, ou c'est vous qu'on supprime." Le message est clair, la scène d'ouverture fracassante. Primo, Jake ne sait pas dans quoi il a mis les pieds. Secondo, il n'est pas prêt d'en sortir.

 

Du reste, l'immersion est totale. A la croisée des chemins entre polar mafieux, enquête journalistique et roman initiatique, Tokyo Vice surgit de nulle part comme le témoignage coup de poing d'un étranger sur dix années d'investigation en territoire conquis. Ce territoire, c'est celui de ces hommes tout de noir vêtu, à la peau bariolée de tatouages symboliques, yakusas grimaçants et stéréotypes en puissance d'un cinéma de genre asiatique. Au Japon, ils préfèrent s'appeler entre eux « les gokudos ». Ceux qui, laissés pour compte de la société nippone, se sont engagés à suivre « l'ultime voie ».

 

Implantée comme aucune autre organisation criminelle dans toutes les couches de la société japonaise - l'immobilier, la finance, le prêt sur gage, l'industrie du sexe pour le dire joliment et éluder toutes les activités les plus sordides qu'on puisse imaginer - le gokudo représente dans les années 90 pas moins de 90 000 têtes repartîtes dans toute l'archipel, représentées par quatre principaux syndicats ayant pignon sur rue et de belles couvertures de types associatives. Société clanique, le gokudo obéit à un code d'honneur et forme une "belle" et grande famille. « Le Yamaguchi-gumi est tout en haut de l'échelle des gokudo. Et parmi les nombreuses ramifications qui font le Yamaguchi gumi, le Goto-gumi, avec plus de 9000 membres, est la plus infâme ».

 

Certes, ce n'est jamais une bonne idée de se trouver du mauvais côté du Goto gumi. Mais Jake fait parti de ces âmes soient légèrement suicidaires soient auto-destructrices, qui ne savent résister à l'appel du Gokudo quand celui-ci se fait entendre. Balancez-le dans un trou, le quartier rouge de Tokyo par exemple et vous verrez de quoi un type comme Jake est capable quand il s'agit de porter la plume dans la plaie. Celle d'une société sage dans l'étiquette mais foutrement tordue dans ses entrailles.

 

Avec un sens de la dérision incroyable et une propension fascinante à aller au fond des choses, obstinément, Jake Adelstein nous embarque dans un jeu dangereux dont il ne maîtrise pas toutes les règles mais brosse, aux détours de son enquête, un des portraits les plus charismatiques et les plus redoutables du Japon contemporain !

 

Un texte emblématique du journalisme gonzo !

 

 

 

* terme japonais utilisé pour désigner les étrangers au Japon

 

Allan

 

14/05/2016

Le retour au pays de Jossel Wassermann

hilsenrath.jpgLe retour au pays de Jossel Wassermann
de Edgar Hilsenrath
Ed. Tripode 20€

 

Tous les lecteurs le savent même si certains s'en cachent et n'osent le dire. Il y a toujours une place particulière pour un auteur dans notre petit cœur de bibliophile. Il ne faut pas avoir honte ! Voyez-vous, le mien s'appelle Edgar Hilsenrath. Et cette année, Edgar a fêté ses 90 ans. Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, les éditions du Tripode ont décidé de marquer le coup en faisant coïncider la date de son anniversaire avec la publication du (Le) retour au pays de Jossel Wassermann. De fait, c'est un peu comme si Edgar avait partagé une part de son gâteau avec moi et que nous avions soufflé ensemble ses biens nombreuses bougies !

 

Happy Birthday Edgar ! N'oubliez pas de faire un vœux ! Et si ce vœux est d'écrire un nouveau roman, alors je croiserais les doigts pour vous et je prierais fort pour qu'il soit aussi fabuleux, burlesque et mordant que tous les autres chefs d'œuvres auxquels votre plume nous a habitué !

 

Le Retour au pays de Jossel Wassermann publié en Allemagne en 1993 a été, comme tous les romans d'Hilsenrath, fortement inspiré de sa vie. De son expérience personnelle au village de Siret, située dans le nord-est de la Roumanie, l'auteur retiendra - selon ses propres mots - "les plus belles années de sa vie". Il y vivra de 1938 jusqu'en 1941, date à laquelle il sera déporter dans le ghetto juif de Mohyliv-Po-dilskyi. Ce roman, c'est l'histoire des shtetls, l'incarnation de ces petites communautés juives éparpillées dans l'est de l'Europe dont la guerre et la shoah ne feront qu'une bouchée à l'avènement du nazisme. C'est l'histoire des années douces et celle des aventures rocambolesques de Jossel Wassermann.

 

PROLOGUE

 

Alors que le wagon est en marche vers l'histoire et qu'un froid glacial s'est abattu sur le village de Pohodna, à son bord, les habitants juifs du shtetl en appellent à une voix. L'une d'elle s'élève de l'obscurité et raconte : voici l'histoire du retour au pays de Jossel Wassermann, la préhistoire du testament qui arriva trop tard pour les juifs du shtetl.

 

L'ONCLE JOSSEL

 

Allongé sur son lit de mort et entouré de son avoué et de son notaire, l'oncle Jossel ne saurait dire s'il rend son dernier souffle ou les flatulences de son dernier repas composé de boulettes juives ! Dans le doute, il s'agit d'écrire son testament, léguer quelque chose au porteur d'eau Jankl et aussi au shtetl dans lequel il est né, laisser quelque chose, disons, l'ensemble de ses bas de laine et de ce qu'il possède. "Ils seront tous contents de moi, dit l'oncle Jossel. Mon nom survivra. Et ce sera comme si je n'étais pas mort." La messe est dite ! Notaire, avoué et secrétaires assisteront Jossel Wassermann dans l'écriture de son testament.

 

MAIS PAR OU COMMENCER DÉJÀ ?

 

"Peut-être par l'histoire du hareng salé juif et de l'empereur d'Autriche". Ou bien par le début. Mais lequel ? Par quelle bout prendre cette histoire ? Comment la faire enfler ? Parcourir les branches d'une généalogie héroï-comique et chercher jusque très loin dans l'arbre des origines celle de Jossel Wassermann et de tout un peuple ?! La réponse, s'il en est une, est dans cette propension à la digression, aux épisodes truculents et circonvolutions d'une histoire foisonnante sans début ni fin ! De là l'auteur tire sans aucun doute la part la plus drôle et la plus humaniste de son roman.

 

Avec un goût jamais perdu pour la satire et l'humour burlesque, une tendresse folle pour ses personnages - leurs us, leurs coutumes, leurs mythes et leurs aventures - Edgar Hilsenrath ne réécrit pas l'histoire, il fait mieux ! En lui conférant une autre dimension, formidable, puissante, allégorique, capable de se dresser contre l'oubli en œuvre historique et admirable !

 

Allan

10/05/2016

L'utopie est une réalité en puissance

9782351221532.jpgMelville Street
de Xavier Deville

Ed. Sulliver 15€

 

Un jour, j'ai demandé à un ami : « dis, ça te fait pas chier d'être visité deux fois par jour, matin et soir, sept jours sur sept, par une demi douzaine d'auxiliaires sous payées ayant signé un contrat pour t'arracher : à ton sommeil, ton intimité et ton bordel chéri ?! Comment tu fais pour supporter ça ? » Et mon ami me répondit « bah... si mon loulou, c'est un problème quand je veux faire l'amour à ma femme mais si l'auxiliaire de vie est bonne et qu'elle est aussi empoté que moi, là, ça change la donne ». Ce jour-là, je compris une chose. Premièrement, que le handicap était une question de point de vue. Deuxièmement, que ce n'était certainement pas ce que le quidam moyen pouvait en dire qui changerait quoique ce soit à la mentalité libidineuse de mon pote trônant sur son fauteuil électrique !

 

J'ai lu Melville Street de Xavier Deville. Et j'ai compris autre chose. On peut aussi être un auxiliaire de vie, ne pas avoir beaucoup de poitrine mais avoir des choses à raconter sur « la solitude de l'homme normal dans un nid d'handis ». Non seulement c'est possible mais c'est aussi salutaire que d'ouvrir une porte close pour voir ce qui se passe derrière et de la claquer le moment venu, avec le sentiment d'avoir vécu quelque chose de vrai et cueilli « les derniers grains de notre patience dévastée ».

 

L'histoire, c'est celle d'un homme français arrivant dans une petite communauté de personnes handicapés à Dunedin en Nouvelle-Zélande. Utopie avant-gardiste ou pied de nez à la normalité ? A travers son journal de bord, le narrateur raconte, sans fioritures, les jours et les nuits de Melville Street et de ses habitants dans la valse douce amère d'un quotidien bien peu commun.

 

Les habitants, ce sont eux : Tommy debout, Tommy-dans-son-fauteuil, Chesley, l'homme aux trois petites conversations, l'aquatique Jon et Carolyn, dont l'être entier est confusion. Ce sont les personnages de papier aussi. Ceux qui par l'extraordinaire de leur nature, des situations et des péripéties vécues à leur côté confèrent cette dimension si romanesque à l'histoire de Melville Street. Dès lors, il faut composer, cheminer, se battre avec ces personnages, en acceptant la complexité et parfois la violence de ses propres réactions. Une scène de pleine contemplation sous la douche, un instant de grâce et soudain, « deux obstinations qui s'affrontent dans la solitude de Melville Street ».

 

Un jour, quelqu'un a dit a Tommy : « Tu es handicapé mental et ce sera toute ta vie ton identité, ton être premier, ta carte de visite. Alors voici la vie que nous avons décidé pour toi, voici tes possibilités, tes interdits, et maintenant tu peux aller sur ton lit pour réfléchir à tout ça, même si nous doutons fortement de tes capacités de réflexion » Mais dans un coin de sa tête, couve la révolte. Elle sera au centre du roman, incessamment présente pour mettre en échec l'hypocrisie de la société et les frontières de la normalité.

 

Assurément, Melville Street fait l'effet d'une bourrasque d'émotion ! Affranchi de tout misérabilisme et de tout pathos, le roman de Xavier Deville dit tout, de la manière la plus simple et la plus évocatrice qui soit, du regard que nous portons sur la différence et du monde tel qu'il est, avec ses difficultés, ses contradictions et ses chemins qui restent encore à parcourir. Cela, l'auteur le fait sans sacrifier à la poésie, la tendresse ou l'humour des moments partagés.

 

Melville Street est une utopie mais cette utopie est une réalité en puissance.

 

Allan

 

RENCONTRE avec Xavier Deville le VENDREDI 3 JUIN à la librairie !

28/04/2016

L'amoralité de l'histoire, c'est qu'il n'y a pas de morale !

pottsville 1280 habitants,jim thompson,rivages noir,roman noir,shérif,nick coreyPottsville, 1280 habitants

de Jim Thompson

éd. Rivages/noir 8€

 

Il y a de ces romans noirs qui vous retournent la cafetière, j'vous le dis, qui vous agrippent par le col, vous accrochent à la lanterne, vous laissent là toute une nuit et vous jettent dans la boue le matin venu, rossé, glacé et ahuri, comme un cochon préparé à l'abattoir ! Pottsville, 1280 habitants de Jim Thompson est de ces romans là - le plus célèbre du genre.

 

C'est que sous ses airs de débonnaire et de simple d'esprit, le Shérif Nick Corey nous la fait bien à l'envers ! Erreur sur la personne. Monumentale erreur ! Formidable ordure, manipulateur, vicieux, mégalo, abominable et malsain personnage ! Voilà des épithètes appropriées ! Jim Thompson a, comme il convient de le nommer, le "chic" pour vous camper l'antihéros par excellence ! Le chic pour cacher le ver dans le fruit et vous faire goûter de cette pomme bien rouge et bien juteuse qu'on aurait avalé jusqu'au trognon s'il n'y avait pas eu le pire des parasites pour gâter le tout ! Plongé dans la conscience douteuse de Nick, qui aurait pu voir venir l'infâme, le fourbe et le cruel ? La langue des serpents est sournoise et celle du shérif du comté de Potts, particulièrement insidieuse.

 

Si Nick Corey a un plan, ce plan ne peut souffrir aucuns obstacles. Il s'agirait de faire le ménage... Mais proprement, ça, ça reste à voir !

 

 Allan

28/02/2016

Une biographie passionnante !

birnbaum, blum, léon, pierre, front, populaire, seuil, portrait, biographieLeon Blum, un portrait

Pierre Birnbaum

éd. Le Seuil      20€

Il fut un temps où les gouvernements de gauche changeaient la vie des français en bien… La pique est un peu convenue en ces temps de remodelage social, certes, mais comment ne pas penser à nos gouvernants actuels quand on lit cette remarquable biographie consacrée à l’homme du Front Populaire par Pierre Birnbaum, ancien professeur de sciences politique et historien passionné des relations qu’entretiennent République et judaïsme ? Une biographie ramassée (seulement 250 pages) et archi-documentée mais étonnement plaisante à lire qui redonne enfin un peu d’épaisseur à un homme dont l’Histoire retiendra un peu trop rapidement qu’il ne fut que l’inventeur des congés payés.

 

Chronologiquement et avec beaucoup d’entrain, l’essayiste fait le portrait d’un jeune juif normalien qui fut un grand ami de Proust et de Barrès, amateur comme eux de littérature à laquelle il s’essaya longtemps avant de s’en éloigner, passionné qu’il fut très vite par le débat public. Le verbe oui, mais au service des idées plutôt que de la littérature. Des années de jeunes hommes en habits de dandy « aux attitudes peu viriles » qui firent rapidement les délices d’une droite à moustaches au poil bien enraciné dans notre belle Terre de France, Blum basculera (avec un léger retard mais une ardeur redoublée) dans le combat politique aux côtés de Jaurès à l’occasion de l’Affaire Dreyfus. Entre Jaurès et Blum, ce sera ensuite un long compagnonnage jusqu’à l’assassinat du premier. Peu d’hommes politiques de premier plan auront à subir à sa façon autant de torrents nauséabonds d’injures raciales. Son attitude impassible appuyée sur une foi exemplaire en la République sera la meilleure réponse qu’il opposera sans fléchir à ses contempteurs antisémites. Il y aura aussi la création de la SFIO, le Front Populaire, le déchirement ressenti au moment de la Guerre d’Espagne et puis la défaite, Vichy, l’arrestation et le procès que le régime de Pétain voudra lui faire en 1943 à Riom et dont il renversera brillamment l’accusation. Ce courage énorme qui fera hurler de rage la presse nationaliste de l’époque (Gringoire, Le Petit Parisien, L’Appel, Au pilori !, etc.), ce sera lui aussi qui lui permettra de tenir durant les longs mois de déportation au camp de Buchenwald jusqu’au moment de sa libération au printemps 1945. Il terminera sa vie en apportant un soutien résolu à la création de l’état d’Israël en Palestine, une attitude oubliée aujourd’hui qui surprit à l’époque plus d’un de ses amis. Comment comprendre qu’un ardent républicain tel que lui cautionnât la création d’une nation ayant pour base la religion !? Paradoxe ? Cela ne sera certainement pas le seul que vous découvrirez en lisant enfin ce livre tout en contrastes. Oui viscéralement Républicain. Oui, viscéralement juif (les trois femmes de sa vie seront juives). Délicat, un brin efféminé, et pourtant grand séducteur. Un écrivain qui dynamitera l’institution hypocrite du mariage pour mieux s’y réfugier ensuite. Un réformiste de combat qui n’aura de cesse de refuser la brutalité révolutionnaire soviétique. Tout cela, oui, vraiment. Un homme, un combat et une époque à redécouvrir d’urgence. Passionnant !