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Une vie francaise qui termine en EHPAD...

RENCONTRE VENDREDI 16 NOVEMBRE

AVEC LE JOURNALISTE DE FRANCE INTER

FREDERIC POMMIER

POUR SON LIVRE SUZANNE

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Suzanne

de Frédéric Pommier

éd. Des équateurs 19€

Ce livre s’appelle Suzanne est c’est d’abord comme un hommage rendu à la propre grand-mère de l’auteur qu’il doit être lu. Suzanne, ça raconte Suzanne. D’abord. L’histoire d’une femme qui traverse le siècle et ses vicissitudes, l’histoire d’une vie française comme une autre avec ses hauts faits et ses douleurs.

 Ça raconte l’histoire d’une femme (que l’on sait belle comme seules les normandes savent l’être) qui naît au Havre en 1922 et qui, en 2018, du haut de ses 96 ans, ne voudrait pas finir sa vie au sein d’un EHPAD où l’on meurt d’ennui une fois avalée l’infâme bouillie que l’on vous sert à chaque repas. C’est l’histoire d’une femme qui a mené sa vie avec courage et dignité et qui aimerait la terminer pareillement, sans qu’un personnel surchargé de travail, à la limite du burn out, ne lui hurle dans les oreilles « vous pouvez me dire ce que c’est ça, là ? » en lui mettant sous le nez ses propres excréments retrouvés par accident au pied de la cuvette des toilettes.

Suzanne, c’est un cri de près de 230 pages poussé par Frédéric Pommier qui résonne autant d’amour pour sa grand-mère que de colère devant la manière dont on traite encore nos vieux dans certains établissements.

 Journaliste à France Inter, l’auteur a enquêté sur sa la vie de son aïeule et s’est suzanne, pommier, ehpad, france, inter, journalisteappliqué à dérouler, année après année, le fil de son existence. Naissance au sein d’un couple mal assorti. Louise, sa mère, mal aimante, un cœur sec qui dit non à tout, qui déclare à sa fille que « la tendresse ne sert à rien » et qui passe ses journées à la maison à crever de jalousie en songeant à son artiste de mari, Joseph, qui pour l’heure batifole sûrement ici ou là en mettant tout son talent à réaliser des décors pour le théâtre municipal ou des vitrines pour les commerçants de la ville. Leur séparation inévitable ne surviendra qu’après guerre. Entre-temps on déménage du Havre pour aller faire fortune à Caen en 1932 puis à Laval en 1939 pour fuir la honte de la ruine… Il y a la guerre. Il y aura l’amour, des enfants, 4 filles, la perte d’un fils, des études abandonnées, Il y a aussi… il y aura encore… 

Vous lirez tout cela et bien plus en ouvrant ce livre, et vous saurez tout d’une vie à la fois simple et unique comme le sont toutes les vies, mais une vie longue et obstinée, à l’image de la femme formidablement vaillante que fut Suzanne. Ce qui frappe surtout le lecteur de 2018, c’est de se dire que cette vieille dame vient de si loin, d’une époque en noir et blanc qui nous semble inaccessible. Et pourtant, il nous suffirait de tendre la main vers la sienne (cela tombe bien, elle adore les caresses !) pour  être relié à ce temps où des types passaient encore dans les rues pour allumer les lampadaires et où des filles bien élevées devaient porter un chapeau cloche pour ne pas sortir « en cheveux ». Il suffit de regarder ses yeux un instant pour se dire qu’ils ont vu les modes changer aussi vite que les saisons, observant l’apparition des premières coupes garçonnes et les mollets se dénuder chaque été un peu plus. Suzanne vivra l’apparition des premières caves de jazz et des premiers films parlants. Elle profitera des premiers congés payés, ira joyeusement visiter l’exposition coloniale de Vincennes en 1933 et verra de ses yeux le paquebot France entrer dans le port du Havre en 1930… Sa vie est une vie française bien ancrée dans son époque. Une femme de son temps, vraiment au diapason des mœurs et des avancées de la société. Pas une avant-gardiste, certes, mais une vie guidée par une farouche volonté d’indépendance qu’elle défendra jusqu’au bout.

 Cette vie racontée par son petit-fils en vaut certainement une autre, bien évidemment, mais au fur et à mesure que l’on s’attache à Suzanne, au fur et à mesure que Suzanne devient aussi notre grand-mère à nous, le traitement qu’elle reçoit au sein de l’EHPAD où ses filles se sont finalement résolues à la placer en 2017, nous révolte l’unisson de la colère exprimée par Frédéric Pommier. Ce n’est pas juste une vieille de plus - qui sera bientôt une vieille de moins - qui est dans cette chambre aménagée. Cette vieille dame là, c’est Suzanne ! a-t-on envie de hurler. Et elle vient de loin ! Elle a été une enfant, elle a rit et pleuré, elle a aimé, elle a conduit à 100 à l’heure, est allée au théâtre, a joué au tennis jusqu’à pas d’âge !

 Elle n’était qu’une vieille dame semblable à mille autres derrière son masque de rides, ce portrait de mots désormais lui rend son visage et sa dignité et nous rappelle de ne jamais oublier qu’il en va de même pour tous ceux qui sont assis à ses côtés à l’heure du repas, qu’ils s’appellent Roger, Paulette, Thérèse, Fernand, Mathilde, Armand ou Andrée. Des êtres uniques. Ils sont tous des chacuns.

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