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Randonner le long d'une rivière, avec Antoine Choplin.

Pourquoi remonter l’Isère depuis Pont de l’Isère jusqu’à Val d’Isère (en passant par Romans !) ? Et pourquoi pas ?! Après tout, ce n’est pas interdit. La rivière est là, elle nous attend. L’écrivain Antoine CHOPLIN (Prix France Télévision 2012 pour son roman La nuit tombée)  l’a fait puis l’a écrit dans un récit malicieux qui vient de paraître aux éditions Paulsen.

 Il sera notre invité le vendredi 27 avril pour nous en parler de vive voix. Rendez-vous à 19h !

Une rivière est un sujet avantageux pour un écrivain parce qu’avec elle se résolvent immédiatement les questions toujours délicates du début et de la fin du livre. Les premières pages s’ouvrent à une extrémité du cours d’eau et s’achèvent une fois parvenu à l’autre extrémité. Bon, là en l’occurrence, le romancier Antoine Choplin a décidé de commencer par la fin en faisant débuter son récit là où l’Isère (puisque c’est d’elle qu’il s’agit) se jette dans le Rhône, c'est-à-dire dans la Drôme à Pont de l’Isère. Vous me suivez ?

Et de là, il va remonter la rivière à contre-courant jusqu’à atteindre sa source aux portes de l’Italie dans le massif de la Vanoise. 286km proprement partagés en quatre saisons à raison d’une quinzaine d’étapes au total. Vous me suivez toujours ? Peu importe.

La question qui se pose très vite, avant même d’ouvrir cet ouvrage en ce qui me concerne est : pourquoi diable remonter l’Isère, cette rivière grise et, avouons-le, un brin ennuyeuse à regarder ? D’abord parce qu’elle est là ! Immédiatement disponible, réveillant chez l’auteur isérois une dimension d’aventurier rattachée à l’enfance, quelque chose de naïf et de spontané né des décennies plus tôt lorsqu’il dévorait des livres d’explorateurs intrépides. L’Isère est là et il serait dommage de rater ce prétexte à promenade qui en vaut largement un autre.

Je dois avouer que les explications de l’auteur pour justifier ce voyage en territoire intime me ravissent au plus haut point car le fâcheux qui viendrait à lui dire que remonter l’Isère ce n’est tout de même pas s’engager sur l’interminable chemin qui mène à Compostelle risque de s’en prendre plein les dents ! Comment !? Compostelle serait une entreprise bien plus prestigieuse comparée à celle qui consiste à longer cette rivière paresseuse ? De quoi !? Ici, aucun marquage rouge et jaune sur les arbres, aucun confort normé, aucune confrérie de marcheurs. On y croise des types louches, des communautés marginales, des camionnettes de prostituées et souvent on manque de mourir écrasé par des bagnoles lorsque soudain le chemin que l’on suivait jusqu’alors s’avère ne pas en être un et s’arrête brusquement devant une grille hostile où un chantier qui ne veut pas de vous, vous contraignant pour quelques centaines de mètres à partager le bitume périlleux au plus près des moteurs, des gaz et des insultes… Arrive-t-il autre chose à un pèlerin de Compostelle qu’un coup de soleil ou une ampoule !?

Et quelle idée formidable aussi de redécouvrir des lieux familiers en les abordant d’une manière inouïe ! Passez en promeneur à quelques centaine de mètres de chez soi et ne pas s’y arrêter parce que le parcours le commande et vous transforme en étranger sur vos propres terres !

Et puis marcher, c’est la liberté à portée de tous ! Je marche le long de la rivière parce que j’ai le droit de le faire ! Je remonte l’Isère parce que aucune loi ne l’interdit ! Une raison pareille devrait suffire à n’importe qui d’aller se promener n’importe où ! Et l’écrivain marcheur de convoquer les premiers randonneurs anglais du XVIIIe siècle traversant sans but les campagnes environnantes ou plus lointaines dans l’expérimentation nouvelle d’affirmer ainsi « ce droit simple et profondément humain à se mouvoir avec ses pieds ».

Un livre de poésie en poche, Michaux, puis Ponge, puis Holderlin et enfin Jacottet, Antoine Choplin, le crâne piqué de moustiques s’interroge sur son travail d’écrivain, sur la force de la poésie et l’incapacité de dire le paysage, sur le rapport passionnant de la parole au réel. C’est passionnant.

A contre-courant est un livre qui assume la modestie de son projet, et qui le fait avec beaucoup d’humour et de profondeur. Remonter l’Isère en compagnie d’Antoine Choplin, je vous le garantit, c’est l’assurance d’une expérience incongrue et roborative. Ça donnerait presque l’envie de le faire en vrai… Presque.

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