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La couleur de l'air respirable...

Les éditions Do nous surprennent à nouveau. Après la lecture heureuse de Comment j'ai rencontré les poissons d'Ota Pavel, je suis allé voir ce petit La décision de Brandes de l'écrivain catalan Eduard Marquez histoire de confirmer la bonne impression que m'a fait cet éditeur au nom mystérieux. Et la c'est la claque... Un texte qui va rester pour moi comme restera l'énorme Confiteor de Jaume Cabre par exemple.

marquez, eduard, décision, brandes, do, göring, BraqueLa décision de Brandes

de Eduard Marquez

(trad. du catalan par Edmond Raillard)

éd. Do / 16€

La décision de Brandes est un texte inspiré d’un épisode de la vie du peintre Georges Braque survenu durant l’occupation allemande de Paris. Hermann Göring - l’ogre spoliateur d’œuvres d’art que l’on sait - avait en effet proposé au peintre français de lui restituer toutes ses toiles dont il s’était emparé quelques temps auparavant sous prétexte que son marchand d’art était juif, en échange du Cranach qu’il possédait. Göring raffolait des Cranach et toute l’œuvre d’un moderne dégénéré tel que Braque pesait peu de poids en regard.

Brandes, peintre allemand tout droit sorti de l’imagination de l’écrivain catalan Eduard Marquez, se voit soumis au même chantage. Il possède lui aussi un Cranach et Göring, par l’intermédiaire d’Hofer (le limier qui sillonne Paris pour son compte), fait le siège de l’atelier dans lequel s’est réfugié le peintre afin d’obtenir, par la menace au besoin, la pièce tant convoitée. Il faut que Brandes décide. Soit il donne le Cranach et récupère ses toiles, soit il ne le donne pas, dit adieu à toutes ses peintures et se promet un avenir très incertain… Seulement voilà, Brandes ne se décide pas. Il tergiverse. Il gagne du temps. Car le choix face auquel il se trouve le déchire. D’un côté tout le travail d’une vie, la sienne, sa sueur et son art. De l’autre, ce tableau qui lui vient de son père et dont l’histoire intime le rattache à sa mère, cette mère qu’il n’a pas connu. C’est donc soit son histoire, soit celle de ses parents, et si ce livre nous conduit bien à la décision que prendra Brandes in fine, il marque surtout son lecteur par son écriture d’une virtuosité et d’une précision frappantes. Exploration du passé d’un homme plongé dans ses souvenirs, il se transforme au fil des pages en un puissant chant d’amour dédié à l’art et à la vie envisagés l’un et l’autre comme une seule et même chose : un espace qui a « la couleur de l’air respirable » jeté à la face de l’oppression, de la bêtise et de l’oubli.

Est-ce parce que Eduard Marquez est catalan que ces quelques 120 pages me font penser aux 780 du Confiteor de Jaume Cabre ? Peut-être. Mais cela ne suffit pas. L’exigence de l’écrivain, les thématiques de l’art, de la spoliation, de la question du mal, la qualité de l’écriture, y sont aussi pour beaucoup et je suis certain que les nombreux lecteurs de Cabre apprécieront Marquez avec la même intensité.

Merci aux formidables éditions Do pour cette nouvelle pépite !

 

Commentaires

  • Merci de ce coup de cœur qui va droit au mien! Une fois de plus vous comprenez et soutenez mes choix (de traducteur). Il faut que je vienne vous voir, un jour. Amicalement, sans vous connaître.
    Edmond Raillard

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