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Rencontre avec William Boyle

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Repéré l’année dernière par François Guérif à qui l’on doit la découverte en France de James Ellroy, Dennis Lehane ou Donald Westlake, William Boyle publie aux éditions Gallmeister son second roman, Tout est brisé.

Cet ancien disquaire new-yorkais spécialisé dans le rock indépendant américain sera notre premier invité de la rentrée, le mercredi 20 septembre.

boyle, william, brisé, tout, gallmeisterQu’est-ce qui fait qu’on lit et relit ce livre dont l’histoire sans suspens ni tension artificielle, vous emporte pourtant avec la force qu’un torrent mélancolique ? Peut-être cette absence d’artifice justement. Le sentiment de lire une histoire dans laquelle l’auteur s’est livré avec un mélange égal d’intimité et de pudeur en allant puiser, qui sait, dans le souvenir de ses propres douleurs et de ses propres peurs pour mieux s’en détacher et les rendre accessibles au premier lecteur venu. Oui, je pense que le talent du new-yorkais William Boyle est là, contenu dans un rien que peu d’écrivains savent donner, et dans une compassion pour ses personnages qu’il donne en partage, avec l’espoir qu’ainsi multipliée en autant de lecteurs elle saura mieux les consoler.

Gravesend, ce quartier de Brooklin. C’est là que vit Erica. Seule dans son plus que modeste appartement, aux prises avec son vieux père insupportable qui se remet mal d’une pneumonie qui a failli l’emporter. Quand elle arrive à s’échapper de ses lle occupe un poste d’assistante de direction dans un cabinet d’urologie. Elle passe de l’un à l’autre, essaie de tenir son petit monde pour ne pas qu’il s’écroule, est rongée par la culpabilité de ne pas pouvoir faire plus. Elle s’épuise, et son petit monde s’écroule quand même, inexorablement. C’est que la vie ne la pas épargnée jusque là. Son fils s’est barré au Texas, son mari est mort d’une tumeur au cerveau, ensuite sa mère est décédée à l’hôpital. L’ouragan Sandy a abîmé la maison. A présent c’est son père qui glisse vers la mort sur un lit de mauvaises humeurs… Les soins, les funérailles, les réparations… Elle n’a plus un dollar de côté. « A cinquante ans, elle avait l’impression d’être centenaire ».

Un jour, après des mois de silence, son fils l’appelle. Lui aussi est au fond du trou, à croire que la poisse est la seule richesse que l’on se transmette dans cette famille. Il est parti faire ses études au Texas, loin, très loin de Gravesend et de son père qu’il déteste comme son père le détestait lui-même depuis le jour où il s’est rendu compte qu’il avait un fils pédé. Jimmy a besoin d’aide. Incapable de s’en sortir tout seul, il est contraint, la honte au front et le peu d’orgueil qui lui reste ravalé, de revenir dans la cellule de départ, dans cet appart pourri de Brooklin, histoire de se reposer un peu et de faire le point sur ses défaites. Ce n’est pas une très bonne raison pour revenir mais peu importe, Erica est ravie. Une responsabilité de plus, un malheur de plus en ses murs mais il s’agit de Jimmy et elle préfère le savoir à ses côtés plutôt que n’importe où ailleurs.

Tout s’écroule. Tout est brisé, c’est dans le titre. Dieu lui-même, omniprésent dans ce roman, semble les avoir oublié. Il y a bien quelques aides sociales, les copines du cabinet et des rencontres de passage qui leur permettent de respirer un peu, le temps d’une prière, mais le ciel semble bien noir au dessus de cette famille et le malaise est profond. Après des années d’éloignement Erica et Jimmy arriveront-ils à se parler enfin ? Finiront-ils par comprendre l’un et l’autre leur peine respective ? Tout le roman est là, dans cet enjeu minimal. Tout est brisé est une leçon de combativité et d’espoir portée par des loosers qui ne sont pas magnifiques. William Boyle signe avec ce second roman quelque chose d’unique, loin des standards littéraires américains trop bien formatés.

 

Tout est brisé de William Boyle

trad. anglais U.S. par Simon Baril

éd. Gallmeister

22.40€

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