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  • Là grande pépite de cette rentrée littéraire !

    prudhomme,sylvain,grands,gallimard,super,mama,djombo,bissau,guinéeLes grands de Sylvain Prudhomme
     
    éd. l'Arbalète Gallimard 19.50€
     
    I muri. Elle est morte.
    Dulce est morte et Couto qui ne l'a pas revue depuis plusieurs années reçoit en pleine figure la nouvelle. En plein ventre même, comme un coup de poing dont il lui faudra une journée entière entière pour se remettre. Dulce, ce fut la femme dont il fut le roi un quart de siècle plus tôt - si jamais il fut possible d'être le roi d'un pareil empire. Elle fut la voix d'un groupe immense de la fin des années 70, le Super Mama Djombo, son arme secrète, et au delà, la fierté chantante de toute une nation libérée enfin du joug portugais.
     
    En Guinée-Bissau tout le monde la connaissait et la nouvelle aurait-dû assommer le pays si un nouveau coup de force militaire n'était annoncé pour le soir même alors que le pays espérait enfin, en cet entre-deux tours d'élection présidentielle, voir accéder au pouvoir un postulant peut-être un peu moins pourri que les autres. Mince espoir, certes, mais il est au moins toujours permis d'espéré dans ce pays où, depuis l'indépendance, l'armée place ses hommes de paille aux affaires. 
     
    Alors le temps d'une journée, d'une déambulation dans les rues de Bissau, au fur et à mesure que se répand la mort de La chanteuse et que Couto reçoit les condoléances d'amis proches et moins proches, que la tension court les rues et que déjà se font entendre les premiers coups de feu, retour sur une histoire d'amour et sur l'histoire d'un groupe inoubliable et inoublié. Sylvain Prudhomme navigue ici entre fiction et réalité à la barre d'une écriture follement sensuelle, chaloupée comme celles de ces femmes magnifiques qui agacent la tranquillité d'hommes vacant à leurs affaires en leur passant simplement sous le nez. Le Super Mama Djombo a bien existé, de même que Dulce qui en fut la voix, mais sa guitare rythmique, Couto, non, pas plus que l'amour qu'il y eu entre eux bien entendu. Les grands raconte l'histoire d'un groupe qui fut à une époque l'âme d'un pays, avant que celle-ci ne se donne à l'armée comme Dulce elle-même le fera par intérêt en quittant la scène pour la bague au doigt d'un chef de guérilla. prudhomme,sylvain,grands,gallimard,super,mama,djombo,bissau,guinée
     
    Hommage a un grand groupe de la part d'un écrivain mais aussi hommage a des musiciens qui furent des étoiles filantes dans le ciel d'un pays heureux - et même au-delà - avant d'atterrir brusquement sur terre pour ne redevenir que de simples noirs sans labeurs, candidats à un exil anonyme le crâne farci d'images de gloire qui aident à vivre et font parfois pleurer en silence.
     
    Les grands est grand. Notre grande découverte en littérature française ! Et Sylvain Prudhomme sera l'invité de la librairie des Cordeliers le vendredi 21 novembre ! Dédicace de 18h à 19h et rencontre autour du livre après 19h. Venez nombreux découvrir ce jeune auteur de 35 ans et nous soutenir dans l'organisation de ces rencontres littéraires.

     

  • Faire la nique à la mort !

    bahi,arbalète,gallimard,prudhomme,sylvain,algérie,colonieLà, avait dit Bahi de Sylvain Prudhomme

    éd. l'Arbalète Gallimard    19,50€

    Un homme, par trois fois et sans jamais le savoir, va échapper à la mort ! Et c'est Bahi qui raconte cette histoire algérienne du temps de l'occupation française.

    Cet homme, c'est Malusci, propriétaire terrien et agriculteur dur à la tache qui tient d'une main de fer la poignée d'algériens qui travaille sous ses ordres. Parmi eux, Bahi, le plus jeune, que Malusci considère un peu comme son fils au point de lui apprendre non sans bravade l'essentiel de la vie, la mécanique agricole et comment s'y prendre avec les femmes. Il a une telle confiance en lui qu'il lui confie même certains soirs le soin de ranger l'arme à feu qui l'accompagne toute la journée comme, petit à petit, la menace fellaga se fait de plus en plus pressante.

    L'Histoire pourtant - la fin de l'empire colonial français - finira par avoir raison de cette relation entre Bahi et Melusci et c'est le petit fils de ce dernier qui, à plus de cinquante années de distance, se charge de nous en faire le récit. Les deux hommes ne se sont plus jamais revus depuis l'Indépendance. Ils sont devenus de vieux messieurs chacun de son côté de la Méditerranée mais les souvenirs sont là. Intacts. Ceux de Bahi surtout qui tient absolument à dire comment un homme, Malusci, a pu échapper par trois fois à la mort alors qu'il était absolument impossible qu'advienne ce qui est advenu ! 

    Là, avait dit Bahi est un texte d'une très grande qualité littéraire, à la fois très écrit et très parlé, laissant une vraie place aux voix des protagonistes de cette histoire tout en maitrisant parfaitement la mélodie de leurs souvenirs. Sylvain Prudhomme ne pose pas du tout de regard moralisateur ou accusateur sur les événements de cette époque. Il se tient à bonne distance des polémiques en s'appliquant avec un talent qui laisse sans voix à raconter simplement une histoire qui a eu lieu. Elle met en scène deux hommes que leurs papiers d'identité plaçaient en des camps ennemis. Ils se sont aimés comme un père peut aimer son fils, un fils son père. Et l'un d'eux, chose à peine croyable, a échappé par trois fois à la mort et n'en a jamais rien su...

    Après Où j'ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari et Des hommes de Laurent Mauvignier, Sylvain Prudhomme s'empare d'une période de l'Histoire de France trop longtemps oubliée, pour en faire un morceau de littérature saisissant !

    Sylvain Prudhomme sera notre invité le vendredi 21 novembre. 

    Dédicace de 18 à 19h puis rencontre autour de son dernier roman Les grands à partir de 19h. Venez nombreux pour l'écouter et nous encourager dans l'organisation de ces rencontres !

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  • Quand la muse vous quitte...

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    L'écrivain raté de Roberto Arlt

    éd. Sillage 6.50€

    trad. de l'espagnol 

    Un jeune écrivain mégalo s'attache farouchement à ses premières heures de gloire. "La République des lettres ne saurait supporter la médiocrité", répète-t-il comme un mantra. Hélas, l'inspiration, ça ne s'invente pas ! Certains pourtant s'acharnent et écrivent ainsi (et avec quel talent !) leur propre satire...

    Un petit bijou !

    Venez découvrir les belles et curieuses éditions Sillage que nous mettons en avant dans notre librairie. Karel Capek, Queneau, Pétrarque,Zweig, Tanizaki, Mirbeau, Attila Jozsef, Baudelaire, Joseph Roth, Conrad, Proust, etc... Des auteurs connus mais des textes rares, de véritables perles dans un bel habillage  de papier.

     

  • Une berceuse pour Ziad

    berceau,laurrent,éric,minuit,maroc,adoptionBerceau de Eric Laurrent

    éd. de Minuit 11,50€

    C'est un de mes drames de libraire. Avoir un auteur que j'aime énormément, qui me semble à la fois à part et au-dessus de nombreuses gloires littéraires contemporaines, et que - par quel sortilège la chose est-elle possible ? - je ne sais pas vendre.

    Gageons que Berceau, ce petit récit que font paraître les éditions de Minuit, saura conjurer le sort. Car voici un texte en forme de bijou qu’Éric Laurrent est aller tirer à même du récit de sa vie. L'histoire se résume en quelques mots : un couple choisit d'adopter un enfant au Maroc, dans un orphelinat de Rabat. La chose, qui devait être d'une assez grande simplicité, est devenue un brin plus kafkaïenne avec l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement islamiste dans le mouvement de révolte des « Printemps arabes », lequel s'est mis, du jour au lendemain à voir d'un très mauvais œil ses enfants partir à l'étranger entre les mains de mécréants, fusse en échange d'un amour et d'un confort assurés. Imprévue, cette décision politique va obliger Éric Laurrent et sa compagne Yassaman à s'établir dans la capitale marocaine d'avril 2012 à septembre 2013 le temps de régler leur situation.

    Berceau, qui retrace cette période, est moins un livre né d'une colère de parents en butte à une volonté politique perçue à la fois comme absurde et blessante, que le récit d'un homme rendu tout à son enfant à la faveur d'une situation sans issue, lui qui ne devait pas devenir père et qui le devient pourtant en un instant lorsque Ziad lui adresse son premier sourire.

    Composé de petits moments volés à cet orphelinat sans moyens, de notes juxtaposées ici et là comme extraites telles quelles du carnet qu'il porte en permanence sur lui, de réflexions nées d'une lecture attentive des récits bibliques ou de souvenirs attachés à la longue contemplation d’œuvres picturales qu'un geste du petit garçon éclaire soudain d'un jour nouveau, ce texte enchante surtout son lecteur, comme toujours avec Éric Laurrent, par une qualité d'écriture absolument exceptionnelle. Si ses phrases son parfois très longues, on ne saurait les faire plus courtes tant il faut reconnaître que cet écrivain là est un orfèvre du mot juste. Son écriture paraîtra précieuse, j'entends parfois même "pompeuse", et pourtant je ne lis rien, moi, avec autant de facilité. Rien ne m'enchante ni ne me fait jubiler davantage que des passages de cet acabit :

    « Chaque fois qu'il aperçoit un fruit de forme ronde, Ziad voit en lui une balle ou, pour les plus gros d'entre eux, un ballon. Dans sa méconnaissance du monde, et plus particulièrement de tout ce qui touche à la botanique, les orangers sous lesquels nous passons lorsque nous nous promenons le long de certaines avenues du quartier lui semblent ainsi des sortes de présentoirs naturels offrant à profusion l'objet qui lui agrée le plus au monde. Aussi tend-il chaque fois vers leurs branches une main tremblante de convoitise, avant que de les regarder s'éloigner avec regret, voire désespoir en se tordant le coup dans sa poussette. Nous avons beau lui expliquer que ces sphères joliment colorées ne sont point manufacturées, mais produites par la terre, et ne rebondissent pas quand on les lance, mais s'écrasent au contraire, il ne comprend pas pourquoi nous le privons du plaisir de les manipuler. C'est son quotidien supplice de Tantale. »

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    Éric Laurrent nous offre un récit d'une très grande pureté. Un texte d'amour, de compassion et de bonheur absolu tel que ni sa compagne ni lui même ne parviennent encore à y croire !

  • Folle (à lier !) de joie...

    vie,rachel,waring,stphen,benatar,tripodeLa vie rêvée de Rachel Waring, 

    de Stephen Benatar

    éd. Le Tripode 22€ 

    Quand le destin frappe à sa porte sans prévenir, Rachel Waring sort ses plus beaux atours : le bon goût, l'idéal romantique, sans omettre l'art de la conversation à sens unique... Désormais, la vie ne sera que luxe, amour et volupté !

    Soit ! Ce n'est pas la folie des grandeurs qui fait peur à Rachel ! Mais son optimisme pathologique, ses fantasmes de plus en plus délirants et son penchant naturel pour les mélodies surannées transforment bientôt son rêve en fantastique drame burlesque !

    Légèrement flippant, sinon absurde, irrésistiblement drôle, La vie rêvée de Rachel Waring, est le portrait étonnant d'une quinquagénaire désaxée sur le retour, un peu trop seule pour supporter les réalités de ce monde et pas assez lucide pour les comprendre. Certains préféreraient se noyer dans des abîmes de larmes tandis que d'autres se feraient la nique au prozac, Rachel, elle, a une ressource que peu de gens détiennent : une imagination sans bornes et une sincérité à toute épreuve.

    Après tout, Rachel n'est rien d'autre qu'une femme folle de joie.

    Un livre Ré-jou-issant !