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  • Goolrick, on adore !!!

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    La chute des princes de Robert Goolrick

    trad U.S. éd. Anne Carrière 20€

    Les larmes aux yeux, j’ai terminé la lecture fiévreuse de ce texte incroyablement lumineux de Robert Goolrick qui revient sur une période qu’il semble avoir trop bien connue : le New York des années 80 et ses abus déjà croisés dans les romans de McInerney. Trop de fric d’abord. Une avidité inouïe ! Trop de came ensuite, trop de sexe, trop d’alcool, l’excès pour seule limite et une morgue incroyable dans le regard posé sur le reste du monde qui n’est pas de la fête. Retour sur cette période à travers la confession d’un broker de Wall Street encore tout étonné, 30 ans plus tard d’être ressorti vivant de ces années de gloire puis de désolation où beaucoup ont laissé leur peau. L’écriture de Goolrick est touchée par la grâce d’un ange fitzeraldien. Une élégance incroyable pour faire le portrait de beautés overdosées, de courtiers au cynisme aveuglant et  de relations qui ressemblent à l’amitié et finissent la peau sur les os, la peur au ventre et le sida pour dernier frisson. Le retour de bâton fait un carnage. Nous ne les plaindrons pas, certes. Mais il y a tellement d’amour dans cette prose, comme dans ce portrait ultime d’un jeune travesti au grand cœur que, oui, la chute de ces princes est digne de nos larmes.

    Pour rappel, Robert Goolrick est l'auteur de Féroces et de Arrive un vagabond. également parus aux éditions Anne Carrière et Pocket.

    féroces,goolrick,pocketFéroces de Robert Goolrick

    éd. Pocket 6.20€

    Comment parler d'un livre pareil quand on est encore sous le choc de ses dernières pages, quand on reste le coeur serré en plein milieu de la nuit à tourner et retourner entre ses mains cet objet littéraire explosif aux apparences pourtant tellement anodines ?
    Féroces. Le titre, en français, est en fait très mal choisi. Robert Goolrick avait intitulé ce roman en anglais : La fin du monde telle que je l'ai connue : scènes d'une vie, annonçant d'emblée le caractère autobiographique de son entreprise tout en lui conférant une note élégante et tragique. 
    Les années 50 en Virginie. La famille Goolrick semble vivre dans un état de joie permanent, réalisation parfaite de ce que la société américaine d'alors peut produire de plus achevé. Les Goolrick ont plein d'amis qu'ils reçoivent où visitent quasi quotidiennement, des robes et des costumes d'une très grande élégance pour habiller leur réputation d'infatigables noceurs et un esprit d'un charme fou qui font d'eux les personnes indispensables à avoir dans un carnet d'adresses digne de ce nom. Ils singent la vie telle qu'ils la lisent dans la revue du New Yorker qui leur sert de référence indépassable, ils lisent les romans de John Cheever ou de Updike, apportent un soin tout particulier à l'élaboration de leur jardin et achètent des quantités de glace pillée pour rafraichir les dizaines de cocktails à venir. En apparence, ces Goolrick là, avec leurs trois enfants, nagent dans le bonheur. Il y a cependant une règle chez eux que chacun se garde d'outrepasser : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe dans la maison.
    On ne parle pas des mille et une astuces pour vivre au-dessus de leurs moyens en tapant à droite et à gauche ces quelques précieux dollars qui leur permettront d'organiser, ce soir encore, un de ces apéritifs délicieux qui font leur réputation. On ne dit rien des doses goolrick,robertd'anxiolytiques dont ils se nourrissent pour garder le cap jusqu'à leur prochaine soirée. Rien non plus de l'état permanent de gueule de bois dans lequel ils vivent, le plus souvent incapables de répondre aux demandes d'amour de leurs propres enfants, se montrant même à l'occasion parfaitement cruels avec eux en société pour le bonheur d'un trait d'esprit. Et puis il y a ce secret. Il y a surtout ce secret. Cette chose abominable dont il ne faudra jamais parler ou sinon " des choses terribles arriveront".
    Un des chapitres de Féroces s'intitule L'été de nos suicides. Où l'on lit pendant une vingtaine de pages insoutenables comment Robert Goolrick est tombé à l'âge de trente ans au plus profond d'une dépression suicidaire durant laquelle il s'est appliqué, pendant de longues semaines, avec une "jouissance érotique", à s'auto-mutiler en se coupant les veines chaque fois un peu plus profondément. Ce chapitre central est d'une force terrible. Il plonge le lecteur dans un profond sentiment de compassion envers cet inconnu de papier dont on ignorait jusqu'à l'existence avant d'avoir ouvert ce livre, et l'oblige à se demander ce qui a donc poussé donc ce type à en venir à de pareilles extrémités. 
    Quel est ce secret pourri qui empoisonne en silence la vie des Goolrick ? Vous ne l'apprendrez qu'à la toute fin du livre, révélation bouleversante qui vous pousse à penser, avec le narrateur malheureux de cette histoire magnifiquement écrite : "Comment ont-ils fait pour continuer, sachant ce qu'ils savaient, et chacun sachant ce que l'autre savait ?"

    goolrick,arrive,vagabond,Arrive un vagabond de Robert Goolrick

    éd. Pocket 6.80€

    Le portrait d'une petite ville de Virginie bien paisible, bien tranquille avec ses "bonjour-madame-Brown-vous-allez-bien ?" etc, etc. 

    Arrive un inconnu. Plutôt beau gars. La trentaine sportive, un pickup, deux valises. Dans une des deux valises, des couteaux de bouchers. Boucher, c'est son métier, son art. Mais il ne va pas se passer ce que vous imaginez déjà... Et pourtant vous avez raison, tout ça sent le drame à plein nez et vous n'allez pas être déçus ! L'écriture de Goolrick est un piège d'élégance...

    Méfiez-vous !

  • Éblouissant !

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    Et rien d'autre de James Salter

    trad. anglais (U.S.) éd de l'Olivier, 22€

    "En 1996 paraissait en France, presque 30 ans après sa publication aux Etats Unis, Un sport et un passe temps, une plongée au cœur d'une passion érotique hors du temps vouée à une fin brutale. Un bonheur parfait, qui paru l'année suivante se présente comme le pendant de cette première histoire. On y découvre le modèle exemplaire d'un couple qui aurait mis le modèle américain à ses pieds, mais qui, par peur de l'ennui, va chercher dans d'autres bras quelques instants de jouissance. Jeu dangereux puisque après le frisson éphémère de la découverte d'un corps inconnu, on se retrouve fatalement face à soi, aussi seul qu'avant. Et rien d'autre clôt en quelques sorte ce triptyque du sexe et de l'amour en racontant la vie d'un homme depuis la guerre jusqu'à ses vieux jours.

    [...] A mesure qu'il gagne en âge, il se détache du leurre de l'amour salter,rien,autre,olivierromantique, et ses partenaires sont de plus en plus des femmes qui, comme lui, cherchent la jouissance du sexe et la fraternité intellectuelle. Et rien d'autre est l'histoire d'un homme qui apprend à ne mendier ni l'amour ni la reconnaissance et qui accepte les défaites amoureuses avec la sagesse de celui qui a compris que l'on ne retient ni les sentiments ni les moments de bonheur. Salter excelle a décrire ces passages de solitude, ces instants en suspension à peine accrochés à un rayon de soleil dans l'interstice d'un rideau et qui sont d'une beauté à pleurer."

    Article de notre ami Michel Edo de la librairie Lucioles à Vienne, à retrouver dans le magazine Page des libraires.

  • Vous aviez votre avis sur Foenkinos ? Nous aussi. Et il a changé.

    David Foenkinos, Charlotte

    Ed. Gallimard 18.50€

    salomon,charlotte,foenkinosCharlotte Salomon fait partie du quotidien de David Foenkinos depuis pas mal d’années, depuis cette exposition où, face à l’œuvre de cette artiste, il s’est trouvé confronté à sa part secrète. Près de dix années auront été nécessaires à la maturation de ce livre, enfanté au terme de patientes fouilles intimes et d’une enquête personnelle sur les traces de l'artiste. Enfant mélancolique et solitaire, souvent « en vacances d'elle-même », fine connaisseuse des allées du cimetière où sa tante et sa mère reposent, jeune fille sauvage et introvertie, Charlotte Salomon est une artiste précoce et surdouée, admise à l'académie des Beaux-Arts de Berlin alors que seulement 1% de Juifs était autorisé à s'y inscrire. Elle connaîtra la frustration suprême de se voir refuser le premier prix et sera forcée de grandir sur un mensonge familial. La foenkinos,charlotte,rentrée,littéraire,gallimardpeinture lui offrira néanmoins la possibilité de se reconstruire en redistribuant les rôles. Parce qu'à cette époque, il ne s'agissait pas seulement de survivre à ses propres démons, mais également à ceux du monde entier. La haine est là, partout, il faut fuir ou se cacher. Seul Alfred ou Alexander lui offriront les parenthèses qu'elle était en droit d'espérer.

    Mais les cachettes ne protègent pas de la délation. Comment ne pas lire Charlotte ?

    Article paru dans le nouveau numéro de la revue Page des libraires à laquelle nous collaborons. Retrouvez-y en plus l'interview de Foenkinos par Olivier.

  • Oliver Crisp, aventurier malgré lui !

    oliver,îles,vagabondes,seuil,reeve,mcintyreOLIVER ET LES ILES VAGABONDES de Philip Reeve et Sarah McIntyre

    éd. Seuil Jeunesse 11.50€  à partir de 8 ans

     Avoir des parents explorateurs, faire quatre fois le tour du monde, vivre des aventures fantastiques comme découvrir des cités disparues ou élucider des énigmes vieilles comme le monde, ça ne laisse pas beaucoup le temps de s’ennuyer ! Et c’est bien ça l’ennui. A 10 ans, Oliver n’a jamais eu le temps de se faire des amis, de se sentir chez lui ou pire encore, d’aller à l’école, comme tout enfant qui se doit ! Il en a ras le bol Oliver et il est bien décidé à profiter enfin de la « retraite » de Mr et Mme Crisp, ses parents, pour se ranger une bonne fois pour toute ! Au garage l’exploramobile et bonjour la petite ville côtière de Calmeflot ! Après tout, quoi de plus excitant que de se réveiller chaque matin pour contempler le même paysage ? Hum… C’était sans compter sur la disparition soudaine et mystérieuse de Mr et Mme Crisp – incorrigibles décidément !

     « La plupart des gens se seraient inquiétés de la disparition de leurs parents et d’un groupes d’îles non cartographiées. Ils se seraient mis à courir en hurlant et auraient appelé la police ou le garde-côte. Pas Oliver. C’était un Crisp, il savait garder son sang froid. »

    Qu’à cela ne tienne, Oliver se lance à l’aventure à la recherche de ses parents disparus. Mais… dans cette histoire, les îles ont des jambes et parcourent les océans, les algues sont bavardes, sarcastiques et donnent naissance à de petits singes de mer verts et méchants ! Accompagné d’un albatros grincheux, d’une sirène myope dénommée Iris et d’une petite île timide, Oliver met le cap sur les Bas-fonds, au rendez-vous extraordinaire des îles vagabondes…

    Qu’on se le dise. On a une âme d’aventurier ou on n’en a pas. Oliver a ça dans le sang depuis toujours et malgré vous, aucune chance de vous ennuyiez en compagnie de ce p’tit gars !

    Lecture coup de cœur pour explorateur et exploratrice averti(e)s.