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Ecrire le corps

giraud, brigitte, corps, stock, avoirQue dit un corps ? Comment faire parler un corps ? Comment mettre en mots, depuis les premiers souvenirs douloureux d’une maladie infantile jusqu’à la souffrance physique du deuil ressentie par une femme mûre, cette langue silencieuse que parle le corps ? C’est ce défi, né des nombreux échanges et du travail réalisé avec la chorégraphe Bernadette Gaillard de la compagnie immanence, qu’a su relever superbement Brigitte Giraud dans le cadre d’une lecture dansée « BG/BG » initiée par Le grand R-scène nationale dela Roche-sur-Yon.

Et ce qui aurait pu être un pensum à la lecture (ce que sont souvent les défis en littérature) se transforme en une sorte de poème en prose tout en mouvements humains, qui avance comme le corps grandit et puis ne grandit plus mais commence à vieillir non sans avoir entre-temps lui-même engendré un autre élan, un autre corps, plus petit, qui grandira à son tour et suivra son propre mouvement. Car chaque corps a une histoire et celui-ci qui se raconte sous la plume de Brigitte Giraud ne peut dire que la sienne, aussi belle qu’incroyablement commune, touchante parce qu’universelle.

La réussite de l’auteur teint surtout à la richesse du champ lexical giraud, brigitte, cros, avoir, stockqu’elle moissonne pour mener à bien son entreprise. Le verbe juste pour dire le corps qui désire et celui précis pour dire le corps qui travaille ou qui vibre comme jamais à l’occasion d’un premier concert de rock. Le corps comme boite de résonnance mais aussi le corps qui manque du corps de l’autre, le corps qui se transforme, qui grossit à l’adolescence ou maigrit à l’heure du deuil. On ne le dit pas de la même façon et il est impossible de ne pas être épris d’admiration devant tant de virtuosité langagière. Ça ne bégaie pas, ça ne se répète pas, ça ne tourne pas en rond. Voici une langue qui cherche et puise au bon endroit le mot juste qui dira ce qu’il voulait dire et pas autre chose.

Bien sûr il s’agit ici d’un corps de femme et ce détail n’en est pas un. S’il s’était agi d’un corps de garçon devenant homme, l’histoire aurait été toute autre. Et pourtant  on va au bout de ce parcours littéraire, que l’on soit homme ou femme. Parce que si nous partageons tous le fait terriblement banal d’avoir un corps, il faut remercier Brigitte Giraud d’avoir écrit le sien.

Avoir un corps de Brigitte Giraud - éditions Stock 18.50€

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