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LES LIVRES DE JÉRÔME FERRARI (3/5)

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Un dieu un animal de Jérôme Ferrari

Actes Sud 12.20€ / babel 6.70€

Parce que leur vie d’adulte n’est pas à la hauteur des rêves de leur enfance, parce qu’un regard lucide posé sur le monde peut être ravageur et laisser celui qui le porte terriblement démuni, sans espoir ni dieu auxquels se raccrocher, un jeune homme corse et une jeune femme, consultante dans une entreprise de ressources humaines, vont connaître l’expérience douloureuse de leur insoutenable légèreté.

Pourtant, ils auraient pu être heureux. Chacun de son côté, auprès des leurs, pareils à des millions d’êtres humains confortablement installés dans la confiance que portent en eux leurs proches, un avenir tout tracé, une place dans la société. Existait pour eux aussi ce bonheur standardisé. Il leur suffisait d’en accepter le rôle, de prendre leur place dans l’engrenage. Ils y avaient droit. Alors à quel moment est-ce que les choses ont mal tourné ?

Un Dieu un animal, raconte le parcours parallèle de deux jeunes gens qui vont sortir du sillon. Deux jeunes gens qui se sont connus quelques années auparavant, adolescents, pendant les vacances. Ils avaient 14 ans et, assis sur la margelle d’une fontaine, ils se sont embrassés. Un peu maladroitement, ils se sont même dit « Je t’aime » A cet âge là, cela n’a bien sûr pas grande importance. Pourtant, de longues années plus tard, alors que tout s’écroule autour de lui - son monde dans ce village insulaire, la civilisation quelque part en Irak - le jeune homme se demande s’il n’a jamais été aussi sincère dans sa vie qu’à ce moment là, précisément quand il a dit « Je t’aime » à Magali. A-t-il jamais été plus près du bonheur ? A-t-il jamais été aussi vivant, lui qui ne sait à présent plus ce que ce mot veut dire ? Se peut-il que ces quelques instants d’une vie d’adolescent soient tout ce qu’il reste à sauver ? Peut-être n’est-ce qu’un leurre, mais comme il n’y a rien d’autre à quoi se raccrocher… Alors, avant de se faire définitivement une place parmi les décombres, il va, pour la première fois de sa vie, écrire une lettre à destination de cette jeune fille de 14 ans et la lui envoyer. Le drame étant bien sûr que cette jeune fille n’a plus 14 ans depuis pas mal de plans sociaux, de guerres et autres Twin Towers.

Jérôme Ferrari pose un regard désabusé sur une génération perdue à qui on ne propose qu’un éventail d’impasses. A une extrémité de l’éventail, les plus brillants pourront devenir cadres performants au sein d’une entreprise à laquelle ils devront se vouer corps et âmes, jusqu’à épuisement. A l’autre, il se trouvera toujours une guerre avec ses promesses d’aventure pour attirer à elle chair et sang frais de tous les recalés de la vie. Sans en avoir l’air, avec un lyrisme retenu, passant d’un personnage à l’autre, d’une dérive à l’autre, avec beaucoup de pudeur, il nous donne un roman explosif, violent, profondément engagé et ancré dans son temps. C’est un texte romantique qui dit la déréliction d’une jeunesse qui se rend compte, mais un peu trop tard, qu’une société est là, bien installée, et qui a tout prévu pour elle.

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