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Secrets de familles...

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A défaut d'Amérique de Carole Zalberg
éditions Actes Sud
18.50€
Ce roman commence dans un cimetière où l’on enterre Adèle. Sa famille est autour d’elle, aux abords du caveau. A l’abri des regards, à quelques pas, se tient Suzan, l’Américaine venue saluer à sa manière celle qui fut, au sortir immédiat de la 2nde Guerre Mondiale, le bref et puissant premier amour de son père. Cette romance entre le libérateur d’outre-atlantique et la jeune femme avait tourné court, Adèle étant alors déjà engagée avec Louis et mère de deux enfants. Cinquante années ayant passé, Suzan, s’occupant de son père devenu veuf et dans l’espoir de lui redonner un peu de goût dans la vie, avait entrepris de réunir les deux amants d’alors, comme si une interruption aussi longue pouvait ne pas compter. L’échec de ces retrouvailles accélèrera la fin du vieil homme.
Mais qui était vraiment Adèle ? D’où venait-elle et qu’avait-elle vécu ? Et que sait-on vraiment des gens ? Des peines et des renoncements qui les ont menés jusqu’à vous ? En entremêlant au récit de Suzan celui de Fleur, l’arrière petite-fille d’Adèle en quête de ses origines, Carole Zalberg tricote avec les fils du temps un superbe roman composé de destins de femmes et d’hommes anonymes et courageux à leur manière. L’écriture d’A défaut d’Amérique est d’une précision remarquable et sa composition temporelle, pourtant savante, souligne une maîtrise incroyable. Car tout dans ce roman parle du temps. Celui que l’on n’a pas su ou pu saisir, les rendez-vous manqués, celui qu’une correspondance interrompue ne rendra jamais, les pans entiers d’histoire familiale perdue, ellipses mystérieuses que l’imagination s’efforce de combler, etc. Et les morts ici et là comme des jalons de douleur. Des poignards.
Après L’invention du désir en 2010 qui fut notre première rencontre avec l’écriture sublime de Carole Zalberg, À défaut d’Amérique nous enchante à nouveau par sa virtuosité et la justesse des images dont elle sait user au besoin quand il s’agit par exemple d'envoyer à son ménage celle qui a fait de sa vie une suite de renoncements : « Fais ta poussière, va. Le chiffon, au moins, il t’obéit. »

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