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Nous aussi, Houellebecq !

Il y aura toujours une incompréhension autour de Michel Houellebecq. Ceux qui l’aimentHouellebcq.jpg jugeront qu’il est sans cesse maltraité et que son succès a fait de lui une sorte de pestiféré des lettres françaises affirmant que l’on peut être populaire et littéraire, et ceux qui le détestent avanceront qu’il est avant tout un provocateur né, dépourvu de style, et dont la réputation est très largement surfaite. Eh bien nous, libraires des Cordeliers, nous vous annonçons que ce nouveau roman mettra tout le monde d’accord. Les thuriféraires comme les pisse-froid. Car voici un Houellebecq aussi bon que celui des Particules élémentaires, avec son humour sans issue et ce regard froid posé sur le monde comme pour mieux en observer l’inéluctable décrépitude morale et physique. Et pour ceux que Houellebecq insupporte, page 276, sa mort…

 

La Carte et le territoire raconte l’irrésistible ascension d’un artiste passablement indolent et solitaire, Jed Martin, qui connaîtra les prémices de la gloire grâce à un travail photographique dont le matériau premier se compose exclusivement de… cartes « Michelin Régions et Départements ». Introduit dans le milieu de l’art contemporain au bonheur d’une rencontre avec une ambitieuse jeune femme chargée de la communication de la société clermontoise, il verra sa carrière prendre une dimension planétaire et deviendra immensément riche lorsqu’il abandonnera la photographie pour se tourner vers la peinture. Le vernissage de l’installation des Métiers, mettant en scène des anonymes aussi bien que des personnalités (Bill Gates, Steve Jobs, Jean-Pierre Pernaut…)  l’amènera à rencontrer un certain Michel Houellebecq à qui il demandera de rédiger le texte du catalogue d’exposition. Une amitié, peut-être à sens unique, naîtra de cette rencontre et Jed finira par offrir à l’auteur de L’extension du domaine de la lutte son propre portait intitulé « Michel Houellebecq, écrivain ». La suite prendra une tournure policière surprenante et réussie.

carte Michelin.jpgVoilà pour l’histoire en quelques lignes. Mais là n’est pas le plus important. Il reste tout ce qui fait qu’une fois lu, on peu relire La Carte et le territoire : les réflexions personnelles de l’auteur concernant l’art, son goût pour la représentation du monde (une carte Michelin n’est-elle pas autrement plus belle que la réalité géographique qu’elle est supposée transcrire ?), l’incommunicabilité entre un père et son fils qui n’empêche pas l’amour, la présence de la mort, sans cesse, et à travers elle le sentiment de fin généralisée (les personnages houellebecquiens sont souvent des fins de race, incapables, ou n’éprouvant aucune envie, de se reproduire). Il y a tout cela, donc, que l’on aime dans ce roman qu’une écriture, presque une voix qui semble celle d’un poète fatigué, porte là où jamais encore l’auteur d’Extension du domaine de la lutte n’étaient allé. Le portrait impitoyable qu’il fait de lui-même tout au long de ces 400 pages jusqu’à la mort atroce qu’il se réserve, est à lui seul un chef d’œuvre dans l’œuvre. On passe du réalisme au grotesque, de la répugnance au rire, en quelques phrases à peine et on se prend à aimer cet homme qui, on le sent, ne s’est jamais vraiment aimé lui-même.

 

Bref ! Pour nous ce livre-là est un très grand livre, peut-être le meilleur de Michel Houellebecq. Et cela fait un bien fou au libraire, croyez-nous, de temps en temps de se trouver en accord parfait avec la meilleure vente du moment et de hurler son bonheur au milieu du brouhaha médiatique !

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