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28/08/2010

Premiers coups de coeur


Voilà, c'est la rentrée, l'avalanche de livres qui s'abat sur la librairie commence à peine. Et nous on lit et on cherche des perles. C'est excitant et fatigant ! 701 romans ! Commençons par deux textes de littérature étrangère impressionnants.

 

purge couverture.jpgPurge 

Sofi Oksanen

Ed. Stock, La Cosmopolite 21.50€

 Elle semble tombée du ciel sur cette botte de foin en plein champ, juste sous les fenêtres de la vieille Allide. Elle s’appelle Zara, a vingt-cinq ans et semble aux abois. Elle annonce qu’elle est poursuivie par son « mari », un russe prénommé Pacha qui n’a pas l’air d’un tendre. Nous sommes en 1992 en pleine campagne estonienne, dans une république ayant tout juste recouvré son indépendance après un siècle bouleversé, le pays ayant été ballotté au fil des guerres entre colère allemande et colère soviétique.

Entre ces deux femmes que 50 années séparent, une relation de confiance va tenter de se mettre en place et nous allons comprendre, petit à petit, que l’apparition de Zara en ce pays cabossé par l’Histoire et, plus précisément, en cette ferme isolée, ne doit rien au hasard. Une bouleversante histoire familiale, de celles où se mêlent haine et amour, relie Allide à la jeune femme.

Purge est un roman qui explore à travers l’histoire d’une famille, de ses joies et de ses drames, la destiné d’un pays entier comme rarement jusqu’alors. Il y a bien sûr au cœur de ce roman une histoire d’amour contrariée comme nous en avons déjà lu bien souvent, mais la façon dont la jeune Sofi Oksanen s’en empare, évitant la facilité larmoyante pour lui infliger un traitement plus brutal à la hauteur de la violence historique rencontrée alors est tout simplement remarquable. Trahison, séquestration, viols, prostitution… Voici l’Histoire en action en vérité et, emportés dans son courant, des êtres avec leurs rêves et leurs illusions qui tentent, tant bien que mal; de garder la tête hors de l’eau et de sauver leur peau.

Jusqu’ici l’Estonie ne vous disait peut-être rien. Après avoir lu Purge vous aurez sans doute du mal à l’oublier.

 

 

Apprendre à prier à l'ère de la techniqueTavares.jpg

Goncalo M. Tavares

éd. Viviane Hamy 22€

 

Cela commence par une scène plutôt tendre et choquante où l’on voit le jeune Lenz obligé par son père à forniquer sous ses yeux avec la petite bonne. Il en résultera ceci que toute sa vie, Lenz agira toujours en fonction des opinions de son père, comme placé en permanence sous son regard, et ce même après sa mort. Et ce père là, officier autoritaire et cinglant, avait banni la peur de son foyer et veillé à ce que ses deux fils grandissent en hommes d’action, en décideurs, toujours prompts à attaquer la vie et ses événements plutôt qu’à les subir. Aussi Lenz Buchmann, à la différence de son frère aîné Albert, trop proche de sa mère et donc par conséquent de caractère trop faible, ne vivra-t-il qu’avec pour unique souci l’efficacité de chacun de ses gestes, exécrant au-delà de tout la compassion et la maladie.

Procédant par chapitres très courts, Tavarès trace donc en pointillés le parcours d’un homme intelligent et fou, obsédé par la force, découvrant jour après jour avec un cynisme jubilatoire combien un esprit aussi aiguisé que le sien, porté par une volonté dévastatrice, peut comprendre, séduire et enfin entraîner dans ses délires autoritaires, pourquoi pas, un jour, tout un peuple. Buchmann n’a d’autre projet que lui-même. Chirurgien admiré au début du livre, il veut devenir plus que cela. Un individu ce n’est pas assez. Chef de parti, maire, représenter et diriger des foules, en voilà une ambition pour un ambitieux ! Et Buchmann plonge dans la politique.

Ce roman a quelque chose de militaire. Il s’agit comme à la guerre, de gagner du terrain, d’éliminer l’ennemi et de sombrer gentiment dans la paranoïa. Dieu ne sert à rien. La technique seule compte, qui se passe de sentimentalisme. Machiavélique à souhaits Apprendre à prier à l’ère de la technique est, après Jérusalem*, une nouvelle approche de la question du mal par un auteur parfaitement inclassable. Une dernière chose après toutes ces horreurs - mais le croirez-vous ?- ce roman est d’une drôlerie redoutable !

 *éd. Viviane Hamy, 2008.

 

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